Traversée des Alpes 2016 : l’Italie

Dès 7h du matin je suis remonté en selle pour attaquer la montée du col de l’Umbrail. Il n’y a pas eu d’échauffement, ça attaquait directement dans les lacets. En montant tôt, je voulais partir à la fraîche et éviter le trafic prévisible d’un dimanche.

Santa Maria Val Müstair

Jusqu’au col de l’Umbrail, la route a d’ailleurs été très calme et la montée même soutenue était très agréable et encore très à l’ombre des montagnes environnantes. Je ne me suis retrouvé au soleil que quelques lacets en dessous du col qui marque la frontière avec l’Italie.

Umbrail pass

Après une très brève redescente, j’ai continué à monter pour les 250 derniers mètres de D+ qui me séparaient encore du col du Stelvio (2757m, plus haut col du voyage). La route était beaucoup plus fréquentée, notamment par les motards. Le sommet n’est pas très beau, défiguré par une station de ski d’été et des installations pour touristes, heureusement contrebalancées par la sublime face de l’Ortler qui domine le site de ses 3905m.

L'Ortler vu du Stelvio

Col du Stelvio

Je suis arrivé au sommet à 10h20 avec une moyenne au compteur à 5,7km/h. Il n’aurait pas été sage de continuer jusqu’au col de Gavia comme je l’espérais initialement. Du coup j’ai décidé de redescendre dans la vallée du Haut-Adige. Mais comme une course cycliste avait lieu, la route de descente était encore fermée et il a fallu attendre une heure qu’elle ne soit ouverte à la circulation. J’ai patienté avec Warren, un autre cyclovoyageur d’origine américaine vivant à Berlin qui était monté depuis Bormio. On a fait toute la descente des 49 lacets ensemble.

Les fameux lacets du Stelvio

J’ai préféré l’Orlter depuis plus bas dans la vallée de Trafoi. Je préfère en général les paysages ou la haute montagne contraste avec la forêt. Dans les Dolomites j’ai été comblé.

L'Ortler depuis le Val Trafoi

Arrivé dans la vallée de l’Adige, à cet endroit dénommée Val Venosta au Vinschgau, je me suis séparé de Warren qui a préféré suivre la route principale alors que j’ai suivi des indications pour vélo qui m’ont mené sur un superbe itinéraire d’une bonne soixantaine de kilomètres pour descendre la vallée au milieu des vergers.

Vergers du Val Venosta

L’itinéraire était vraiment génial, surtout dans le sens de la descente peut-être. Il y avait beaucoup d’autres cyclovoyageurs sur cet itinéraire qui était en fait la Via Claudia Augusta, permettant de franchir les Alpes au col de Reschen/Resia à 1500m. J’ai croisé un couple de Hollandais ralliant Rome et Rotterdam, un Australien allant également jusqu’aux Pays-Bas…

Kastelbell dans le Val Venosta

Juste avant Lagund/Algundo où j’ai fait étape, l’Adige franchit une sorte de verrou et descend de 200m d’un coup sur la plaine de Merano.

Vue sur Merano

Le lendemain c’était mon étape de repos. Je n’ai roulé guère plus d’une quarantaine de kilomètres à peu près à plat, même plutôt en descente. Je suis d’abord passé à Merano qui est une petite ville thermale très cyclophile et verdoyante à la confluence du Val Venosta et du Val Passiria.

Bains de Merano

Centre de Merano

Comme dans tout le Südtirol, je n’ai eu aucun problème à me faire comprendre en allemand. La province est parfaitement billingue. En fait, de Sierre à Munich j’ai toujours évolué en zone germanophone.

J’ai continué le long de la voie verte, sur une digue le long de l’Adige jusqu’à Bolzano écrasé de chaleur où j’ai glandouillé tout l’après-midi. Bolzano était le point le plus bas du voyage à seulement 260m d’altitude. La ville est, comme Merano, très très cyclophile. Le long des 2 rivières, l’Isarco et la Talvera, la nature pénètre profondément en ville.

Vignobles et château à Bolzano

Les Dolomites ne sont pas loin et dessinent déjà leurs silhouettes déchiquetées sur l’horizon.

Les Dolomites au dessus de Bolzano

Tout comme dans la plupart des vallées alpines que j’ai traversé, j’ai trouvé que les petits châteaux étaient forts nombreux dans les environs.

Castello Roncolo

Les rues du centre sont étroites et colorées et les enseignes sont presque toujours bilingues.

Façade bilingue de Bolzano

Bolzano

Bolzano

J’ai passé la nuit en auberge de jeunesse. Vu le temps, ce confort relatif n’était pas du tout nécessaire, mais j’avais réservé d’avance cet abri en dur. J’ai partagé la chambre avec une petite famille de hollandais, cyclistes du dimanche (dans la chambre ils laissaient un VTT hors de prix et sans la moindre trace de saleté !). Ne pas avoir à replier le camp m’a permis de partir dès 6h du matin. on m’avait préparé le petit déjeuner à emporter.

D’abord sur une voie verte le long de la vallée de l’Isarco, sur le chemin du col du Brenner, j’ai assez vite bifurqué dans une étroite vallée sur l’ancienne route de Tires. Des panneaux m’avertissaient des pourcentages dès l’entrée : 20% puis 24% !

Montée au Passo Nigra

Certes il n’y avait personne sur cette route mais c’était très soutenu sur quelques kilomètres. À Tires j’ai eu un peu de répit mais la montée a continué encore assez fort jusqu’au Passo Nigra (1688m), en pleine forêt sous les falaises du Rosengarten. Le soleil étant derrière ce groupe, je n’en ai pas pris de photo mais c’était écrasant.

La route vers le Passo Costalunga (1745m) était ensuite un superbe balcon. Il y avait tout d’un coup plus de cyclistes, montés en voiture les tricheurs. J’ai beaucoup aimé les paysages des Dolomites avec le contraste entre les forêts de pins et de mélèzes et les falaises ocres abruptes au dessus. Les Dolomites sont divisés en « gruppo » entre lesquels il y a de nombreux cols tous plus beaux les uns que les autres à vélo.

Gruppo Latemar

Je suis redescendu dans la vallée de Pozza pour retrouver une jolie voie verte en fond de vallée, très fréquentée par les touristes allemands et italiens.

Au dessus de Pozza

Cet itinéraire a duré jusqu’à Canazei/Cianacei où plusieurs routes partaient vers les cols environnants. J’ai pris la route des Passo Pordoi et Sella pour finalement me rendre à se dernier. En début d’après-midi, la chaleur a été particulièrement éprouvante et je me suis arrêté assez souvent pendant la montée. Il faut dire que j’avais déjà les 1500m de D+ du matin dans les pattes.

Dolomites

Gruppo Sella

Dans la montée, la Marmolada, le plus haut sommet (3342m) et je crois le seul avec un glacier des Dolomites, se dévoilaient petit à petit.

La Marmolada

Le Passo Sella (2214m) et la route qui suivaient vers le Passo Gardena (2121m) constituaient le plus beau site de la journée. Au col, un cycliste de route a pris mon antivol pour une batterie !

Passo Sella

Ma photo préférée des Dolomites est celle du Val Gardena depuis le col homonyme, 4ème et dernier col de la journée la plus difficile mais la plus grandiose du voyage.

Passo Gardena

Le lendemain, ma 2ème journée dans les Dolomites, il faisait toujours aussi chaud et je suis encore parti tôt. Mais en fait partir tôt permet juste de rouler à la fraîche, mais le trafic est déjà important avec les randonneurs qui montent se garer aux cols et les ouvriers qui vont sur les chantiers.

Après une courte descente dans la vallée de l’Alta Badia, je suis reparti à l’assaut des cols de Valparola et Falzarego.

Village de l'Alta Badia

Dans la montée vers le col de Valparola

Le col de Valparola (2197m) est agrémenté d’un petit lac de montagne et la route descend ensuite en direction du col de Falzarego (2105m).

Lac au col de Valparola

Entre Valparola et Falzarego

Après le col de Falzarego j’ai profité d’une longue descente vers la principale ville des Dolomites : Cortina d’Ampezzo. C’est une ville que je n’ai pas trouvé très agréable à cause d’un système de traversée en sens unique pas pratique à vélo. Et il y avait un trafic important.

Cortina d'Ampezzo

Tunnel dans la descente vers Cortina d'Ampezzo

Je suis reparti à l’assaut d’un ultime col dans les Dolomites, celui de Tre Croci (1809m). La montée en forêt atténuait les effets de la chaleur mais comme d’habitude, la deuxième montée de la journée est toujours un peu plus difficile que la première. Le col est dominé par les falaises du Monte Cristallo. On peut y monter en télésiège, c’est un des défauts des Dolomites, les montagnes sont suréquipées en installations pour le ski ou pour l’été.

Monte Cristallo

En débouchant plus bas sur le lac de Misurina, j’ai enfin pu apercevoir les sommets les plus connus du massif : les Tre Cime di Lavaredo ou Drei Zinnen en allemand. De cet angle, on avait toutefois l’impression qu’il n’y en avait que deux.

Tre Cime di Lavaredo

Je suis ensuite redescendu en direction de Toblach/Dobbiaco en suivant en partie un grand itinéraire cyclable Munich – Venise et j’ai pique-niqué au bord du joli lac de Dobbiaco.

Lac de Dobbiaco

À partir de Dobbiaco j’ai eu la surprise de me retrouver sur un superbe itinéraire cyclable le long de la Drau (ou Drava quand elle rejoint les pays de langues slaves avant de se jeter dans le Danube. Le paysage avait bien changé et les formes déchiquetées des Dolomites avait laissé la place à des versants plus doux de forêts et alpages. Le passage de la frontière autrichienne n’était même pas marqué, je me suis rendu compte que j’étais en Autriche au passage d’une gare dont les panneaux avaient changé d’allure.

Comme toutes les vallées de passage, elle est parsemée de châteaux.

Schloss Heinfels

J’ai campé peu après mon entrée en Autriche. La traversée de ce pays sera pour le prochain et dernier article.

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