Bristol – Liverpool

Si vous avez raté un épisode, le début du voyage en Grande-Bretagne se trouve >>ici<<


Nous sommes partis très tôt de chez Clare. En resserrant sa béquille avec un outil qu’elle lui avait prêté, Romain a coincé son câble de dérailleur : impossible de changer de vitesse. Mais pas question de réveiller notre hôte à une heure si matinale, nous nous sommes mis en route quand même.

Nous avons suivi la NCN n°4 à travers la banlieue de Bristol. Au premier petit centre-ville, à Westbury-on-Trym nous nous sommes arrêtés pour prendre un copieux petit déjeuner anglais, le 2ème après Salisbury. La journée s’annonçant longue et avec du relief, notamment le plus haut col du voyage en toute fin d’étape, nous n’avons pas hésité sur les calories.

La route n°4 nous a fait progressivement sortir de la ville jusqu’à ce qu’on ait commencé à apercevoir les ponts suspendus de la Severn.

Severn Bridge

Il y a 2 ponts autoroutiers sur la Severn qui relient l’Angleterre au sud du Pays de Galles. Nous avons pris celui en amont, le plus court, 3km de long quand même. La Severn est le plus long fleuve du Royaume-Uni juste devant la Tamise. Sa large embouchure dégageait des odeurs de vase.

Traversée du Severn Bridge

Après la traversée du pont, nous sommes allés dans le centre-ville de Chepstow, première ville Galloise sur notre route pour y voir son château.

Château de Chepstow

Rue de Chepstow

Ce petit détour purement touristique nous a pris un petit bout de temps et nous a fait emprunté un bon raidillon. Romain a pu trouver un outil pour re-régler sa béquille et libérer son câble de dérailleur, ce qui a immédiatement été utile.

Nous avons franchi une première crête de collines par une belle route qui montait en balcon avec des belles vues sur l’estuaire. Puis nous avons plongé vers Usk où nous avons pique-niqué. Ensuite, les collines d’abord couvertes de bocages et de forêts ont progressivement changé d’aspect pour devenir un peu plus chauves.

Colline près d'Abergavenny

Ce n’était qu’un prélude à la belle vallée de Llanthony dans les Black Mountains. La route étroite y montait très progressivement jusqu’au prieuré ruiné de Llanthony.

Prieuré de Llanthony

Puis, au moment où la pente s’est faite plus raide, j’ai senti du jeu dans mon pédalier. Ça ne nous a pas empêché de gravir les derniers kilomètres du Gospel Pass. J’aurais souhaité ne pas appuyer trop fort sur les pédales mais la route ne nous laissait pas le choix. Elle ne s’est aplanie qu’une fois en dehors des arbres, presque au sommet. Une dernière cattle grid franchie, nous nous sommes retrouvés au milieu des moutons et des vaches des Highlands.

Montée au Gospel Pass

Vache des Highlands au Gospel Pass

Le col se trouve être le plus haut col routier du Pays de Galles et le plus haut de notre voyage malgré ses modestes 549m d’altitude. Il nous a offert sous un très beau soleil de fin d’après-midi un aperçu des sommets arrondis et herbeux du parc naturel des Brecon Beacons. Une récompense qui nous aurait presque fait oublier qu’on avait déjà 100km dans les jambes.

Gospel Pass

Descente du Gospel Pass vers Hay

Un peu avant le col, j’ai vu sur ma carte qu’il y avait un vélociste à Hay-on-Wye, notre étape du soir. Vu qu’il était déjà 17h30 et les magasins ayant la réputation de fermer tôt dans les zones reculées, j’ai préféré ne pas prendre de risque et j’ai laissé Romain attendre Audrey pour terminer l’étape et j’ai filé jusqu’à Hay.

Par chance le magasin était encore ouvert, ils avaient l’axe de pédalier qu’il me fallait en stock et ils se sont arrangés pour me le changer le jour même. 2h après avoir remarqué le jeu dans le pédalier, c’était réparé. Le voyage n’en a même pas été impacté. Un grand merci à l’équipe de Drover Cycles qui m’a même offert le thé en attendant.

Ce jour là nous avons roulé 111km.

Le huitième jour, nous nous sommes réveillés sous un ciel bien gris. Toute la matinée nous avons remonté la rivière Wye.

Builth Wells

Après Builth Wells, la petite route ne suivait plus vraiment la rivière et s’en écartait par de forts raidillons. Il y a même eu un passage sur chemin. À Rhayader, il s’est mis à pleuvoir. Audrey, très fatiguée par les jours précédents a décidé d’arrêter là pour la journée, après 60km. Avec Romain, nous avons continué sous la pluie. Dommage car l’Elan Valley aurait été très belle sous le soleil. Il fallait absolument continuer car nous avions prévu une soirée en couchsurfing.

Comme la veille, la journée s’est terminée par un col. Toute la montée, nous avons espéré que le temps serait meilleur de l’autre côté et que la pluie cesserait. La montée n’était pas très régulière, elle enchaînait les montées et redescentes à 12%, 16%… Et de l’autre côté du col, la pluie a redoublé. Les 500m de dénivelé à descendre ont achevé de nous tremper jusqu’aux os. Nous les avons fait les mains crispés sur les freins.

En arrivant chez nos hôtes à Machynlleth, nous avons transformé leur salon en « drying room ». Nous étions content d’avoir un toit en dur pour la nuit et une si agréable compagnie. Audrey, grâce à l’aide d’un office de tourisme fort prévenant a pu prendre 2 bus et arriver peu après nous. Avec Romain nous avons roulé 115km.

Le lendemain, la météo n’était pas annoncée vraiment meilleure, d’après nos hôtes, Audrey était toujours bien fatiguée et Romain et moi ne voulions pas retenter une douche comme la veille. Alors après un petit déjeuner en ville nous avons pris le train pour couper une soixantaine de kilomètres (2h) jusqu’à Porthmadog. La ligne en bord de mer était très jolie.

Le massif du Snowdon depuis Porthmadog

Le temps libéré à ne pas pédaler nous a permis de visiter Portmeirion, un village construit de toute pièce par un riche propriétaire qui ressemble à un village italien et a servi de décor à la série Le Prisonnier dans les années 60.

Entrée de Portmeirion

Certains bâtiments ne sont en fait que des façades. Mais il y a vraiment des gens qui vivent dans ce village musée.

Portmeirion

Portmeirion

Portmeirion

Après cette visite, nous nous sommes remis en selle pour une toute petite étape de 30km en direction du parc naturel de Snowdonia. Nous avons laissé passer un train à vapeur à un passage à niveau puis nous avons grimpé un petit col pour arriver face au Mont Snowdon.

Maison et cascade dans le parc de Snowdonia

Route étroite à Snowdonia

Le Snowdon n’était malheureusement pas visible, masqué dans les nuages.

Mont Snowdon

Nous aurions aimé dormir en auberge de jeunesse mais celle-ci était complète, alors nous avons campé au bord du lac de Nantgwynant. La soirée est restée sèche et nous ne l’avons pas regretté. Le lendemain nous avons laissé les vélos au camping pour partir à pied à l’assaut du Snowdon, point culminant du Pays de Galles avec ses 1085m d’altitude et sommet le plus gravi du Royaume-Uni (350 ou 450 000 personnes par an).

Le plafond nuageux était à 600m d’altitude et devait monter dans la journée jusqu’à offrir quelques éclaircies dans l’après-midi. Nous sommes donc partis confiants. Mais les prévisions météo se sont bien plantées.

Rivière à Nantgwynant

Au début de la randonnée, nous sommes repassés à l’auberge de jeunesse pour voir s’ils avaient de la place pour notre 2ème nuit au même endroit. Mais finalement c’est l’auberge voisine du Pen y Pass que nous avons pu réserver.

Les chemins étaient bien marqués mais presque pas balisés, nous avons donc fait un peu de hors sentier à un moment qui nous a bien mouillé les pieds tellement le sol était gorgé d’eau. A partir de la crête, le vent et le brouillard transportaient une petite bruine pénétrante. Nous pensions trouver un café au sommet puisqu’y arrive un train touristique depuis l’autre versant mais tout était fermé. Une fois atteint le cairn sommital, nous sommes redescendus parmi une foule de gens qui montaient depuis le côté le plus court par le Miner’s track.

Lac longé par le Miner's track

Nous avons rapidement semé Audrey qui descendait précautionneusement et comme nous avions le sac à dos, elle n’a pas pu remettre une épaisseur et est arrivée au col du Pen Y Pass frigorifiée par la pluie et le vent. Nous nous sommes alors réfugié dans l’auberge de jeunesse pour manger notre pique-nique au chaud, car rien n’incitait à rester dehors.

Il ne nous ait plus resté qu’à faire l’aller retour au camping pour chercher nos affaires, plier la tente et remonter à vélo. Sous les nuages, le temps était sec et les paysages plutôt jolis.

Lac de Nantgwynant

Versant du Snowdon vers le Pen Y Pass

Nous avons passé une nuit réparatrice à l’auberge du Pen Y Pass. Sauf Audrey qui a mangé quelque chose qui est mal passé. Du coup la journée suivante n’a pas été terrible pour elle non-plus.

Heureusement, ce onzième jour nous avons commencé par une bonne descente, mais vite stoppée par une courte mais très raide remontée après le lieu-dit « ugly house », on a compris pourquoi. Ce fut sans doute la montée la plus raide du voyage, la seule où j’ai eu la sensation que le vélo basculait en arrière et où j’étais presque couché sur le guidon. Mais la route vers Llanwrst était très jolie, majoritairement en forêt.

Ugly House

Route vers Llanwrst

Route vers Llanwrst

Notre descente n’a pas été interrompue bien longtemps par ce petit col et nous avons continué jusqu’à la mer à Conwy. Un énorme château domine la cité, elle-même entièrement ceinte de remparts.

Château de Conwy

Conwy, port et remparts

Dans la ville suivante, Romain et moi avons mangé un vrai fish and chips, dans sa boîte en polystyrène et avec sa sauce au vinaigre, énorme. Audrey ne pouvait toujours rien avaler et a décidé d’arrêter l’étape, à 60km comme à Rhayader 3 jours plus tôt.

Avec Romain nous avons continué le long de la mer, via la route NCN n°5. Le vent nous a bien poussé, et a aussi poussé beaucoup de sable dans nos transmissions. Mais du coup l’après-midi a été très plaisante, d’autant plus que les nuages n’étaient plus qu’un lointain souvenirs des montagnes. Après une pause « coffee and cake » nous sommes repassés près d’un château en ruine, celui de Flint.

Château de Flint

Ensuite nous avons rejoint la rivière Dee canalisée, où nous aurions dû retrouver Audrey mais elle s’était perdue. Du coup nous avons continué jusque chez nos hôtes du soir à Chester pour ne pas arriver trop tard. Nous avons ensuite donné des indications à Audrey par téléphone et elle nous a rejoins une heure plus tard alors que nous étions déjà à table (les anglais mangent tôt) devant un délicieux dîner. Avec Romain nous avons parcouru 124km, en égalant notre meilleure moyenne de l’étape entre Dangu et Dieppe, 19,4km/h.

Nos hôtes du soir ont été très prévenant et nous ont même proposé de faire tourner une lessive, ce que nous nous sommes empressés d’accepter. Le lendemain, nous sommes partis dès que le sèche linge a eu fini de tourner pour visiter un peu le centre-ville de Chester. Les maisons en briques et à colombage donnent un cachet indéniable à la ville.

Une rue de Chester

Une maison d'angle à Chester

D’origine romaine, la ville est connue pour avoir gardé des remparts presque intacts. Nous n’en avons pourtant presque rien vu. Cette porte, qui n’est pas sur les remparts, donnait sur l’arrière de la cathédrale.

Porte à Chester

Nous avons quitté la ville le long d’un petit canal qui nous a mené presque jusqu’à la Mersey. Les passages sous les ponts étaient très étroits et les pavés irréguliers, mais personne ne s’est retrouvé à l’eau.

Passage sous un pont du Shropshire Union Canal

Ensuite il a fallu se frayer un chemin dans la banlieue de Liverpool, ce qui finalement n’a pas été trop désagréable et même plutôt bien indiqué. Tout à coup nous avons débouché sur l’estuaire de la Mersey avec la silhouette très reconnaissable de Liverpool en toile de fond.

Arrivée en face de Liverpool

Nous avons emprunté un petit ferry touristique à Birkenhead pour traverser. Celui-ci n’a pas pris le chemin le plus direct et nous avons eu droit à des commentaires sur la ville. L’arrivée par ce côté valait vraiment le coup. Ce qui rend le quai de Liverpool si reconnaissable ce sont les 3 grâces : le Liver Building inspiré des grattes-ciels de Chicago, le Cunard Building plus petit et parallélépipédique et le bâtiment de l’autorité du port avec son dôme. Au premier plan, le bâtiment moderne est le musée de la ville.

Les 3 grâces

La ville était la plus grande que nous traversions (5ème plus grande ville du Royaume-Uni), de grandes avenues larges et de hauts immeubles donnant une impression américaine. Nous n’avons pas tout de suite trouvé le quartier piétonnier. Mais nous avons pour la première fois mangé dans un vrai pub et nous sommes rendus compte que c’était vraiment peu cher. Les boissons (pintes de bière) sont toujours incluses dans le prix des plats et il y a un tas de formules. Nous étions juste en face du Cavern pub, là où les Beatles se sont produits la première fois. Toute la ville donne un peu l’air de n’avoir rien fait de mieux depuis et compte presque uniquement sur les Beatles pour attirer les visiteurs.

Au centre ville, point de ruelles médiévales ni de maisons à colombage comme à Chester, mais plutôt des immeubles de l’ère industrielle.

Immeuble de Liverpool

Les docks ont été rénovés pour héberger restaurants et musées, faisant d’Albert dock un gros pôle touristique.

Albert Dock

Le Liver building derrière un voilier

Après notre petit tour en ville, nous sommes partis en direction de Crosby, une petite ville de banlieue chic le long de la Mersey à une douzaine de kilomètres au nord de Liverpool. L’itinéraire cyclable 810 nous a fait faire pas mal de détours et la distance a quasiment été multiplié par 2. Mais nous sommes passés par des parcs à flanc de colline qui laissaient voir de beaux panoramas sur la ville.

Panorama de Liverpool

Nos hôtes du soir étaient les parents d’une fille que j’avais contacté via Warmshowers. Ils nous ont hébergé dans leur immense maison et nous ont préparé de délicieux dîners. Enfin c’est surtout Dawn, la mère, qui faisait tout pour nous et les autres occupants de la maison. Nous sommes restés 2 nuits car nous avons passé notre unique journée de repos à Liverpool.

Grâce à nos hôtes, nous avons découvert sur la plage devant chez-eux les étonnantes statues de Gormley : une centaine d’hommes regardant vers le large, plus ou moins enfoncées dans le sable ou noyées sous l’eau selon la marée. L’œuvre s’appelle « Another Place » et aurait bien plu à New York,  d’après Dawn, mais c’est à Crosby, Merseyside qu’elle a été installée au milieu des années 2000.

Statues de Gormley

Le lendemain, nous sommes allés visiter Liverpool sans nos vélos. Avant d’accompagner Romain à la gare, nous avons visité la gigantesque cathédrale anglicane.

Cathédrale anglicane de Liverpool

Entre la cathédrale et la gare de Lime Street, les architectures sont plutôt variées, du quartier chinois aux styles staliniens et byzantins.

Immeuble de Liverpool

Immeuble de Liverpool

Entrée du quartier chinois de Liverpool

Une fois Romain dans son train de retour pour Londres, nous sommes allés, Audrey et moi, visiter la deuxième cathédrale de Liverpool, celle du diocèse catholique. À peu près contemporaine de la cathédrale anglicane, son gigantisme rivalise très bien avec mais dans un style moins classique, soucoupe volante, volcan ou plat à tajine, chacun est libre de ses interprétations architecturales.

Cathédrale du Christ Roi de Liverpool

Nous sommes ensuite retourné à Albert Dock pour visiter le passionnant musée de la marine et de l’esclavage, très grand et abordant ces thèmes sous des angles variées : l’histoire des migrations d’enfants (pas seulement des orphelins) vers le Canada, l’Australie ou la Nouvelle Zélande, le torpillage du Lusitania, le naufrage du Titanic, la vie des marins gays (très rose), la bataille de l’Atlantique, l’immonde politique coloniale de Léopold II roi des Belges…

Albert Dock

C’est de la porte d’entrée du musée que j’ai trouvé le meilleure angle pour photographier les 3 grâces.

Toits du Liver Building et du Port of Liverpool building

Ainsi s’achevait cette deuxième partie de voyage à vélo à travers la Grande-Bretagne. Après environ 1150km parcourus, Romain nous a quitté. Mais pour Audrey et moi ce n’était pas encore la moitié du voyage.

Le voyage continue >>ici<<

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