De Cherbourg à Dreux : 4 jours de diagonale normande

Après avoir longuement hésité sur la destination idéale pour une virée à vélo en cette chaude mi-juillet, j’opte finalement pour la promesse de vent et de fraîcheur normande. Le train pour Caen est plein à craquer. Le TER qui suit vers Cherbourg l’est beaucoup moins, je finis même seul dans le wagon alors que tous les crochets pour vélos étaient pleins au départ de Caen. Tous les cyclistes sont descendus à Carentan, ça doit être une Mecque du vélo.

Dès la sortie de la gare, ça monte sur une 2×2 voies vraiment pas sympa en direction d’Octeville. Je traverse ce quartier et me retrouve en pleine campagne assez vite après n’avoir fait que monter. Je redescends ensuite en direction du Sud-Ouest pour rattraper la mer au niveau de Biville et commencer là un tour du Cap de la Hague.

À Biville, près du petit aérodrome, je débouche subitement au dessus de la mer au belvédère du Thot. Toute l’anse de Vauville est visible avec juste au pied du Thot une belle zone de dunes. La photo est cadrée pour ne pas montrer ce qui limite la baie au sud : le chantier de l’EPR de Flamanville.

Dunes de Biville

Vers le nord, les dunes laissent la place à la mare de Vauville, une petite réserve naturelle. Sur le plateau au delà, on distingue un peu l’usine de la Hague. La nature est belle autour de ce cap, mais l’usine est toujours présente.

Mare de Vauville

Je descend jusqu’au niveau de la mer avant de remonter à nouveau jusqu’au plateau à environ 170m d’altitude. Le cap de la Hague n’est pas la partie la plus facile de cette virée.

Anse de Vauville

Les falaises du Nez de Jobourg sont parmi les plus hautes d’Europe. Au large je distingue Aurigny et Sercq. L’atmosphère n’est pas assez claire pour voir les autres anglo-normandes.

Nez de Jobourg

Sur le plateau, je longe pendant un moment l’usine de retraitement des déchets radiocatifs. Ce n’est pas une usine, c’est quasiment une ville.

Usine de la Hague

Ratant un des panneaux de l’itinéraire cyclable, je termine ma route vers le bout du cap par la route principale et évite du coup une descente au niveau de la mer de plus. La route se termine au minuscule hameau de Goury, après une zone de cultures protégées par un dense réseau de murets.

Port de Goury

Sur un rocher au large, le phare se dresse pour alerter les bateaux qui le contournent.

Phare de la Hague

Histoire d’être sûr d’être bien allé au bout, je vais également jusqu’au sémaphore.

Sémaphore de la Hague

Le retour vers Cherbourg est plus facile. Le vent me pousse et il y a moins de relief sur la côte nord du cap. Je longe d’abord la mer vers Port Racine, avant de m’en éloigner pour me retrouver sur le plateau presque qu niveau de l’usine. Puis enfin la route devient vraiment côtière avant de pénétrer dans l’agglomération de Cherbourg.

Port Racine

Manoir de Dur-Écu

L’entrée dans Cherbourg le long de la mer est très facile à vélo car il y a une belle piste cyclable. Et malgré le beau samedi de juillet elle est presque déserte. En se rapprochant du centre-ville par contre elle devient malheureusement moins claire avant de se perdre dans un parc le long d’un boulevard explicitement interdit aux vélos.

Je ne traverse pas le centre-ville, je ne fait que l’effleurer au niveau du port. Mais les immeubles en arrière plan n’étaient pas très engageants et laissaient deviner un centre largement reconstruit.

Port de Cherbourg

Je fais par contre un détour jusqu’à la Cité de la Mer, située dans le bâtiment de l’ancienne gare transatlantique. Le bâtiment fût le plus grand bâtiment art déco de France dans les années 30, il n’en reste qu’une partie. Il n’y a plus de paquebots transatlantiques à Cherbourg. La gare principale, où je suis arrivé le matin même, a reculé dans les terres.

Gare transatlantique de Cherbourg

Je continue ma route vers l’Est en direction de Barfleur. La côte est agréable, légèrement vallonnée. Le trafic va diminuant à mesure que je m’éloigne de Cherbourg. Je comptais faire étape avant mais je pousse finalement jusqu’au phare de Gatteville, le plus beau de la journée.

Phare de Gatteville

Je trouve un petit terrain de camping à la ferme dans les environs. Une poule n’a pas arrêté de venir quémander mes restes.

Le lendemain il fait beaucoup plus gris. Mais la température reste très douce. Je commence par faire un tour dans Barfleur, un des plus jolis ports de pêche de cette côte.

Barfleur

Le cadrage des photos en bord de mer est chose bien plus délicate qu’en montagne. Tout est horizontal et laisse donc de large vides, soit de ciel, soit d’eau.

Barfleur

Un peu au sud, je traverse la ville de St-Vaast-la-Hougue. La ville est classée depuis peu à l’UNESCO au même titre que Besançon ou Rocroi dans le réseau des sites majeurs de Vauban. Ce sont plus précisément la péninsule de la Hougue et l’île de Tatihou qui sont fortifiées.

Port de St-Vaast-la-Hougue

Rempart de la Hougue

Baie de St-Vaast

Sémaphore de la Hougue

La route rentre un moment dans l’intérieur des terres mais les indications vélos me font assez vite regagner la plage et les prés salés. D’ailleurs je ne comprends pas beaucoup le balisage de l’Eurovélo 4 en direction du Mont St-Michel alors que je longe pourtant la côte en m’en éloignant.

Sans les sémaphores qui trônent au milieu, les remparts de la Hougue et Tatihou, assez bas, seraient peu visibles de loin.

La Hougue et Tatihou

Je rejoins à Quinéville les routes touristiques de la bataille de Normandie. Il y a régulièrement des blockhaus éventrés et des monuments commémoratifs.

Monument Leclerc

Blockhaus près de Varréville

Le site le plus visité est celui d’Utah Beach. Mais la fréquentation reste encore assez limitée pour un dimanche.

Monument d'Utah Beach

Je croise beaucoup de coureurs et de cyclistes sur la route de Carentan. L’itinéraire est sur des petites routes tranquilles mais pas très clair au niveau de Carentan même, dont l’accès est rendu malaisé par la voie rapide de la nationale 13. Le centre-ville est aussi un bel embrouillamini de sens uniques.

Je pique-nique sur le port d’Isigny-sur-Mer. La marée est basse.

Port d'Isigny-sur-Mer

J’hésitait sur la façon d’écrire le nom du village car le nom de la laiterie est proche phonétiquement et plus connu : Isigny-Sainte-Mère.

Je me retrouve ensuite plongé dans la foule des touristes venus se recueillir sur les plages du débarquement. Utah-Beach était un très léger prélude.

À Grandcamp, un artiste chinois a offert une gigantesque statue chromée représentant la paix. Je ne la trouve pas du meilleur goût.

Statue de la paix à Grandcamp

Plus loin, je visite la pointe du Hoc. Je me fait interpeller dès l’entrée parce que les vélos y sont interdits, mais je n’ai pas vu de panneau d’interdiction, ni de parking à vélo. On m’indique ce dernier qui était bien caché.

La pointe du Hoc, situé entre Utah Beach et Omaha Beach était un site stratégique à prendre pendant l’opération Overlord. Le terrain a été laissé tel quel avec tous les impacts d’obus et les ruines de blockhaus.

Pointe du Hoc

Pointe du Hoc

J’ai l’impression qu’il n’y a que des touristes américains.

En continuant la route vers l’Est, je descend un moment au niveau de la gigantesque plage d’Omaha Beach puis rejoins le plus important cimetière et mémorial américain de la côte, celui de Colleville. Là c’est une bonne surprise de voir un fléchage vélo dans l’immense parking et des arceaux dignes de ce nom.

Omaha Beach

Le cimetière est d’une propreté impeccable, l’herbe est tondue au millimètre, les buissons taillés au cordeau, les pierres tombales d’une blancheur immaculée. La plupart portent un nom, certaines non.

Cimetière américain de Colleville

Je poursuis le long de la côte jusqu’à Port-en-Bessin. Je trouve qu’il y a de plus en plus de cyclotouristes mais vu le trafic je plains ceux que je croise en famille, avançant beaucoup plus lentement que moi et subissant en permanence la pression des véhicules motorisés, voitures, motos, camping-cars et bus sur une route qui n’offre souvent aucune visibilité car souvent entre les haies et dans les villages.

Port en Bessin

C’est la dernière fois que je vois la mer. Alors que je passe devant une terrasse de café, pas bien vite parce que ça bouchonne, je surprends des voix : « c’est soit un Surly soit un Fahrrad ». Il y a des connaisseurs.

Je m’éloigne de la côte par un long faux-plat vers l’intérieur du Bessin, un pays côtier qui m’a l’air plutôt tourné vers l’agriculture que la pêche. Je rejoins la ville de Bayeux où je fais étape. Bien qu’à seulement quelques kilomètres des plages du débarquement, la ville est curieusement ressortie intacte de la seconde guerre mondiale. Du coup on peut toujours y admirer de belles maisons à colombage et une gigantesque cathédrale.

Maison à colombage à Bayeux

Maison à colombage à Bayeux

La flèche couronnée de cuivre se voit d’assez loin.

Cathédrale de Bayeux

La rivière Aure qui traverse la ville est minuscule mais ça n’empêche pas ses berges d’être aménagées en agréable promenade.

L'Aure à Bayeux

Le camping est situé près d’une rocade un peu bruyante et est plein à craquer. Beaucoup de cyclistes viennent en Normandie.

Le lendemain, je file vers Caen par une petite départementale qui longe à distance la nationale. Du coup, il n’y a personne. J’atteins rapidement la ville, fais quelques courses et traverse le centre-ville encore relativement désert un lundi matin.

Maisons médiévales à Caen

Église St-Pierre de Caen

Château de Caen

Je quitte la ville par l’ex-nationale 13 pour me rendre au Décathlon de Mondeville, solution la plus évidente pour me trouver un couvre-chef avant que mon cuir-chevelu ne passe par toutes les nuances de rouge. La sortie de ville n’est pas du tout aménagée pour les vélos, c’est presque de l’autoroute. Il y a bien quelques morceaux de piste cyclable, mais tellement discontinus que c’est comme s’ils n’existaient pas. Dommage car devant le plus grand Décathlon que j’ai jamais vu il y a tous les arceaux nécessaires mais pas grand monde d’assez téméraire pour venir jusque là autrement que dans un habitacle climatisé. J’en ressort avec un serre-tête bien flashy.

Au sud de la ville, ça ressemble à la Beauce, en à peine moins plat. La campagne de Caen est une terre de grande culture céralière, le Bessin l’était aussi, et ça va un peu à l’encontre de l’image qu’on se fait d’une Normandie verdoyante peuplée de vaches noires et blanches.

Au milieu de tout ça, c’est ma fête, avec 2 mois de retard. Merci, fallait pas.

Saint Sylvain

Au bout de cette partie peu captivante, je tombe sur St-Pierre-sur-Dives un jour de marché. Le petit centre-ville est plutôt joli, avec une abbatiale complètement cernée par un plan d’urbanisme hérité du moyen-âge.

Abbatiale de St-Pierre-sur-Dives

St-Pierre-sur-Dives

Après la ville, le paysage change du tout au tout. Les pâturages remplacent les champs de céréales et surtout, ça grimpe. Mais ça grimpe vraiment, St-Georges-en-Auge se mérite. Les pentes font régulièrement 10% ou plus.

Le Pays d'Auge

Le Pays d’Auge est vraiment très joli. C’est probablement l’endroit que je préfère dans cette virée Normande. Loin des touristes, des toutes petites routes bucoliques, du relief et des forêts. Je croise toutes les vallées perpendiculairement alors forcément les côtes se suivent mais ne se ressemblent pas. Je finis par atteindre Livarot, célèbre pour son fromage et ville étape du tour de France 3 jours plus tôt. La bourgade s’est rendormie. Mais les indices du passage de la grande boucle sont partout dans les vitrines et dans les petits maillots jaunes, verts, blancs et à pois qui flottent partout.

Livarot

Livarot

Les hameaux et maison isolées se succèdent, parfois abandonnées, parfois laissant voir de magnifiques manoirs.

Maison abandonnée en Pays d'Auge

Pigeonnier à Bellou

Manoir de Bellou

Aux Moutiers-Hubert, le tour de France est aussi passé.

Les Moutiers-Hubert

Après une dernière bosse, je rallie Orbec. Le centre-bourg est tout aussi dans son jus que les villages précédents, maisons à colombages et briques un peu partout et notamment la magnifique qui héberge le musée.

Musée d'Orbec

Je fait étape au camping municipal, sur les hauteurs de la ville au milieu des terrains de sport, pas cher et nickel.

Le lendemain, je continue ma route toujours vers l’Est, je quitte le Calvados pour l’Eure et le pays d’Auge pour celui d’Ouche. La première petite bourgade que je traverse porte un nom à consonance historique : Broglie, dans la vallée de la Charentonne.

Broglie

Charentonne à Broglie

Il y démarre une jolie voie verte qui permet de descendre la vallée jusqu’à Bernay. Je l’emprunte sur une très courte portion avant de remonter sur le plateau sur de jolies routes champêtres qui me mènent devant les grilles du château de Beaumesnil.

Château de Beaumesnil

Je suis ensuite des départementales un peu plus rectilignes, sauf quand il s’agit de couper une vallée comme celle de la Risle à La Ferrière-sur-Risle, une jolie petite ville avec là encore une vieille halle et des maisons à colombage.

La Ferrière sur Risle

Je rate complètement le centre de Conches-en-Ouche. Il s’y tient un vide grenier à bagnole-land et tout le monde se gare sur les pelouses du beau parc du centre et il y a un trafic désagréable qui ne me donne pas envie de m’attarder.

À partir de là, c’est presque la Beauce qui commence. De grandes lignes droites, peu de relief et des céréales. Je sors définitivement des jolis Pays d’Auge et d’Ouche. L’eau est beaucoup plus rare. L’Iton au faible débit est la seule rivière de ce plateau.

L'Iton à Danville

Les moissonneuses batteuses et les tracteurs commencent leur balai, la récolte est pour bientôt. Pendant 15 jours il faudra éviter ce coin à vélo, trop de poussière et de gros engins sur les petites routes. Les champs seront ensuite transformés en désert jusqu’au printemps suivant.

Dans les villages il y a parfois quelques agréables surprises architecturales comme ce porche en bois.
Porche à Marcilly-la-Campagne

Avant Dreux, je longe un peu la vallée de l’Avre avant de monter dans la forêt qui me fait déboucher dans les quartiers nord de la ville qui ont l’air un peu déshérités. Le centre-ville par contre est très coquet.

Pont à Dreux

Beffroi de Dreux

Il est encore tôt dans l’après-midi, à peine 14h quand je reprends le train pour Paris. Je n’ai aucune envie de continuer les 82km restant (d’après le billet de train). Et Dreux, comme terminus de transilien, était mon objectif.

Les 4 étapes faisaient respectivement : 116, 130, 120 et 105km au compteur. Et tout ça avec le vent dans le dos !

Voila le parcours : http://www.openrunner.com/index.php?id=5042794

 

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