La cordillère des Flandres II, le retour

Comme l’année dernière, je me suis joint au groupe de cyclistes, Lillois pour l’essentiel d’entre eux, qui organise une expédition à l’abbaye St Sixte de Westvleteren pour y chercher la meilleure bière du monde. Enfin je ne m’y suis pas tout à fait joint cette année parce que je n’aime pas refaire le même itinéraire et il y a d’autres lieux du nord que je voulais découvrir. Du coup au lieu de partir de Lille, je suis parti de Calais. Ça ne m’a pas empêché de tomber sur 3 autres amis qui faisaient un des itinéraires « officiels » dans le TGV Paris-Lille-Calais du matin. Il y en a 2 que je n’ai vu que là d’ailleurs parce qu’ils ne restaient pas le week-end complet.

Le TGV s’arrête à Calais-Fréthun, à une grosse vingtaine de minutes à vélo du centre-ville. Le vent soufflant du sud-ouest est très favorable.

Hotel de Ville de Calais

La route vers Gravelines est ensuite peu intéressante. Elle longe la mer sans l’approcher, du coup je ne l’aperçois jamais, point donc de blanches falaises de Douvres. Mais ça défile vite. À Gravelines, après 30km j’ai une moyenne de 27km/h, j’ai bien choisi le sens de ma randonnée.

Le beffroi de Gravelines fait partie de ceux du Nord et de Belgique classés par l’UNESCO.

Beffroi de Gravelines

La ville, dont les fortications ont été remaniés par Vauban, aurait même pu être doublement classée mais ne fait pas partie du réseau des sites majeurs de Vauban (au passage une belle idée de tour de France non ?).

Fortifications de Gravelines

L’Aa se jette dans la Manche à Gravelines. C’est là que j’oblique vers l’intérieur des terres en longeant le fleuve canalisé qui marque la frontière entre Pas-de-Calais et Nord. Le vent devient d’un coup beaucoup moins favorable mais pas encore trop désagréable. Je finis par atteindre Watten (prononcer Ouat’ parait-il) qui est située sur une sorte de cluse où passe l’Aa. Je quitte le fleuve et grimpe le premier et plus occidental des monts des Flandres.

Le Mont de Watten culmine à 72m, ce qui suffit à avoir une vue dégagée sur toute la Flandre maritime, un paysage très anthropisé avec beaucoup d’habitations, de canaux, de lignes à haute tension (la centrale nucléaire de Gravelines est encore proche), la LGV qui va vers le tunnel sous la Manche et sur l’horizon les installations portuaires de Dunkerque.

Watten

Je déjeune près du moulin qui coiffe la butte. Il est entouré de tout un tas de panneaux explicatifs sur l’histoire du lieu et les divers forts qui se sont succédé à cet endroit bien qu’il n’en reste plus guère de traces.

Moulin de Watten

De l’autre côté de la route, sur un terrain privé et donc inaccessible, se dresse les ruines du clocher d’une ancienne abbaye.

Abbaye de Watten

De là, je me mets à suivre les indications de la LF1 Noordzeeroute. L’itinéraire cyclable est vraiment balisé en hollandais alors que je suis encore en France. Le réseau des LF, Lange Fietsroute, est un réseau hollandais et flamand. L’itinéraire suit un genre de balcon au dessus de la Flandre maritime, sans la dominer beaucoup, toujours quelques dizaines de mètres d’altitude, mais c’est suffisant pour voir loin dans ce plat pays.

Flandre maritime

À force de traverser les cultures, je pourrais me mettre à en reconnaître certaines. Mais rien à faire, je confonds toujours l’orge et le blé. A priori le premier est à gauche, le deuxième à droite.

Orge et Blé

Je parviens en tout début d’après-midi à Esquelbecq où se trouve un château et son parc.

Château d'Esquelbecq

Pigeonnier du château d'Esquelbecq

Comme dans quelques villages précédents, l’église a une forme caractéristique avec 3 nefs de mêmes dimensions.

Église d'Esquelbecq

Je fais aussi un détour par un mémorial militaire qui commémore le massacre d’une centaine de soldats anglais dans la grange de la plaine aux bois le 28 mai 1940. Le mémorial est récent (2004) et fait « cheap » et peu entretenu par rapport aux monuments de la Somme.

Si je suis passé par Esquelbecq c’est surtout parce que s’y trouve la brasserie artisanale Thiriez. J’y déguste une bière « Les Québecoises » blonde au froment presque blanche, ou blonde de tradition fermière française diraient mes voisins brasseurs Deck & Donohue. Le brasseur ne semble pas d’humeur très loquace, il a une visite de groupe à préparer pour l’après-midi et j’ai la sensation de l’accaparer alors que je ne fais que passer, seul dans l’estaminet. Du coup je ne m’éternise pas et repars avec 6 bouteilles dans les sacoches.

C’est juste le lest dont j’avais besoin pour le reste des monts des Flandres dont Watten n’était qu’un prélude facile. Le deuxième est le plus haut d’entre-eux : le mont Cassel. En photo il n’a vraiment pas l’air impressionnant. Mais il n’en est pas moins LA montagne de la région, culminant à 176m.

Mont Cassel

La montée commence doucement par une longue ligne droite, ancienne voie romaine oblige, puis se termine par un lacet pour la partie la plus raide. Ensuite je tourne en escargot autour du sommet pour réussir à l’atteindre en évitant les ruelles en escaliers.

Du sommet on voit bien les routes qui s’éloignent en lignes droites un peu tremblotante de tous les côtés. Il y aurait 12 façons différentes de monter sur le mont.

Vue de Cassel vers le Sud

Vue sur les toits de Cassel

Le mont est couronné d’un moulin et d’une statue de Foch. Les moulins de la région se ressemblent tous avec leur corps carré.

Moulin de Cassel

La descente de Cassel vers Steenvoorde est pavée, impossible d’en profiter pleinement. De peur d’abîmer ma cargaison, j’emprunte pendant un moment le trottoir peu fréquenté. Des piétons me cèdent le passage sans m’invectiver, comprenant bien que cette route est insupportable. Heureusement il reste encore un peu à descendre une fois le bitume revenu et je peux quand même en profiter un peu.

Je vois le grand clocher de Steenvoorde assez longtemps avant et après la ville, offrant un bon point de repère.

Clocher de Steenvoorde

Après Steenvoorde, je pars en direction du Mont des Cats. C’est à son auberge que les groupes partis de Lille ont déjeuné. Mais quand j’y passe, ils sont déjà partis depuis un moment, ça fait même une heure que leur rendez-vous à St Sixte est passé. Et j’ai déjà 100km au compteur.

Le monts Boeschepe et Kokerell suivent ensuite rapidement, et contrairement au Mont des Cats ils ne sont pas couverts de forêt et laissent un panorama dégagé . Il y a beaucoup de cyclistes, dont certains que je croise, double, ou plus souvent qui me doublent plusieurs fois.

Vue vers Bailleul depuis Boeschepe

Je traverse ensuite le surprenant Mont Noir, avec ses magasins d’alcools et de cigarettes et ses casinos. Un côté de la rue est en France, l’autre est en Belgique. C’est une attraction en soi que je ne comprends pas vraiment.

Le dernier des monts est le mont rouge. Je décide finalement de ne pas tenter les pavés du sommet du Mont Kemmel. L’heure commence à tourner et j’y suis allé l’année dernière, alors je décide plutôt de me hâter vers ma destination suivante : Ypres.

Mont Kemmel

Je longe la grande route d’Armentières à Ypres. Mais comme je suis en Belgique néerlandophone, il y a une piste cyclable confortable tout le long.

Nous ne sommes pas passé à Ypres l’an dernier et ma curiosité avait été un peu frustrée. Alors cette année je suis content de faire un trajet différent et de la satisfaire. Et je ne suis pas déçu, le centre-ville est bien préservé dans l’enceinte fortifiée et les rues convergent vers les gigantesques Halles aux draps gothiques et leur beffroi dominant la Grand Place.

Halles aux draps et beffroi d'Ypres

Maisons sur la Grand Place d'Ypres

La porte de Menin, par laquelle je quitte la ville, est un arc de triomphe à la mémoire des soldats britanniques et du Commonwealth tombés dans le secteur d’Ypres lors de la première guerre mondiale. La ville a été le théâtre de quatre grandes batailles. La place manque pour tous les noms et seuls les morts d’avant août 1917 y sont gravés. Il y a 54 896 noms, 34 984 autres sont sur un mémorial à une dizaine de kilomètres de là.

Porte de Menin à Ypres

Je suis les indications de la LF6 pour rejoindre le groupe qui vient d’arriver au camping et qui est en train de s’installer. Le compteur indique 139km, comme d’habitude c’est plus long que ce que j’avais prévu. Ceux qui ont déjà pédalé avec moi savent que c’est toujours comme ça.

Les moines de l’abbaye St Sixte, n’aiment pas trop les gens qui viennent à vélo et nous font une faveur depuis 4 ans. Ils nous ont bien fait comprendre que c’était la dernière fois cette année. Cette année aussi, au lieu des Westvleteren XII (la meilleure bière du monde), le groupe a récupéré des bières blondes (pas mal non plus). Après partage on en a 8 chacun. Je commence à me demander comment je vais transporter ça. La solution c’est d’en boire un peu le soir même pendant le barbecue.

Après une longue soirée devant le feu de bois, la nuit n’est plus si longue que ça. Mais le matin nous prenons le temps pour lever le camp et ne décollons que vers 11h30. Là encore je la joue perso. Mon TGV du soir étant plutôt tard, je n’ai aucune envie de rentrer à Lille par la route la plus directe, même en excellente compagnie. Du coup je bifurque assez vite pour continuer sur la LF6 en direction de Courtrai. Je tombe immédiatement sur d’immondes pavés où j’avance avec une infinie précaution pour éviter qu’une des 12 bouteilles que je transporte ne se décapsule ou ne rompe. Heureusement ça ne dure pas. Et mieux, les légères pentes du début de matinée cessent complètement une fois rejoints les bords de la Lys et le reste de l’étape est absolument plat puisque tout le temps au bord d’une rivière ou d’un canal.

La Lys est aussi une rivière bien canalisée. Bien qu’en aval de l’agglomération Lilloise, des enfants s’y baignent. Le chemin de halage est bien roulant et je me fais sucer la roue par une petite vieille sur plusieurs kilomètres. Elle fini par céder au Knoopunt n°9.

Courtrai est une ville de ponts. La Lys y tient une place centrale. Il y a d’abord de beaux ponts modernes.

Pont sur la Lys à l'entrée de Courtrai

Notamment la passerelle du collège, la passerelle cyclable la mieux conçue que j’ai emprunté, peu pentue et en courbe.

Passerelle du collège à Courtrai

Et un très vieux pont fortifié qui me rappelle un peu la porte sur l’Escaut de la ville voisine de Tournai.

Pont fortifié à Courtrai

L’itinéraire cyclable est un peu zigzaguant dans la vieille ville. Pas de doute, avec une telle grand place, je suis bien dans une ville flamande. Je lui trouve un air de famille avec Anvers, Breda ou ‘s-Hertogenbosch.

Grand place de Courtrai

Perdu au milieu de cette vaste grand place, le beffroi en brique (toujours dans la liste UNESCO) fait un peu incongru.

Beffroi de Courtrai

J’emprunte ensuite une ancienne voie ferrée puis le canal Leie-Schelde (les noms flamands de la Lys et l’Escaut) qui me mène jusqu’au bord de l’Escaut, rive gauche. En face je vois le chemin de halage que j’ai utilisé l’année dernière pour me rendre à Gand.

L'Escaut

Je remonte l’Escaut sur quelques kilomètres jusqu’à l’arrivée du canal de Roubaix, qui va me ramener jusqu’au cœur de l’agglomération Lilloise. Les promeneurs se remettent à me saluer en français.

Canal de Roubaix

La frontière française est marquée par un knooppunt (99) qui signale une fin provisoire d’itinéraire cyclable. Pourtant la voie verte continue sur le chemin de halage côté français. Mais clairement pas avec le même standard de qualité. Le chemin est bien poussiéreux et je finis assez vite tout blanc. Les passerelles pour traverser sont très raides. Certains passages sont particulièrement sales et jonchés de bris de verres. Et il y a beaucoup plus de marcheurs que de cyclistes.

Je coupe un méandre du canal pour passer en plein centre de Roubaix. J’ai voulu voir Roubaix et j’ai vu Roubaix. Je ne suis pas conquis au point d’en ramener un t-shirt I ♥ RBX.

Mairie de Roubaix

Le canal rejoint la Deûle un peu en aval de la citadelle de Lille. Il me reste un peu de temps pour déambuler en ville. Me voyant oisif dans les parcs, on me met à contribution pour regonfler des chambres à air, alors oui, il valait mieux déambuler.

Place de la bourse à Lille

Porte de Paris à Lille

Beffroi de l'Hotel de Ville de Lille

Grand Place de Lille

J’ai repris un TGV à Lille-Europe, décidément beaucoup moins pratique d’accès avec un vélo que la gare de Lille-Flandres car emprunter escalators et ascenseurs y est obligatoire.

Voila une carte du parcours de ces 2 jours, environ 237km en tout.

Carte Houblax d'Esquelbecq

Ça fait un beau barreau entre des itinéraires que j’ai déjà emprunté par le passé dans cette région (les tracés en rouge, de gauche à droite) :

Itinéraires à vélo dans le Nord-Pas-de-Calais

Et voila le butin rapporté qui valide le houblax du mois de juin. J’en suis à la moitié de mon défi de dodéc’houblax (Pour rappel, le principe est d’aller visiter une brasserie par mois à vélo pendant 12 mois consécutifs. Idée forgée sur le principe du dodécaudax sans kilométrage imposé).

Les étiquettes des bières d’Esquelbecq n’ont aucune unité graphique et il faut aller lire les petits caractères pour voir qu’elles viennent du même endroit.

Les bières d'Esquelbecq

Pour les bières de l’abbaye St-Sixte de Westvleteren, tout est sur la capsule, il n’y a pas d’étiquette.

Capsule de la blonde de Westvleteren

 

 

 

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