Traversée des Alpes : Avignon – Annecy

Le mistral soufflait fort sur la cité des Papes quand François et moi avons débarqué du TGV. Quentin nous attendait dans le hall. Avec ses 4 sacoches rouges, nous ne pouvions pas le louper. Nous avons fait un rapide tour en ville pour quelques courses et un coup d’œil au palais.

Palais des Papes à Avignon

Nous avons ensuite quitté la ville vers le nord-est, le vent nous était plutôt défavorable mais nous avons bien avancé quand même dans la plaine du Rhône. Nous avons pique-niqué à Bédarrides, puis avons rejoint le pied des dentelles de Montmirail à Beaumes-de-Venise. Les 2 cols au programme ce premier jour n’étaient pas bien difficiles : le col de Suzette puis le col de la Chaîne.

Ventoux depuis Suzette

Dentelles de Montmirail

Suzette devant les dentelles

Le Ventoux dominait tout le paysage et nous avons fait étape à Malaucène, au départ d’une des 3 montées possibles vers le sommet du géant de Provence. Le camping s’était vidé peu de temps avant. Ne restaient que quelques touristes étrangers et une piscine à l’eau un peu fraîche mais quand même agréable après une journée de vélo.

Le lendemain nous sommes partis à l’assaut du Ventoux, à notre rythme et sans trop nous distancer les uns des autres. La montée était longue, 21km et 1600m de D+. Il ne faisait pas trop chaud et le vent (110km/h la veille avec des rafales à 130km/h) était tombé, bref des conditions idéales. Nous avons effectué la montée en 3h30.

Ventoux dans les derniers lacets côté Malaucène

Beaucoup d’autres cyclistes faisaient l’ascension. À vélo de route ou bien à VTT à assistance électrique… mais personne d’autre avec des sacoches. Près du sommet, des photographes professionnels nous mitraillaient dans l’espoir de vendre un cliché. Et tout en haut, il y avait foule sous le panneau.

Sommet du Ventoux

La descente côté Sault n’était pas très raide et formait un beau balcon en forêt avec de temps en temps des vues sur le Luberon et la montagne Sainte Victoire. À Sault, nous avons bifurqué plein nord vers Montbrun-les-Bains par une très jolie petite route et le col de Reilhanette.

Montbrun-les-Bains

Mon appareil photo a lâché à ce moment là, après plusieurs faux contacts dans la matinée. Toutes les photos suivantes ont donc été prises avec mon téléphone.

Nous avons longé le Toulourenc puis franchi le petit col d’Aulan avant de rejoindre la vallée de l’Ouvèze. Nous avons fait étape à Montauban-sur-Ouvèze, village dont les commerces : épicerie, café et camping, sont tenus par une seule et même personne, une dame déjà âgée qui tient le village à bout de bras.

Le 3ème jour, nous avons continué de remonter l’Ouvèze jusqu’au col de Perty. C’était un col très facile car jamais très raide dans sa montée en long lacets. Il nous a fait passer des Baronnies à la vallée du Buëch, de la Drôme aux Hautes-Alpes.

Col de Perty

Dans la descente, nous avons passé le village d’Orpierre, dans un très beau site entouré de falaises. Puis nous avons fait les courses et pique-niqué à Laragne-Montéglin. Sur une petite placette, les riverains ont rivalisé d’hospitalité, nous apportant de l’eau, du jus de fruit et même des glaces en dessert.

François nous a quitté ici, le passage du Ventoux, une première en montagne pour lui, l’a décidé à poursuivre des vacances plus calmes. Quentin lui avait un problème mécanique avec une cale. Il nous a fallu trouver un magasin et nous avons emprunté de plus grosses routes vers Sisteron puis Digne-les-Bains.

Sisteron

Résultat, nous avons totalisé 122km au compteur en arrivant dans la vallée de l’Asse au soir, la plus longue étape du parcours et la plus plate, et de loin les routes les moins agréables.

Le lendemain nous sommes montés sur le plateau de Valensole, puis Moustiers-Ste-Marie où nous avons fait quelques courses encore à l’ombre des falaises.

Vallée de l'Asse depuis le plateau de Valensole

Moustiers-Sainte-Marie

Nous avons ensuite rejoint le lac de Sainte-Croix avant de monter à l’assaut de la corniche sublime, la rive gauche du grand canyon du Verdon. Les 700m de D+ via le village d’Aiguines ont été allègrement récompensés par le balcon au dessus des gorges.

Aiguines

Gorges du Verdon

Un couple d’anglais en tandem bien chargé nous dépassait en descente alors que nous les redoublions en montée. La corniche n’était pas vraiment plate mais chaque virage offrait une nouvelle vue imprenable.

Gorges du Verdon

Le dernier coup d’œil sur les gorges était au niveau du balcon de la Mescla.

Gorges du Verdon

Après cela, la route a franchi un petit col avant de nous laisser bifurquer vers le joli village de Trigance.

Trigance

Nous avons ensuite rejoint le Verdon en amont des gorges jusqu’à Castellane où nous avons fait étape. C’était une jolie bourgade dominée par une chapelle au sommet d’une très haute falaise. Point de passage entre la vallée de la Durance et Nice, elle doit quand même être bien morne hors saison touristique.

Le lendemain, nous avons longé le Verdon vers l’amont toute la matinée. Ça ne grimpait pas très raide, nous avons fait des courses à St-André-les-Alpes puis mangé à Colmars. Cette petite cité toute fortifiée était assez inattendue.

Musée de Colmars

Colmars

Quittant la « grande » route du col d’Allos, nous avons préféré emprunté le plus méconnu Col des Champs, qui relie les vallées du Verdon et du Var. C’est la plus petite route de col que nous avons emprunté, plutôt raide et étroite, et presque sans trafic motorisé pour notre premier col au dessus de 2000m.

Col des Champs

Col des Champs

Col des Champs

La descente fût très rapide jusqu’à St-Martin-d’Entraunes et nous avons campé dans le camping qui fait face au village, de l’autre côté du très large lit du Var. Il y avait pire vue pour boire une bière et c’est là que nous avons mis les pieds dans une piscine pour la dernière fois.

Saint-Martin-d'Entraunes

Il faisait frais le lendemain matin, surtout que nous avons commencé par une longue descente le long du Var. Peu après Guillaumes, nous avons traversé les gorges de Daluis, très impressionnantes avec leurs roches rougeâtres et la succession de tunnels (17 si je me souviens bien).

Gorges de Daluis

Plus bas, nous avons emprunté un moment une route à forte circulation dont nous ne nous sommes écartés que pour visiter le très beau village fortifié d’Entrevaux : un petit dédale de ruelles pavées derrière un unique pont d’entrée.

Entrevaux

Après avoir atteint un carrefour vers 330m d’altitude, nous sommes repartis en montée. Sous le soleil de midi ce n’était pas facile et c’est le dernier moment du voyage où nous avons eu vraiment chaud. Nous avons remonté les Gorges du Cians, d’abord les gorges inférieures et leurs hautes falaises calcaires, puis les supérieures avec à nouveau de spectaculaires strates rouges comme à Daluis.

Gorges supérieures du Cians

En deux endroits, la petite et la grande Clue, la route empruntait des tunnels mais l’ancien tracé via la gorge très étroite était encore empruntable à pied ou à vélo.

Grande Clue du Cians

Une fois les strates rouges franchies, le paysage a changé radicalement, laissant place à des forêts de mélèze et de pins. Nous avons passé le village perché de Beuil avant de nous faire rattraper par un généreux orage qui ne nous a pas fait beaucoup profité du col de la Couillole. Dommage car la descente jusqu’à St-Sauveur-sur-Tinée avait l’air spectaculaire, notamment le village de Roubion.

Après avoir effectué toute la descente crispés sur les freins, nous avons rejoins la route métropolitaine de la vallée de la Tinée. Métropolitaine car la départementale est passée sous la responsabilité de la métropole Nice Côte d’Azur. De là nous avons lentement gagné Isola, ce n’était pas raide mais nous étions trempés. Le camping d’Isola avait des emplacements en gravier pas très adaptés aux tentes mais au moins nous avons pu manger à l’abri en compagnie… du couple d’anglais en tandem vu 3 jours plus tôt dans le grand canyon du Verdon !

Nous avons quitté les lieux un peu plus tôt que d’habitude le lendemain. 40km de montée nous attendaient pour quasiment 2000m de D+ pour gravir la cime de la Bonette. Nous avons grimpé à notre rythme, faisant des pauses régulièrement, d’abord à St-Etienne-de-Tinée pour quelques emplettes. Nous avons pique-niqué au camp des Fourches, un ancien baraquement militaire d’altitude.

Camp des Fourches

Nous sommes arrivés au sommet un peu après 14h, après près de 7h de montée. La dernière portion qui fait le tour de la cime était particulièrement raide à 15% pour atteindre les 2802m d’altitude, notre plus haut point du voyage. La construction de cette route ne fut terminée que dans les années 60… alors que Napoléon III l’avait décrétée d’importance impériale.

Cime de la Bonette

Cime de la Bonette

Après nous être bien couverts pour les 24km de descente du versant nord, nous avons dévalé vers la vallée de l’Ubaye. Et très rapidement en milieu d’après-midi, nous nous sommes installés au camping de Jausiers. C’est celui que j’ai trouvé le plus sympathique, un des dernier encore plein de cyclo-campeurs et en plein cœur du village.

Le lendemain nous sommes repartis pour le col de Vars, une étape de repos presque, en comparaison du dénivelé de la veille. Et en effet nous sommes arrivés assez vite au sommet, la montée est passée presque toute seule.

Col de Vars

Nous avons fait halte à Guillestre pour des courses et le pique-nique puis sommes montés dans la combe du Queyras. La pluie s’est mise à tombée, fine, pénétrante et froide. Nous avons roulé très doucement jusqu’au pied de l’Izoard à Brunissard. L’auberge des bons enfants avait encore de la place et nous y avons passé la nuit au sec et au chaud, notre seule étape « en dur ».

Par la fenêtre de la cuisine nous pouvions voir que la pluie était en réalité de la neige quelques centaines de mètres plus haut.

Le réveil a été particulièrement froid sur Brunissard. Le ciel était dégagé et les sommets poudrés.

Brunissard

Dans l’ombre de la montagne, notre effort pour la petite dizaine de kilomètres avant le col de l’Izoard nous a réchauffé, mais au col le thermomètre de mon compteur indiquait quand même 0,7°C. La descente a été particulièrement douloureuse pour les doigts et les orteils.

Col de l'Izoard

Même à Briançon, il ne faisait pas très chaud. Nous avons fait le tour de la jolie cité Vauban, ses remparts dominant toutes la vallées et ses petites ruelles étroites qui doivent être bien froides en hiver.

Briançon

Briançon

Briançon

Nous avons ensuite remonté la vallée de la Guisane en direction du col du Lautaret. Le vent nous ralentissait beaucoup et nous empêchait de nous réchauffer. Nous avons fait halte près du torrent dans un petit hameau d’où nous avons vu notre premier glacier. Et au col, la Meije écrasait le paysage, étincelante des récentes chutes de neige.

La Meije

Nous avons continué de nous élever jusqu’au col du Galibier, doucement mais sûrement. Je m’arrêtais régulièrement pour prendre des photos de la vallée de la Guisane ou des nouveaux sommets qui apparaissaient. J’ai reconnu très vite la barre et le dôme des Écrins à plus de 4000m.

Barre des Ecrins

Au pied du col, le créateur du tour de France a son monument démesuré, à sa « gloire » et non pas simplement en son honneur.

Monument à Desgranges au pied du Galibier

Après une photo pour immortaliser le passage de ce col mythique, nous nous sommes à nouveau bien emmitouflés pour la descente vers Valloire.

Col du Galibier

Nous avons fait étape à Valloire et changé nos plans pour les jours qui suivirent. Tenter l’ascension de l’Iseran nous a semblé déraisonnable au vu des maussades prévisions, du froid et de la neige.

Aussi, le lendemain nous avons descendu la Maurienne au lieu de la monter. Avant cela nous avons facilement gravi le col du Télégraphe, puisque nous l’avons franchi presque en descente.

Col du Télégraphe

En aval de St-Jean-de-Maurienne, nous avons fait un petit détour par les lacets de Montvernier, juste par curiosité pour ce site étonnant et ses 13 épingles à cheveux très serrées.

Lacets de Montvernier

Ensuite nous avons grimpé le col de la Madeleine. La montée était longue et soutenue avec des chiffres proche de ceux du Ventoux aussi bien en distance qu’en dénivelée. Ce fût notre dernier grand col.

Jusque là, les inscriptions politiques sur les routes de cols était fréquentes mais touchaient plutôt à la loi travail et à l’accueil des réfugiés. Les tags SOS réfugiés étaient d’ailleurs souvent masqués en noir. Dans ce col c’était des tags anti PMA et GPA, ceux là n’avaient pas subit de tentative de masquage.

Col de la Madeleine

Après une longue descente vers la vallée de la Tarentaise, nous avons fait halte dans un camping « de routiers » à La Bâthie, presque au bord de la 2×2 voies.

Le lendemain il faisait gris et il a plu une bonne partie de la journée. Nous avons visité la cité médiévale de Conflans au dessus d’Albertville, récemment rénovée et encore en plein travaux, puis utilisé la véloroute en direction d’Annecy.

Cité médiévale de Conflans

Albertville

Nous avons fini par rejoindre le lac et la ville d’Annecy avec quelques beaux rayons de soleil en fin d’après-midi.

Lac d'Annecy

Mon frère et sa petite famille nous ont accueilli et hébergé. C’est là que j’ai arrêté le voyage et Quentin a lui repris la route pour quelques jours supplémentaires vers le Chablais puis Genève.

Avec mon frère nous avons fait un peu de canoë sur le lac, seuls au pied des falaises du roc de Chère c’était un point de vue inhabituel sur le lac.


Le parcours : https://www.bikemap.net/en/route/4206142-traversee-des-alpes-avignon-annecy/

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Traversée des Alpes 2016 : l’Italie

Dès 7h du matin je suis remonté en selle pour attaquer la montée du col de l’Umbrail. Il n’y a pas eu d’échauffement, ça attaquait directement dans les lacets. En montant tôt, je voulais partir à la fraîche et éviter le trafic prévisible d’un dimanche.

Santa Maria Val Müstair

Jusqu’au col de l’Umbrail, la route a d’ailleurs été très calme et la montée même soutenue était très agréable et encore très à l’ombre des montagnes environnantes. Je ne me suis retrouvé au soleil que quelques lacets en dessous du col qui marque la frontière avec l’Italie.

Umbrail pass

Après une très brève redescente, j’ai continué à monter pour les 250 derniers mètres de D+ qui me séparaient encore du col du Stelvio (2757m, plus haut col du voyage). La route était beaucoup plus fréquentée, notamment par les motards. Le sommet n’est pas très beau, défiguré par une station de ski d’été et des installations pour touristes, heureusement contrebalancées par la sublime face de l’Ortler qui domine le site de ses 3905m.

L'Ortler vu du Stelvio

Col du Stelvio

Je suis arrivé au sommet à 10h20 avec une moyenne au compteur à 5,7km/h. Il n’aurait pas été sage de continuer jusqu’au col de Gavia comme je l’espérais initialement. Du coup j’ai décidé de redescendre dans la vallée du Haut-Adige. Mais comme une course cycliste avait lieu, la route de descente était encore fermée et il a fallu attendre une heure qu’elle ne soit ouverte à la circulation. J’ai patienté avec Warren, un autre cyclovoyageur d’origine américaine vivant à Berlin qui était monté depuis Bormio. On a fait toute la descente des 49 lacets ensemble.

Les fameux lacets du Stelvio

J’ai préféré l’Orlter depuis plus bas dans la vallée de Trafoi. Je préfère en général les paysages ou la haute montagne contraste avec la forêt. Dans les Dolomites j’ai été comblé.

L'Ortler depuis le Val Trafoi

Arrivé dans la vallée de l’Adige, à cet endroit dénommée Val Venosta au Vinschgau, je me suis séparé de Warren qui a préféré suivre la route principale alors que j’ai suivi des indications pour vélo qui m’ont mené sur un superbe itinéraire d’une bonne soixantaine de kilomètres pour descendre la vallée au milieu des vergers.

Vergers du Val Venosta

L’itinéraire était vraiment génial, surtout dans le sens de la descente peut-être. Il y avait beaucoup d’autres cyclovoyageurs sur cet itinéraire qui était en fait la Via Claudia Augusta, permettant de franchir les Alpes au col de Reschen/Resia à 1500m. J’ai croisé un couple de Hollandais ralliant Rome et Rotterdam, un Australien allant également jusqu’aux Pays-Bas…

Kastelbell dans le Val Venosta

Juste avant Lagund/Algundo où j’ai fait étape, l’Adige franchit une sorte de verrou et descend de 200m d’un coup sur la plaine de Merano.

Vue sur Merano

Le lendemain c’était mon étape de repos. Je n’ai roulé guère plus d’une quarantaine de kilomètres à peu près à plat, même plutôt en descente. Je suis d’abord passé à Merano qui est une petite ville thermale très cyclophile et verdoyante à la confluence du Val Venosta et du Val Passiria.

Bains de Merano

Centre de Merano

Comme dans tout le Südtirol, je n’ai eu aucun problème à me faire comprendre en allemand. La province est parfaitement billingue. En fait, de Sierre à Munich j’ai toujours évolué en zone germanophone.

J’ai continué le long de la voie verte, sur une digue le long de l’Adige jusqu’à Bolzano écrasé de chaleur où j’ai glandouillé tout l’après-midi. Bolzano était le point le plus bas du voyage à seulement 260m d’altitude. La ville est, comme Merano, très très cyclophile. Le long des 2 rivières, l’Isarco et la Talvera, la nature pénètre profondément en ville.

Vignobles et château à Bolzano

Les Dolomites ne sont pas loin et dessinent déjà leurs silhouettes déchiquetées sur l’horizon.

Les Dolomites au dessus de Bolzano

Tout comme dans la plupart des vallées alpines que j’ai traversé, j’ai trouvé que les petits châteaux étaient forts nombreux dans les environs.

Castello Roncolo

Les rues du centre sont étroites et colorées et les enseignes sont presque toujours bilingues.

Façade bilingue de Bolzano

Bolzano

Bolzano

J’ai passé la nuit en auberge de jeunesse. Vu le temps, ce confort relatif n’était pas du tout nécessaire, mais j’avais réservé d’avance cet abri en dur. J’ai partagé la chambre avec une petite famille de hollandais, cyclistes du dimanche (dans la chambre ils laissaient un VTT hors de prix et sans la moindre trace de saleté !). Ne pas avoir à replier le camp m’a permis de partir dès 6h du matin. on m’avait préparé le petit déjeuner à emporter.

D’abord sur une voie verte le long de la vallée de l’Isarco, sur le chemin du col du Brenner, j’ai assez vite bifurqué dans une étroite vallée sur l’ancienne route de Tires. Des panneaux m’avertissaient des pourcentages dès l’entrée : 20% puis 24% !

Montée au Passo Nigra

Certes il n’y avait personne sur cette route mais c’était très soutenu sur quelques kilomètres. À Tires j’ai eu un peu de répit mais la montée a continué encore assez fort jusqu’au Passo Nigra (1688m), en pleine forêt sous les falaises du Rosengarten. Le soleil étant derrière ce groupe, je n’en ai pas pris de photo mais c’était écrasant.

La route vers le Passo Costalunga (1745m) était ensuite un superbe balcon. Il y avait tout d’un coup plus de cyclistes, montés en voiture les tricheurs. J’ai beaucoup aimé les paysages des Dolomites avec le contraste entre les forêts de pins et de mélèzes et les falaises ocres abruptes au dessus. Les Dolomites sont divisés en « gruppo » entre lesquels il y a de nombreux cols tous plus beaux les uns que les autres à vélo.

Gruppo Latemar

Je suis redescendu dans la vallée de Pozza pour retrouver une jolie voie verte en fond de vallée, très fréquentée par les touristes allemands et italiens.

Au dessus de Pozza

Cet itinéraire a duré jusqu’à Canazei/Cianacei où plusieurs routes partaient vers les cols environnants. J’ai pris la route des Passo Pordoi et Sella pour finalement me rendre à se dernier. En début d’après-midi, la chaleur a été particulièrement éprouvante et je me suis arrêté assez souvent pendant la montée. Il faut dire que j’avais déjà les 1500m de D+ du matin dans les pattes.

Dolomites

Gruppo Sella

Dans la montée, la Marmolada, le plus haut sommet (3342m) et je crois le seul avec un glacier des Dolomites, se dévoilaient petit à petit.

La Marmolada

Le Passo Sella (2214m) et la route qui suivaient vers le Passo Gardena (2121m) constituaient le plus beau site de la journée. Au col, un cycliste de route a pris mon antivol pour une batterie !

Passo Sella

Ma photo préférée des Dolomites est celle du Val Gardena depuis le col homonyme, 4ème et dernier col de la journée la plus difficile mais la plus grandiose du voyage.

Passo Gardena

Le lendemain, ma 2ème journée dans les Dolomites, il faisait toujours aussi chaud et je suis encore parti tôt. Mais en fait partir tôt permet juste de rouler à la fraîche, mais le trafic est déjà important avec les randonneurs qui montent se garer aux cols et les ouvriers qui vont sur les chantiers.

Après une courte descente dans la vallée de l’Alta Badia, je suis reparti à l’assaut des cols de Valparola et Falzarego.

Village de l'Alta Badia

Dans la montée vers le col de Valparola

Le col de Valparola (2197m) est agrémenté d’un petit lac de montagne et la route descend ensuite en direction du col de Falzarego (2105m).

Lac au col de Valparola

Entre Valparola et Falzarego

Après le col de Falzarego j’ai profité d’une longue descente vers la principale ville des Dolomites : Cortina d’Ampezzo. C’est une ville que je n’ai pas trouvé très agréable à cause d’un système de traversée en sens unique pas pratique à vélo. Et il y avait un trafic important.

Cortina d'Ampezzo

Tunnel dans la descente vers Cortina d'Ampezzo

Je suis reparti à l’assaut d’un ultime col dans les Dolomites, celui de Tre Croci (1809m). La montée en forêt atténuait les effets de la chaleur mais comme d’habitude, la deuxième montée de la journée est toujours un peu plus difficile que la première. Le col est dominé par les falaises du Monte Cristallo. On peut y monter en télésiège, c’est un des défauts des Dolomites, les montagnes sont suréquipées en installations pour le ski ou pour l’été.

Monte Cristallo

En débouchant plus bas sur le lac de Misurina, j’ai enfin pu apercevoir les sommets les plus connus du massif : les Tre Cime di Lavaredo ou Drei Zinnen en allemand. De cet angle, on avait toutefois l’impression qu’il n’y en avait que deux.

Tre Cime di Lavaredo

Je suis ensuite redescendu en direction de Toblach/Dobbiaco en suivant en partie un grand itinéraire cyclable Munich – Venise et j’ai pique-niqué au bord du joli lac de Dobbiaco.

Lac de Dobbiaco

À partir de Dobbiaco j’ai eu la surprise de me retrouver sur un superbe itinéraire cyclable le long de la Drau (ou Drava quand elle rejoint les pays de langues slaves avant de se jeter dans le Danube. Le paysage avait bien changé et les formes déchiquetées des Dolomites avait laissé la place à des versants plus doux de forêts et alpages. Le passage de la frontière autrichienne n’était même pas marqué, je me suis rendu compte que j’étais en Autriche au passage d’une gare dont les panneaux avaient changé d’allure.

Comme toutes les vallées de passage, elle est parsemée de châteaux.

Schloss Heinfels

J’ai campé peu après mon entrée en Autriche. La traversée de ce pays sera pour le prochain et dernier article.

Traversée des Alpes 2016 : la Suisse

Pour un petit voyage à vélo estival j’ai opté pour une traversée des Alpes entre Bellegarde-sur-Valserine et Munich. Je dis petit voyage parce qu’il n’a duré que 2 semaines et qu’il n’y aura pas de voyage de 4 semaines cette année contrairement aux années précédentes. Sur le blog je ferais 3 articles, un grosso-modo par pays : Suisse, Italie et Autriche.

Le choix de Bellegarde comme point de départ a juste été dicté par le fait qu’il n’y avait plus de place vélo dans le TGV pour Annecy d’où je voulais partir initialement. Dans le train nous étions 2 cyclistes. Carole avec un vélo de route peu chargé partait en direction de « l’étape du tour », une cyclosportive organisée en marge du Tour de France en Haute-Savoie 3 jours plus tard. Nous étions jeudi 7 juillet.

De Bellegarde j’ai longé le Rhône sur une vingtaine de kilomètres sur une route en balcon au pied du Jura avant de le traverser dans la jolie ville double de Seyssel (Ain et Haute-Savoie).

Seyssel

Le Rhône à Seyssel devant le Grand Crêt d'Eau

Après la ville, sur la rive gauche, j’ai emprunté un tout petit bout de la Via Rhôna avant de bifurquer dans le Val de Fier, une étroite gorge qui remonte jusqu’aux environs de Rumilly. J’ai continué à remonter le Fier jusqu’à faire un petit détour touristique par le château de Montrottier et les gorges du Fier.

Château de Montrottier

J’ai visité les gorges dans la fraîcheur bienvenue des passerelles aménagées une vingtaine de mètres au dessus du torrent.

Gorges du Fier

À Annecy, j’ai passé la fin d’après-midi à me promener dans la ville jusqu’au bord du lac avec mon frère et sa petite famille.

Le lendemain je suis reparti plein nord en direction de Genève. Depuis le lac, cela constitue quelques 900m de D+. Peu avant Cruseilles je suis passé sur l’ancien pont de la Caille.

Pont de la Caille

La montée au Salève était régulière mais la chaleur un peu étouffante. Au sommet, la vue était belle des 2 côtés mais un peu voilée. D’un côté le lac d’Annecy bien enfoncé dans les montagnes, de l’autre la ville de Genève et son jet d’eau très reconnaissable.

Vue du Mont Salève en direction d'Annecy

Genève vu du Salève

Je suis redescendu par Annemasse après avoir parcouru toute la crête puis ai filé en direction du centre-ville de Genève. Au bord de l’eau j’ai passé de longues heures à me reposer dans les parcs. Je n’étais pas particulièrement pressé car je n’avais un rendez-vous qu’assez tard dans le Pays de Gex.

Le lac Léman à Genève

En partant en direction de Gex, je suis passé devant le magasin qui fait la très bonne bière cycliste Vélosophe, j’en ai pris 1L. Et en début de soirée je suis arrivé sur le lieu du festival EuroVeloGex, en navigant à vue en direction de la trouée dans la forêt tracée par le télécabine de Crozet.

Je suis resté tout le weekend à ce festival de cyclovoyageurs hors du commun, genre de grand bivouac où tout le monde met la main à la pâte et où j’ai rencontré un tas de gens super dans une ambiance très décontractée.

EuroVeloGex à Crozet

Je n’ai presque pas roulé du week-end du coup. Tout juste avons nous fait un aller-retour au marché de Ferney-Voltaire (le marché le plus cher de France !) et un pique-nique au pied de son château et un autre pique-nique au col de Crozet.

Parmi les présents, je citerai le local de l’étape Claude Marthaler, écrivain voyageur et véritable célébrité dans le monde des voyageurs à vélo. Nathalie et Jérémie qui ont traversé l’Inde du nord au sud et dont j’avais déjà vu le super film au festival de Cyclo-Camping International à Vincennes en janvier, et enfin une autre aventure originale mais dont les 2 protagonistes dijonaises n’étaient pas présentes : une expédition au Japon en plein hiver pour voir des grues.

Le lundi matin, tout le monde a plié le camp et un petit groupe est parti pour un « After Bike Tour ». Au départ il était question d’aller dans la vallée de Joux, mais vu les orages annoncés, c’est devenu un tour du Léman. C’était la même direction que moi et j’ai donc fait cette première étape Suisse avec ce groupe.

Nous avons rejoint le bord du Léman à Nyon puis avons longé le lac. En groupe je prend moins de photos que tout seul. Nous avons mangé près du château de Rolles en essuyant une première averse.

Château de Rolles

Nous avons continué en direction de Lausanne par un itinéraire devenant de plus en plus joli. Même si certaines parties de la côte étaient en réalité interdites au vélo.

Porte de St Prex

Bateau à Morges

Après une seconde douche que nous avons laissé passé près d’un terrain de « bubble football », nous sommes arrivés à Lausanne, ou plus précisément Ouchy.

Château d'Ouchy

Un peu après le musée olympique, je me suis séparé du groupe qui souhaitait continué au bord du lac alors que je souhaitais monté dans les vignobles de Lavaux. Je n’ai pas regretté ce choix car les côteaux sont vraiment superbes. Et puis le soir, bien que nous fassions étape dans la même ville, je ne serais pas resté avec les autres pour camper car j’avais des hôtes Warmshowers qui m’attendaient.

Aran dans le Lavaux

Vignobles de Lavaux

À Vevey, j’ai été hébergé par Christophe et Pascale. Un couple qui plaque tout dans 2 mois pour partir voyager en tandem à travers le monde pour une durée indéterminée. Ils étaient en train de tout vendre, leurs meubles, la plupart de leurs affaires et leurs 14 vélos (il n’en restait plus que 2 de piste dans l’appartement).

Le lendemain, les nuages étaient bien bas au dessus du lac et le Valais n’avait pas l’air particulièrement attirant.

L'entrée du Valais

J’ai longé le bord du lac à travers la Riviera Vaudoise, Montreux encore déserte puis suis passé à côté du joli château de Chillon.

Château de Chillon

Château de Chillon

Au bout du lac, j’ai rejoint le Rhône dont les abords étaient sensiblement plus frais que les alentours dans une petite brume.

Le Rhône se jetant dans le Léman

Un peu au dessus de St-Maurice, la pluie s’est mise à tomber copieusement. J’ai passé 45min sous l’auvent d’une entreprise de menuiserie, puis me suis décidé à continuer quand-même. L’itinéraire balisé était facile à suivre. Le Valais avait l’air joli derrière la pluie avec ses vergers d’abricotiers (c’était la pleine saison des abricots) et ses vignes grimpant sur les pentes. La voie verte offrait une vue assez dégagée puisque sur une digue au bord du Rhône un peu au dessus du niveau de la vallée.

En milieu d’après-midi je suis arrivé aux environs de Sierre chez Tilly et Marc. Un couple de Warmshowers captivant, ancien gardiens de refuge et très accueillants. Je me suis séché et ait été comme un coq en pâte.

Le lendemain le temps était meilleur et j’ai continué de remonter le Valais dans une vallée se rétrécissant. Les villages traversés étaient plutôt jolis avec de beaux chalets et quelques ruines de fortifications régulièrement disséminées dans la vallée. Je suis rentré dans la partie germanophone de mon voyage.

Niedergesteln

Après Brigue, ça s’est mis à monter plus sérieusement jusqu’à la partie de la vallée qui s’appelle le Goms. Là la voie verte était plus souvent sur chemin mais toujours allant de village de chalets en village de chalets.

Pont couvert sur le Rhône

Dans un dernier endroit plat, j’ai longé un petit aérodrome.

Aérodrome dans le Goms

À peine monté ma tente à Ulrichen, il s’est mis à pleuvoir. Le ciel était resté assez gris toute la journée. Je suis resté sous la tente de 16h jusqu’au lendemain matin. À la seule accalmie je suis sorti et j’ai pu voir que les sommets alentours étaient poudrés de neige.

Le lendemain je suis allé jusqu’au fond de la vallée à Oberwald. Et alors que je m’engageais sur la route de la Furka je me suis aperçu que le col était fermé ! Nous étions le 14 juillet, je ne pensais pas que c’était possible. Du coup j’ai du me résoudre à prendre le train pour Andermatt. En 35min j’avais passé mon premier col Suisse par un tunnel. Tous les trains Suisses, même les plus petites lignes sont au minimum cadencées à l’heure, donc je n’ai pas eu à attendre longtemps un départ.

Train de la Furka

À Andermatt, en faisant les courses j’ai pu vérifier ce que m’avais dit Tilly, les Suisses vendent des œufs durs au supermarché. C’est très pratique pour les voyageurs ! La ville était jolie et encore quasi déserte mais avait l’air très touristique.

Andermatt

J’ai ensuite attaqué la montée de l’Oberalppass. La montée était régulière et peu raide, sans doute le col le plus facile du voyage avec seulement 600m de D+. Par contre au sommet j’ai pu constaté qu’il y avait vraiment de la neige, à seulement 2000m.

Montée vers l'Oberalp

J’ai trouvé au col le phare le plus haut du monde. C’est une réplique d’un ancien phare du delta du Rhin, car ici nous sommes à la source du Rhin.

Oberalppass

J’ai eu bien froid aux doigts dans la descente car plutôt habillé pour l’été je n’avais prévu des gants que légers. Je suis arrivé tôt au camping de Disentis (le camping le plus cher du voyage de très loin). J’y ai passé l’après-midi en compagnie de 2 cyclo-voyageuses grenobloises qui entamaient la descente du Rhin. Pour leur première étape elles n’étaient pas mécontentes d’avoir pris le train depuis Andermatt et de n’avoir pas passé l’Oberalp dans la neige.

Le lendemain j’ai descendu la vallée du Rhin par la route principale jusqu’à Illanz. J’ai trouvé le trafic de camion de chantier important sur cette route. Il faut dire qu’en Suisse, sur les routes de montagne, il y a beaucoup de travaux et de feux de circulation alternée. Si les routes sont nickel, on sait pourquoi.

Porte d'Illanz

Le long de la petite route en direction de Bonaduz, j’ai croisé énormément de vieilles voitures avec des plaque Pékin-Paris. Du coup c’était relativement bruyant et très puant malgré le fait que j’ai quitté la grande route. Il y a de belles vieilles voitures mais je ne suis pas spécialement pour qu’on les fasse rouler !

Dans les gorges de la Rheinschlucht j’ai doublé une famille de franciliens qui descendait également le Rhin tous équipés des mêmes sacoches vert fluo.

Tunnel vers Bonaduz

La Rheinschlucht

À Bonaduz, j’ai quitté la vallée du Rhin pour remontée la vallée de Domleschg où il y avait un bel itinéraire cyclable jusqu’à Thusis.

Château à Tomils

Par contre ensuite, il y a eu un passage beaucoup moins agréable avec des tunnels assez chargés puisque c’était sur la route en direction de St-Moritz et Davos, mais dès cette portion sans alternative passée, le balisage a repris des petites routes et chemins beaucoup plus pittoresques.

J’ai fait halte au camping de Filisur où j’ai passé la soirée avec Katja, une cyclo-voyageuse belge à qui les gardiens avaient carrément laissé une caravane (pris de compassion car elle avait l’air d’avoir froid). Au moins on a passé la soirée au chaud. Partie de Louvain, elle avait passé le Grimsel, la Furka et l’Oberalp quelques jours avant moi et continuait dans la même direction que mais à un rythme plus relax avec un seul col par jour. Du coup nous n’avons pas roulé ensemble mais nous nous sommes donné des nouvelles de notre avancement régulièrement. Elle va jusqu’à Bratislava et à l’heure où j’écris elle est en Slovénie.

Le lendemain, finie la météo pourrie. Le soleil s’est mis à briller pour une semaine complète. La montée vers le col de l’Albula était très jolie en forêt, passant par un dernier village magnifique sous la lumière du matin.

Bergün

Les sommets alentours étaient enfin visibles après plusieurs jours cachés dans les nuages. La neige déposée n’ayant pas encore fondu sublimait tout et renforçait l’impression de haute montagne. Le col lui même est à 2312m.

Dans la montée de l'Albula

C’était une sensation assez bizarre de ne pouvoir nommer aucun sommet mais j’ai dû m’y habituer pour le reste du voyage.

Au col de l'Albula

L’Albulapass est le plus beau col que j’ai passé en Suisse. Sur son versant est, la descente était courte jusque dans l’Engadine.

Vallée de l'Engadine

Dans l’Engadine j’ai suivi un itinéraire cyclable mais je n’ai pas été très inspiré car c’était un chemin qui n’arrêtait pas de monter et redescendre alors que la route m’aurait fait gagner pas mal de temps en descente uniquement jusqu’à Zernez.

De Zernez je suis reparti en montée à travers le Parc National Suisse (il n’y a qu’un seul parc national en Suisse) et sur une route très belle mais avec pas mal de trafic. Mais ce col là, le Fuorn ou Ofenpass était très beau aussi.

Parc National Suisse depuis la montée du Fuorn

De l’autre côté, je suis redescendu dans le Val Müstair, la vallée la plus orientale de Suisse et j’ai fait étape à Santa Maria, au pied de la route qui me mènerait le lendemain en Italie. La journée a été particulièrement longue avec ces 2 grands cols, et à guère plus de 11km/h de moyenne j’ai passé plus de 8h en selle. Pour les jours suivant, j’ai revu mes ambitions à la baisse concernant les enchaînements de cols. Mais ça sera pour l’article suivant qui sera consacré exclusivement à la partie italienne du voyage.

Le Cyclop de Milly-la-Forêt

Dimanche ensoleillé après quelques jours de canicule, Lucie me propose une excursion culturelle, « 20km de vélo pas plus ». Nous devions être 3 mais ne sommes plus que 2 au départ dans les sous-sol de la Gare de Lyon. Sans préavis, le RER vers Malesherbes est supprimé. C’est celui qui nous aurait amené le plus près de Milly. Le suivant est une heure plus tard. Du coup nous décidons de prendre un direct pour Melun histoire de ne pas perdre trop de temps et d’emprunter un itinéraire totalement différent. Une demi-heure plus tard nous sommes en selle et avons 25km à parcourir jusqu’à Milly. Nous nous tartinons le visage et les avant-bras de crème solaire que la transpiration aura vite fait dégouliner, protection symbolique sur un bronzage agricole déjà bien marqué.

Il est midi passé, les routes se vident de voitures. Les quelques villages traversés ont l’air complètement endormis : Chailly-en-Bière, Saint-Martin-en-Bière, Courances. Dans ce dernier nous nous arrêtons pour pique-niquer en face des grilles du château. Les escaliers monumentaux sont clairement inspirés de ceux de Fontainebleau.

Château de Courances

Lucie étrenne un nouveau vélo qu’elle a trouvé pour une bouchée de pain en Bourgogne. Un cadre italien très sobre dont la marque est très discrètement gravée au sommet des haubans : Vicini. L’antivol et le marquage bicycode, tout plébiscités qu’ils soient par les associations de cyclistes urbains, gâtent un peu sa silhouette.

Vélo Vicini

Entre Moigny-sur-École et Milly-la-Forêt il y a une belle piste cyclable qui évite la route principale. Finalement Milly n’est pas si mal desservi que ça. L’embranchement vers le Cyclop est un petit chemin non indiqué de la direction dans laquelle nous arrivons.

Piste cyclable vers Milly

Le Cyclop est une œuvre monumentale en matériaux de récupération, essentiellement de la ferraille, située en pleine forêt plus précisément dans « le bois des Pauvres ». Il a été construit entre 1969 et 1994 par l’artiste suisse Jean Tinguely, sa femme Niki de St Phalle et quelques-uns de leurs amis. D’abord plus ou moins illégalement avec la bienveillance de la commune, puis finalement inauguré par François Mitterrand et son ministre de la culture de l’époque.

La billetterie du site est aussi de la récupération.

Billetterie du Cyclop

Je ne prends que des photos de l’extérieur car il est interdit de photographier l’intérieur pour des raisons de droit.

Sur une des façades on voit une énorme machinerie imaginée par Tinguely pour ne rien faire à part du bruit et faire rouler des grosses boules en inox à travers la structure.

Rouages du Cyclop

À l’arrière, une grande toise donne la mesure de l’édifice, 22m de haut. La toise est posée le long d’une tour faite de tables, chaises, escabeaux, passerelles métalliques empilés et soudés en tout sens. Une bouche d’aération a été récupérée sur le chantier du centre Pompidou.

Toise du Cyclop

Vers le sommet de la structure, un des rares éléments qui n’a pas été monté à la main est un wagon SNCF identique à ceux qui ont servi à la déportation. L’œuvre à l’intérieur la commémore d’ailleurs.

Des escaliers qui ne mènent nulle-part parsèment la structure. La vraie entrée elle, est bien cachée. Ce stratagème servait à leurrer d’éventuel squatteurs. Dans cet amas insolite domine une gigantesque oreille, c’est le début de l’explication du nom Cyclop.

Wagon et oreille du Cyclop

Parce que la dernière façade constitue le visage du Cyclop. Il est recouvert de fragments de miroirs malheureusement bien ternis. L’entretien et la restauration de l’œuvre sont une tâche bien complexe. L’œil est relié à la machinerie et bouge en permanence.

Visage du Cyclop

L’intérieur ne se visite qu’avec un guide et est truffé d’œuvres et d’inventions plus étonnantes et incongrues les unes que les autres. Il est assez étriqué par rapport à ce que les vastes proportions extérieures peuvent laisser penser.

Des ondées passent pendant que nous visitons l’intérieur. Quand nous repartons dans les rues de Milly, elles s’achèvent et laissent une atmosphère à peine rafraîchie et sentant bon le bitume mouillé.

Milly est un gros village qui a la phobie des vélos. Tous les sens interdits y sont doublés d’un panonceau « Y compris cyclistes ». Sachant que tout le centre est en zone 30, les double-sens cyclables devraient y être la règle. Mais le mythe de la dangerosité de tels aménagement a encore frappé, en dépit des constats, études et recommandations de très sérieux organismes gouvernementaux. Les élus sont parfois d’une ignorance crasse et prêts à tout pour conserver les voix d’un électorat qui, dans une ville mal desservie en transports en commun, ne conçoit pas un déplacement sans prothèse motorisée. Il est étrange que le vélo soit perçu comme un moyen de transport un tout petit peu sérieux uniquement dans les grandes villes alors que ce sont dans les plus petites et moyennes, où les distances sont réduites, qu’il a le plus d’intérêt.

La rivière École forme les douves du château et baigne quelques lavoirs en centre-ville.

Château de Milly-la-Forêt

Pont à Milly-la-Forêt

Un des lavoirs de Milly

Le centre est resserré autour de halles datant de la fin du moyen-âge.

Halles de Milly-la-Forêt

Nous quittons la ville par une route que j’ai déjà emprunté quelques fois en direction du massif des Trois Pignons. La route est entourée d’une forêt qui commence à prendre un aspect un peu plus sauvage après le Vaudoué, parsemée de blocs rocheux et de pins qui embaument l’air.

Après Achères-la-Forêt, une fois la saignée de l’A6 franchie, le massif des Trois Pignons devient la forêt de Fontainebleau. Nous trouvons des routes sans voitures quasiment désertes car probablement trop loin des villages pour que la foule des promeneurs du dimanche les atteigne.

Les routes sont souvent en ligne droite, mais dès que le relief, ou des amoncellement de roches, forme un obstacle, elles se mettent à onduler et se courber légèrement. Ce sont les passages où la forêt est un mélange de pins et de hêtres avec à leurs pieds de hautes fougères et quelque rochers que je préfère. Je trouve que ce sont ceux qui distinguent le plus Fontainebleau des autres forêts du bassin parisien.

Route en Forêt de Fontainebleau

Nous contournons la ville de Fontainebleau par le nord, tout en restant au maximum sur des petites routes fermées au voitures. À un moment nous dominons un verdoyant hippodrome. L’herbe est jaunie par un mois de juin très sec partout ailleurs. Cette vue est étonnante. Quel dommage d’avoir ainsi troué la forêt, surtout que l’endroit n’est pas collé à la ville. D’ailleurs, sur une photo aérienne, on constate que les villes jumelles de Fontainebleau et Avon sont très compactes et n’empiètent pas sur la forêt qui les cerne de toutes parts.  Les seules trouées dans la forêt (hormis les routes) sont un golf au sud-ouest et cet hippodrome au nord. L’illustration caricaturale comme le formule Hervé Kempf que « les riches détruisent la planète ».

Hippodrome de Fontainebleau

Après un pittoresque passage en balcon particulièrement tortueux, nous arrivons à la croix du calvaire qui surplombe la ville. Les toits du château sont visibles, quoique discrets.

Centre de Fontainebleau

Le viaduc du train qui va nous ramener vers Paris est juste à nos pieds.

Viaduc d'Avon

En attendant le transilien, les TER Bourgogne et les trains de marchandises traversent la gare à toute allure. Les promeneurs et cyclistes s’accumulent sur le quai. Malgré un train toutes les demi-heures celui-ci est plein à craquer. La foule habituelle d’un dimanche d’été nous rattrape enfin alors que les routes étaient désertes. Ce n’est pas un retour à la civilisation car nous ne l’avons jamais quitté, mais un peu quand-même, la promiscuité, le bruit et l’odeur.

En tout nous avons roulé une bonne soixantaine de kilomètres, au lieu des 20km maximum prévus à l’origine, et nous en revenons bien évidemment ravis. Le tracé du parcours est ici : http://www.openrunner.com/index.php?id=5008292