Traversée des Alpes 2016 : l’Autriche et l’Allemagne

Me voila donc arrivé en Autriche, dans la vallée de la Drave. Après avoir été dans les bassins versants du Rhône (Méditerrannée), du Rhin (Mer du Nord), de l’Adige et du Piave (Adriatique), j’entrais dans celui du Danube (Mer Noire) que je ne quitterais plus jusqu’à Munich. Vu sous cet angle, j’ai parcouru le château d’eau de toute l’Europe.

Au petit matin j’ai continué le long de la très belle voie verte le long de la Drave en direction de Lienz. 30 kilomètres en descente régulière jusqu’à cette petite ville capitale du Tyrol oriental.

Drau Radweg vers Lienz

La ville a un petit centre piétonnier agréable et se situe dans une vallée au pied d’un petit massif dolomitique (les dolomites de Lienz). La vallée voit beaucoup de passage puisqu’une route y monte jusqu’à un tunnel permettant de franchir les Hohe Tauern qui n’ont pas tant de points de passages que ça.

Lienz

À la sortie de la ville, je suis monté à un petit col peu élevé, l’Iselsberg, pour passer dans la vallée du Mölltal. Près du sommet j’ai trouvé l’abri bus le plus confortable du monde, juste à côté d’une fontaine pour refaire le plein.

Iselsberg

Dans le Mölltal, j’ai retrouvé une véloroute (Radweg n°8) qui m’a conduit jusqu’à Heiligenblut en évitant pas mal la route principale. Le ciel a commencé à se couvrir assez tôt dans l’après-midi après une semaine de temps splendide.

Cascade dans le Mölltal

J’ai fait étape à Heiligenblut, ou plus exactement Heiligenblut am Groβglockner car la pyramide enneigée au fond c’est le Groβglockner, point culminant de l’Autriche à 3798m.

Heiligenblut

Dans la soirée j’ai eu droit à un violent orage. J’avais planté ma tente dans le sens du vent qui remontait la vallée, mais juste avant l’orage, le vent a tourné de 180°, la plaçant dans le pire angle possible pour supporter les rafales, j’ai cru qu’elle allait se déchirer. Mais finalement elle a bien résisté par rapport à celle de ma voisine française.

Le lendemain, je suis parti tôt pour une dernière série de cols. Je n’étais pas le seul avec des sacoches à la sortie du camping malgré l’heure très matinale, mais je suis parti un peu plus vite que les autres et j’ai été surpris de ne pas m’être fait rattrapé pendant la montée relativement longue.

La Groβglockner Hochalpenstrasse (haute route alpine du Groβglockner) est un franchissement purement touristique des Hohe Tauern. La route est à péage pour les véhicules à moteur (35€ pour une voiture et 25€ pour une moto) et gratuite pour les vélos. Avec l’argent récolté, la route est entretenue en un véritable billard.

Au matin, le ciel était très dégagé et la route encore déserte.

Le Groβglockner

Mölltal

Les moutons s’échappaient facilement sur la route dans les alpages, ça faisait ralentir les premiers automobilistes et motards.

Au sommet, le col est marqué par un tunnel à 2504m d’altitude, la Hochtor (Haute porte). Ça valait bien quelques photos du vélo parce que c’était mon dernier grand col.

Tunnel de la Hochtor

Hochtor

En réalité il y a 3 cols nommés sur cette route. Le 2ème est également marqué par un tunnel mais quasiment sans remontée. Le 3ème a une centaine de mètres de remontée et permet d’admirer le chemin accompli depuis la Hochtor. De là on voit les bouches des 2 tunnels précédents.

Route depuis le Hochtor

C’est aussi là à la Fuscher Törl qu’on peut voir pour la dernière fois le Groβglockner (au fond à gauche derrière 2 belles pyramides que je ne peux nommer).

Vue sur les Hohe Tauern de la Fuscher Törl

La descente était particulièrement raide, régulièrement à 14% sur une douzaine de kilomètres et du coup je ne l’ai pas trouvé très agréable. Et le trafic était beaucoup plus dense en face.

Je suis arrivé dans la vallée après 1750m de descente pour pique-niquer au bord du joli lac de Zell.

Zell am See

À partir de là, même au cœur des Land de Salzbourg et du Tyrol, je n’ai plus rencontré beaucoup de relief. J’ai suivi de bons balisages dans les vallées et franchi des cols presque imperceptibles (d’ailleurs non nommés) en direction de l’Allemagne.

Schloss Prielau

La ville de Saalfelden se trouve au pied de la Steinernes Meer (la mer de pierre), un massif qui sépare l’Autriche de l’Allemagne. De l’autre côté se trouve Berchtesgaden où je suis passé en 2012.

Saalfelden am Steinernen Meer

J’ai finalement fait étape à Waidring. C’était plutôt bien choisi car le soir, j’ai pu assister sur la place du village à un concert en plein air d’un orchestre tyrolien (Bundesmusikkappelle Waidring) en costumes traditionnels.

Le lendemain c’était mon dernier jour de voyage et une des étapes les plus plates jusqu’à Munich. Du coup j’avais prévu plus de kilomètres qu’à l’accoutumé et en effet le soir j’en avais 144 au compteur.

Tant que j’étais dans le Tyrol, le ciel était très couvert.

En direction de Kössen

Mais à peine rejoints les bords de l’Inn, j’ai eu droit à un grand ciel bleu et le vent m’a poussé efficacement hors des Alpes sur la digue de la rivière.

L'Inn en direction de Rosenheim

Rosenheim

À partir de Rosenheim, j’ai suivi un balisage de la Via Julia, difficile à trouver au début mais finalement une fois que j’ai compris que la Via Julia allait en direction de Munich, je me suis laissé guidé le long de la rivière Mangfall et dans la campagne Bavaroise.

Un village bavarois sur la Via Julia

J’ai franchi un petit col près d’Aying puis me suis retrouvé sur de grandes pistes forestières rectilignes. Je suis arrivé à Munich sans voir que j’arrivais en ville. J’ai traversé l’Isar sous le tablier du pont ferroviaire Groβhesseloher. C’était le lendemain des attentats mais les bords de la rivière étaient très animés.

L'Isar en amont de Munich

Des orchestres passaient sur des radeaux à bonne allure en jouant Brazil ou d’autres airs entraînants.

Radeau orchestre sur l'Isar

Je me suis arrêté au camping de Munich, faute d’avoir bien cherché un hébergement en dur (Warmshowers ou autre) que je préfère en général en ville.  J’ai essuyé une troisième soirée d’orage d’affilée. Mais comme je partais tôt le matin, à chaque fois que les orages commençaient j’avais déjà installé le campement. Et puis dans une tente 2 places tout seul, on est au large pour attendre que ça passe.

Sous la tente en attendant l'orage

Le lendemain c’était le retour en France. Je suis parti bien avant mon train pour avoir le temps de faire un tour dans Munich que je n’avais pas du tout vu la veille. Même sans plan il est très facile de se repérer en ville, tout est super bien balisé et la Marienplatz est indiquée de tous les carrefours de la ville.

Marienplatz

Hofgarten (une vraie photo d'arrivée !)

Le long de l'Isar à Munich

Altes Rathaus Munich

Maison de Munich

Dans le train EuroCity qui m’a mené à Stuttgart (c’était bien un EC et non un ICE comme j’ai pu l’écrire un peu vite ailleurs), il y avait 16 places vélo (pour 18 vélos présents). Autant dire qu’il fallait bien respecter la place qui nous était attribuée à la réservation.

Vélos dans un EuroCity

Après un changement à Stuttgart, puis un autre à Karlsruhe pour des trains régionaux beaucoup moins bien pourvus (compartiments à strapontins vites saturés car occupés par des gens qui n’en ont pas besoin alors qu’il reste des places assises ailleurs dans le train), je suis finalement descendu à Appenweier. De là il me restais une grosse vingtaine de kilomètres pour franchir le Rhin et rejoindre Strasbourg. Moyennant une correspondance de plus, j’aurais pu faire ce morceau en train également, mais comme j’avais 3h devant moi, j’ai préféré le faire à vélo.

Passerelle entre Kehl et Strasbourg

Le balisage côté français a encore des progrès à réaliser car les indications pour Strasbourg centre s’arrêtent assez rapidement pour pointer des lieux dont le visiteur de passage n’a aucune idée de l’emplacement par rapport au centre (à un moment on arrive sur « parc de l’étoile » d’un côté et « station tram » de l’autre… et le centre ville c’est par où ?). Idem un peu plus loin parce qu’une fois dans le centre je n’ai jamais vu aucun panneau indiquant la gare et les rues sont un peu compliquées car celles empruntées par les trams sont parfois autorisées et parfois interdites au vélo. Bref tout ça est beaucoup moins lisible qu’en Allemagne.

Cathédrale de Strasbourg

Une fois à la gare, il ne me restait plus que 2h de TGV pour rentrer à la maison.

Gare de Strasbourg

Finalement un voyage retour qui malgré le nombre de correspondances (4 trains) et la durée (11h porte à porte) s’est bien déroulé et était relax.


Au total se fut un périple à vélo de 15 jours et d’environ 1400km et 17500m de D+. J’avais originellement prévu 20000m mais la Furka étant fermée, et ayant zappé le col de Gavia, ceci explique la différence.

J’ai tracé le parcours par morceau sur Openrunner (à la main parce que les calculs d’itinéraires automatiques ne passent jamais là où je suis réellement passé !) :

Vue d'ensemble du parcours Bellegarde - Munich

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Traversée des Alpes 2016 : l’Italie

Dès 7h du matin je suis remonté en selle pour attaquer la montée du col de l’Umbrail. Il n’y a pas eu d’échauffement, ça attaquait directement dans les lacets. En montant tôt, je voulais partir à la fraîche et éviter le trafic prévisible d’un dimanche.

Santa Maria Val Müstair

Jusqu’au col de l’Umbrail, la route a d’ailleurs été très calme et la montée même soutenue était très agréable et encore très à l’ombre des montagnes environnantes. Je ne me suis retrouvé au soleil que quelques lacets en dessous du col qui marque la frontière avec l’Italie.

Umbrail pass

Après une très brève redescente, j’ai continué à monter pour les 250 derniers mètres de D+ qui me séparaient encore du col du Stelvio (2757m, plus haut col du voyage). La route était beaucoup plus fréquentée, notamment par les motards. Le sommet n’est pas très beau, défiguré par une station de ski d’été et des installations pour touristes, heureusement contrebalancées par la sublime face de l’Ortler qui domine le site de ses 3905m.

L'Ortler vu du Stelvio

Col du Stelvio

Je suis arrivé au sommet à 10h20 avec une moyenne au compteur à 5,7km/h. Il n’aurait pas été sage de continuer jusqu’au col de Gavia comme je l’espérais initialement. Du coup j’ai décidé de redescendre dans la vallée du Haut-Adige. Mais comme une course cycliste avait lieu, la route de descente était encore fermée et il a fallu attendre une heure qu’elle ne soit ouverte à la circulation. J’ai patienté avec Warren, un autre cyclovoyageur d’origine américaine vivant à Berlin qui était monté depuis Bormio. On a fait toute la descente des 49 lacets ensemble.

Les fameux lacets du Stelvio

J’ai préféré l’Orlter depuis plus bas dans la vallée de Trafoi. Je préfère en général les paysages ou la haute montagne contraste avec la forêt. Dans les Dolomites j’ai été comblé.

L'Ortler depuis le Val Trafoi

Arrivé dans la vallée de l’Adige, à cet endroit dénommée Val Venosta au Vinschgau, je me suis séparé de Warren qui a préféré suivre la route principale alors que j’ai suivi des indications pour vélo qui m’ont mené sur un superbe itinéraire d’une bonne soixantaine de kilomètres pour descendre la vallée au milieu des vergers.

Vergers du Val Venosta

L’itinéraire était vraiment génial, surtout dans le sens de la descente peut-être. Il y avait beaucoup d’autres cyclovoyageurs sur cet itinéraire qui était en fait la Via Claudia Augusta, permettant de franchir les Alpes au col de Reschen/Resia à 1500m. J’ai croisé un couple de Hollandais ralliant Rome et Rotterdam, un Australien allant également jusqu’aux Pays-Bas…

Kastelbell dans le Val Venosta

Juste avant Lagund/Algundo où j’ai fait étape, l’Adige franchit une sorte de verrou et descend de 200m d’un coup sur la plaine de Merano.

Vue sur Merano

Le lendemain c’était mon étape de repos. Je n’ai roulé guère plus d’une quarantaine de kilomètres à peu près à plat, même plutôt en descente. Je suis d’abord passé à Merano qui est une petite ville thermale très cyclophile et verdoyante à la confluence du Val Venosta et du Val Passiria.

Bains de Merano

Centre de Merano

Comme dans tout le Südtirol, je n’ai eu aucun problème à me faire comprendre en allemand. La province est parfaitement billingue. En fait, de Sierre à Munich j’ai toujours évolué en zone germanophone.

J’ai continué le long de la voie verte, sur une digue le long de l’Adige jusqu’à Bolzano écrasé de chaleur où j’ai glandouillé tout l’après-midi. Bolzano était le point le plus bas du voyage à seulement 260m d’altitude. La ville est, comme Merano, très très cyclophile. Le long des 2 rivières, l’Isarco et la Talvera, la nature pénètre profondément en ville.

Vignobles et château à Bolzano

Les Dolomites ne sont pas loin et dessinent déjà leurs silhouettes déchiquetées sur l’horizon.

Les Dolomites au dessus de Bolzano

Tout comme dans la plupart des vallées alpines que j’ai traversé, j’ai trouvé que les petits châteaux étaient forts nombreux dans les environs.

Castello Roncolo

Les rues du centre sont étroites et colorées et les enseignes sont presque toujours bilingues.

Façade bilingue de Bolzano

Bolzano

Bolzano

J’ai passé la nuit en auberge de jeunesse. Vu le temps, ce confort relatif n’était pas du tout nécessaire, mais j’avais réservé d’avance cet abri en dur. J’ai partagé la chambre avec une petite famille de hollandais, cyclistes du dimanche (dans la chambre ils laissaient un VTT hors de prix et sans la moindre trace de saleté !). Ne pas avoir à replier le camp m’a permis de partir dès 6h du matin. on m’avait préparé le petit déjeuner à emporter.

D’abord sur une voie verte le long de la vallée de l’Isarco, sur le chemin du col du Brenner, j’ai assez vite bifurqué dans une étroite vallée sur l’ancienne route de Tires. Des panneaux m’avertissaient des pourcentages dès l’entrée : 20% puis 24% !

Montée au Passo Nigra

Certes il n’y avait personne sur cette route mais c’était très soutenu sur quelques kilomètres. À Tires j’ai eu un peu de répit mais la montée a continué encore assez fort jusqu’au Passo Nigra (1688m), en pleine forêt sous les falaises du Rosengarten. Le soleil étant derrière ce groupe, je n’en ai pas pris de photo mais c’était écrasant.

La route vers le Passo Costalunga (1745m) était ensuite un superbe balcon. Il y avait tout d’un coup plus de cyclistes, montés en voiture les tricheurs. J’ai beaucoup aimé les paysages des Dolomites avec le contraste entre les forêts de pins et de mélèzes et les falaises ocres abruptes au dessus. Les Dolomites sont divisés en « gruppo » entre lesquels il y a de nombreux cols tous plus beaux les uns que les autres à vélo.

Gruppo Latemar

Je suis redescendu dans la vallée de Pozza pour retrouver une jolie voie verte en fond de vallée, très fréquentée par les touristes allemands et italiens.

Au dessus de Pozza

Cet itinéraire a duré jusqu’à Canazei/Cianacei où plusieurs routes partaient vers les cols environnants. J’ai pris la route des Passo Pordoi et Sella pour finalement me rendre à se dernier. En début d’après-midi, la chaleur a été particulièrement éprouvante et je me suis arrêté assez souvent pendant la montée. Il faut dire que j’avais déjà les 1500m de D+ du matin dans les pattes.

Dolomites

Gruppo Sella

Dans la montée, la Marmolada, le plus haut sommet (3342m) et je crois le seul avec un glacier des Dolomites, se dévoilaient petit à petit.

La Marmolada

Le Passo Sella (2214m) et la route qui suivaient vers le Passo Gardena (2121m) constituaient le plus beau site de la journée. Au col, un cycliste de route a pris mon antivol pour une batterie !

Passo Sella

Ma photo préférée des Dolomites est celle du Val Gardena depuis le col homonyme, 4ème et dernier col de la journée la plus difficile mais la plus grandiose du voyage.

Passo Gardena

Le lendemain, ma 2ème journée dans les Dolomites, il faisait toujours aussi chaud et je suis encore parti tôt. Mais en fait partir tôt permet juste de rouler à la fraîche, mais le trafic est déjà important avec les randonneurs qui montent se garer aux cols et les ouvriers qui vont sur les chantiers.

Après une courte descente dans la vallée de l’Alta Badia, je suis reparti à l’assaut des cols de Valparola et Falzarego.

Village de l'Alta Badia

Dans la montée vers le col de Valparola

Le col de Valparola (2197m) est agrémenté d’un petit lac de montagne et la route descend ensuite en direction du col de Falzarego (2105m).

Lac au col de Valparola

Entre Valparola et Falzarego

Après le col de Falzarego j’ai profité d’une longue descente vers la principale ville des Dolomites : Cortina d’Ampezzo. C’est une ville que je n’ai pas trouvé très agréable à cause d’un système de traversée en sens unique pas pratique à vélo. Et il y avait un trafic important.

Cortina d'Ampezzo

Tunnel dans la descente vers Cortina d'Ampezzo

Je suis reparti à l’assaut d’un ultime col dans les Dolomites, celui de Tre Croci (1809m). La montée en forêt atténuait les effets de la chaleur mais comme d’habitude, la deuxième montée de la journée est toujours un peu plus difficile que la première. Le col est dominé par les falaises du Monte Cristallo. On peut y monter en télésiège, c’est un des défauts des Dolomites, les montagnes sont suréquipées en installations pour le ski ou pour l’été.

Monte Cristallo

En débouchant plus bas sur le lac de Misurina, j’ai enfin pu apercevoir les sommets les plus connus du massif : les Tre Cime di Lavaredo ou Drei Zinnen en allemand. De cet angle, on avait toutefois l’impression qu’il n’y en avait que deux.

Tre Cime di Lavaredo

Je suis ensuite redescendu en direction de Toblach/Dobbiaco en suivant en partie un grand itinéraire cyclable Munich – Venise et j’ai pique-niqué au bord du joli lac de Dobbiaco.

Lac de Dobbiaco

À partir de Dobbiaco j’ai eu la surprise de me retrouver sur un superbe itinéraire cyclable le long de la Drau (ou Drava quand elle rejoint les pays de langues slaves avant de se jeter dans le Danube. Le paysage avait bien changé et les formes déchiquetées des Dolomites avait laissé la place à des versants plus doux de forêts et alpages. Le passage de la frontière autrichienne n’était même pas marqué, je me suis rendu compte que j’étais en Autriche au passage d’une gare dont les panneaux avaient changé d’allure.

Comme toutes les vallées de passage, elle est parsemée de châteaux.

Schloss Heinfels

J’ai campé peu après mon entrée en Autriche. La traversée de ce pays sera pour le prochain et dernier article.

Traversée des Alpes 2016 : la Suisse

Pour un petit voyage à vélo estival j’ai opté pour une traversée des Alpes entre Bellegarde-sur-Valserine et Munich. Je dis petit voyage parce qu’il n’a duré que 2 semaines et qu’il n’y aura pas de voyage de 4 semaines cette année contrairement aux années précédentes. Sur le blog je ferais 3 articles, un grosso-modo par pays : Suisse, Italie et Autriche.

Le choix de Bellegarde comme point de départ a juste été dicté par le fait qu’il n’y avait plus de place vélo dans le TGV pour Annecy d’où je voulais partir initialement. Dans le train nous étions 2 cyclistes. Carole avec un vélo de route peu chargé partait en direction de « l’étape du tour », une cyclosportive organisée en marge du Tour de France en Haute-Savoie 3 jours plus tard. Nous étions jeudi 7 juillet.

De Bellegarde j’ai longé le Rhône sur une vingtaine de kilomètres sur une route en balcon au pied du Jura avant de le traverser dans la jolie ville double de Seyssel (Ain et Haute-Savoie).

Seyssel

Le Rhône à Seyssel devant le Grand Crêt d'Eau

Après la ville, sur la rive gauche, j’ai emprunté un tout petit bout de la Via Rhôna avant de bifurquer dans le Val de Fier, une étroite gorge qui remonte jusqu’aux environs de Rumilly. J’ai continué à remonter le Fier jusqu’à faire un petit détour touristique par le château de Montrottier et les gorges du Fier.

Château de Montrottier

J’ai visité les gorges dans la fraîcheur bienvenue des passerelles aménagées une vingtaine de mètres au dessus du torrent.

Gorges du Fier

À Annecy, j’ai passé la fin d’après-midi à me promener dans la ville jusqu’au bord du lac avec mon frère et sa petite famille.

Le lendemain je suis reparti plein nord en direction de Genève. Depuis le lac, cela constitue quelques 900m de D+. Peu avant Cruseilles je suis passé sur l’ancien pont de la Caille.

Pont de la Caille

La montée au Salève était régulière mais la chaleur un peu étouffante. Au sommet, la vue était belle des 2 côtés mais un peu voilée. D’un côté le lac d’Annecy bien enfoncé dans les montagnes, de l’autre la ville de Genève et son jet d’eau très reconnaissable.

Vue du Mont Salève en direction d'Annecy

Genève vu du Salève

Je suis redescendu par Annemasse après avoir parcouru toute la crête puis ai filé en direction du centre-ville de Genève. Au bord de l’eau j’ai passé de longues heures à me reposer dans les parcs. Je n’étais pas particulièrement pressé car je n’avais un rendez-vous qu’assez tard dans le Pays de Gex.

Le lac Léman à Genève

En partant en direction de Gex, je suis passé devant le magasin qui fait la très bonne bière cycliste Vélosophe, j’en ai pris 1L. Et en début de soirée je suis arrivé sur le lieu du festival EuroVeloGex, en navigant à vue en direction de la trouée dans la forêt tracée par le télécabine de Crozet.

Je suis resté tout le weekend à ce festival de cyclovoyageurs hors du commun, genre de grand bivouac où tout le monde met la main à la pâte et où j’ai rencontré un tas de gens super dans une ambiance très décontractée.

EuroVeloGex à Crozet

Je n’ai presque pas roulé du week-end du coup. Tout juste avons nous fait un aller-retour au marché de Ferney-Voltaire (le marché le plus cher de France !) et un pique-nique au pied de son château et un autre pique-nique au col de Crozet.

Parmi les présents, je citerai le local de l’étape Claude Marthaler, écrivain voyageur et véritable célébrité dans le monde des voyageurs à vélo. Nathalie et Jérémie qui ont traversé l’Inde du nord au sud et dont j’avais déjà vu le super film au festival de Cyclo-Camping International à Vincennes en janvier, et enfin une autre aventure originale mais dont les 2 protagonistes dijonaises n’étaient pas présentes : une expédition au Japon en plein hiver pour voir des grues.

Le lundi matin, tout le monde a plié le camp et un petit groupe est parti pour un « After Bike Tour ». Au départ il était question d’aller dans la vallée de Joux, mais vu les orages annoncés, c’est devenu un tour du Léman. C’était la même direction que moi et j’ai donc fait cette première étape Suisse avec ce groupe.

Nous avons rejoint le bord du Léman à Nyon puis avons longé le lac. En groupe je prend moins de photos que tout seul. Nous avons mangé près du château de Rolles en essuyant une première averse.

Château de Rolles

Nous avons continué en direction de Lausanne par un itinéraire devenant de plus en plus joli. Même si certaines parties de la côte étaient en réalité interdites au vélo.

Porte de St Prex

Bateau à Morges

Après une seconde douche que nous avons laissé passé près d’un terrain de « bubble football », nous sommes arrivés à Lausanne, ou plus précisément Ouchy.

Château d'Ouchy

Un peu après le musée olympique, je me suis séparé du groupe qui souhaitait continué au bord du lac alors que je souhaitais monté dans les vignobles de Lavaux. Je n’ai pas regretté ce choix car les côteaux sont vraiment superbes. Et puis le soir, bien que nous fassions étape dans la même ville, je ne serais pas resté avec les autres pour camper car j’avais des hôtes Warmshowers qui m’attendaient.

Aran dans le Lavaux

Vignobles de Lavaux

À Vevey, j’ai été hébergé par Christophe et Pascale. Un couple qui plaque tout dans 2 mois pour partir voyager en tandem à travers le monde pour une durée indéterminée. Ils étaient en train de tout vendre, leurs meubles, la plupart de leurs affaires et leurs 14 vélos (il n’en restait plus que 2 de piste dans l’appartement).

Le lendemain, les nuages étaient bien bas au dessus du lac et le Valais n’avait pas l’air particulièrement attirant.

L'entrée du Valais

J’ai longé le bord du lac à travers la Riviera Vaudoise, Montreux encore déserte puis suis passé à côté du joli château de Chillon.

Château de Chillon

Château de Chillon

Au bout du lac, j’ai rejoint le Rhône dont les abords étaient sensiblement plus frais que les alentours dans une petite brume.

Le Rhône se jetant dans le Léman

Un peu au dessus de St-Maurice, la pluie s’est mise à tomber copieusement. J’ai passé 45min sous l’auvent d’une entreprise de menuiserie, puis me suis décidé à continuer quand-même. L’itinéraire balisé était facile à suivre. Le Valais avait l’air joli derrière la pluie avec ses vergers d’abricotiers (c’était la pleine saison des abricots) et ses vignes grimpant sur les pentes. La voie verte offrait une vue assez dégagée puisque sur une digue au bord du Rhône un peu au dessus du niveau de la vallée.

En milieu d’après-midi je suis arrivé aux environs de Sierre chez Tilly et Marc. Un couple de Warmshowers captivant, ancien gardiens de refuge et très accueillants. Je me suis séché et ait été comme un coq en pâte.

Le lendemain le temps était meilleur et j’ai continué de remonter le Valais dans une vallée se rétrécissant. Les villages traversés étaient plutôt jolis avec de beaux chalets et quelques ruines de fortifications régulièrement disséminées dans la vallée. Je suis rentré dans la partie germanophone de mon voyage.

Niedergesteln

Après Brigue, ça s’est mis à monter plus sérieusement jusqu’à la partie de la vallée qui s’appelle le Goms. Là la voie verte était plus souvent sur chemin mais toujours allant de village de chalets en village de chalets.

Pont couvert sur le Rhône

Dans un dernier endroit plat, j’ai longé un petit aérodrome.

Aérodrome dans le Goms

À peine monté ma tente à Ulrichen, il s’est mis à pleuvoir. Le ciel était resté assez gris toute la journée. Je suis resté sous la tente de 16h jusqu’au lendemain matin. À la seule accalmie je suis sorti et j’ai pu voir que les sommets alentours étaient poudrés de neige.

Le lendemain je suis allé jusqu’au fond de la vallée à Oberwald. Et alors que je m’engageais sur la route de la Furka je me suis aperçu que le col était fermé ! Nous étions le 14 juillet, je ne pensais pas que c’était possible. Du coup j’ai du me résoudre à prendre le train pour Andermatt. En 35min j’avais passé mon premier col Suisse par un tunnel. Tous les trains Suisses, même les plus petites lignes sont au minimum cadencées à l’heure, donc je n’ai pas eu à attendre longtemps un départ.

Train de la Furka

À Andermatt, en faisant les courses j’ai pu vérifier ce que m’avais dit Tilly, les Suisses vendent des œufs durs au supermarché. C’est très pratique pour les voyageurs ! La ville était jolie et encore quasi déserte mais avait l’air très touristique.

Andermatt

J’ai ensuite attaqué la montée de l’Oberalppass. La montée était régulière et peu raide, sans doute le col le plus facile du voyage avec seulement 600m de D+. Par contre au sommet j’ai pu constaté qu’il y avait vraiment de la neige, à seulement 2000m.

Montée vers l'Oberalp

J’ai trouvé au col le phare le plus haut du monde. C’est une réplique d’un ancien phare du delta du Rhin, car ici nous sommes à la source du Rhin.

Oberalppass

J’ai eu bien froid aux doigts dans la descente car plutôt habillé pour l’été je n’avais prévu des gants que légers. Je suis arrivé tôt au camping de Disentis (le camping le plus cher du voyage de très loin). J’y ai passé l’après-midi en compagnie de 2 cyclo-voyageuses grenobloises qui entamaient la descente du Rhin. Pour leur première étape elles n’étaient pas mécontentes d’avoir pris le train depuis Andermatt et de n’avoir pas passé l’Oberalp dans la neige.

Le lendemain j’ai descendu la vallée du Rhin par la route principale jusqu’à Illanz. J’ai trouvé le trafic de camion de chantier important sur cette route. Il faut dire qu’en Suisse, sur les routes de montagne, il y a beaucoup de travaux et de feux de circulation alternée. Si les routes sont nickel, on sait pourquoi.

Porte d'Illanz

Le long de la petite route en direction de Bonaduz, j’ai croisé énormément de vieilles voitures avec des plaque Pékin-Paris. Du coup c’était relativement bruyant et très puant malgré le fait que j’ai quitté la grande route. Il y a de belles vieilles voitures mais je ne suis pas spécialement pour qu’on les fasse rouler !

Dans les gorges de la Rheinschlucht j’ai doublé une famille de franciliens qui descendait également le Rhin tous équipés des mêmes sacoches vert fluo.

Tunnel vers Bonaduz

La Rheinschlucht

À Bonaduz, j’ai quitté la vallée du Rhin pour remontée la vallée de Domleschg où il y avait un bel itinéraire cyclable jusqu’à Thusis.

Château à Tomils

Par contre ensuite, il y a eu un passage beaucoup moins agréable avec des tunnels assez chargés puisque c’était sur la route en direction de St-Moritz et Davos, mais dès cette portion sans alternative passée, le balisage a repris des petites routes et chemins beaucoup plus pittoresques.

J’ai fait halte au camping de Filisur où j’ai passé la soirée avec Katja, une cyclo-voyageuse belge à qui les gardiens avaient carrément laissé une caravane (pris de compassion car elle avait l’air d’avoir froid). Au moins on a passé la soirée au chaud. Partie de Louvain, elle avait passé le Grimsel, la Furka et l’Oberalp quelques jours avant moi et continuait dans la même direction que mais à un rythme plus relax avec un seul col par jour. Du coup nous n’avons pas roulé ensemble mais nous nous sommes donné des nouvelles de notre avancement régulièrement. Elle va jusqu’à Bratislava et à l’heure où j’écris elle est en Slovénie.

Le lendemain, finie la météo pourrie. Le soleil s’est mis à briller pour une semaine complète. La montée vers le col de l’Albula était très jolie en forêt, passant par un dernier village magnifique sous la lumière du matin.

Bergün

Les sommets alentours étaient enfin visibles après plusieurs jours cachés dans les nuages. La neige déposée n’ayant pas encore fondu sublimait tout et renforçait l’impression de haute montagne. Le col lui même est à 2312m.

Dans la montée de l'Albula

C’était une sensation assez bizarre de ne pouvoir nommer aucun sommet mais j’ai dû m’y habituer pour le reste du voyage.

Au col de l'Albula

L’Albulapass est le plus beau col que j’ai passé en Suisse. Sur son versant est, la descente était courte jusque dans l’Engadine.

Vallée de l'Engadine

Dans l’Engadine j’ai suivi un itinéraire cyclable mais je n’ai pas été très inspiré car c’était un chemin qui n’arrêtait pas de monter et redescendre alors que la route m’aurait fait gagner pas mal de temps en descente uniquement jusqu’à Zernez.

De Zernez je suis reparti en montée à travers le Parc National Suisse (il n’y a qu’un seul parc national en Suisse) et sur une route très belle mais avec pas mal de trafic. Mais ce col là, le Fuorn ou Ofenpass était très beau aussi.

Parc National Suisse depuis la montée du Fuorn

De l’autre côté, je suis redescendu dans le Val Müstair, la vallée la plus orientale de Suisse et j’ai fait étape à Santa Maria, au pied de la route qui me mènerait le lendemain en Italie. La journée a été particulièrement longue avec ces 2 grands cols, et à guère plus de 11km/h de moyenne j’ai passé plus de 8h en selle. Pour les jours suivant, j’ai revu mes ambitions à la baisse concernant les enchaînements de cols. Mais ça sera pour l’article suivant qui sera consacré exclusivement à la partie italienne du voyage.