Paris – Bristol

Le 1er mai, je suis parti pour un mois de voyage à vélo. En partant du pas de ma porte, l’objectif était d’atteindre la côte nord de l’Écosse et, sur le chemin, de gravir les points culminants du Pays de Galles, d’Angleterre et d’Écosse.

Le 1er mai, il pleuvait à Paris. J’avais donné rendez-vous à quelques cyclistes parisiens qui devaient m’accompagner les premiers jours. Nous avons attendu Romain, qui lui devait m’accompagner jusqu’à Liverpool, à la gare de Lyon puisqu’il arrivait de Suisse. Après un bon café, quelques croissants et pains aux chocolats et même un petit air de flûte nous nous sommes élancés sur le pavé parisien mouillé.

Nous avons enchainé rapidement Bastille, le canal St-Martin puis le canal St-Denis pour retrouver Audrey à St-Denis. Elle prévoyait de m’accompagner jusqu’au bout. David lui a décidé d’arrêter de se mouiller tout de suite et nous a souhaité bonne route. Nous étions quand même 8 à continuer.

Comme d’habitude dans cette zone que j’ai déjà traversée plusieurs fois, nous avons pris quelques libertés avec l’avenue verte Paris-Londres et avons coupé le méandre d’Argenteuil pour arriver plus vite à Conflans-Ste-Honorine. Là nous avons fait quelques emplettes à la fin du marché puis nous les avons immédiatement englouties au confluent de la Seine et de l’Oise.

Andrésy vu du confluent Seine et Oise

Quelques kilomètres plus loin, nous sommes montés sur le plateau de Cergy, et de l’autre côté enfin nous sommes sortis de la banlieue après une cinquantaine de kilomètres.

Nous nous sommes arrêtés à Théméricourt à la brasserie du Vexin pour un petit verre et homologuer le houblax du mois de mai. C’est pour cela que nous étions 8 motivés au départ. Ayant rempli leur objectif, Carlos et Jean-Jacques nous quittent à leur tour.

Bière du Vexin

Le reste de la troupe a continué jusqu’à Bray-et-Lu ou la supérette a assuré le ravitaillement puis par la voie verte de la vallée de l’Epte jusqu’au camping de Dangu. Puisque le départ a été tardif, 10h30, l’arrivée l’a été aussi, 19h30. Ce premier jour nous avons parcouru 108km.

Au camping, il y avait heureusement un abri pour manger au sec. Quelques pensionnaires éméchés nous ont bien distrait avec leur accent du nord et leurs théories sur les chips qui donnent des gaz.

Nous avons mis le réveil assez tôt car la deuxième étape n’était pas plus courte que la première et qu’en plus il fallait arriver à l’heure au ferry pour traverser la Manche en fin d’après-midi. La matinée était grise mais sans pluie. Nous avons remonté une petite vallée jusqu’à Bézu-la-Forêt puis sommes redescendus dans le pays de Bray. A partir de là le vent nous a bien poussé, d’autant plus qu’à partir de Forges-les-Eaux nous avons suivi une voie verte bien lisse jusqu’à Dieppe ou presque.

Après le pique-nique nous avons profité d’une ancienne gare réaménagée en café pour faire une pause.

Gare de Nesle-St-Saire

Voyant enfin que le temps ne nous était plus si compté, j’ai sorti un peu plus souvent l’appareil photo le long de cette voie verte. Généralement je n’aime pas trop l’effet couloir d’arbres des voies vertes mais celle-ci, surplombant la vallée laissait souvent la vue bien dégagée.

Un village normand

Sans impératif horaire j’aurais sans doute été faire un tour dans Neuchâtel-en-Bray. Mais il y avait de jolies choses à proximité immédiate de notre itinéraire quand-même.

Mesnières-en-Bray

Château de Mesnières-en-Bray

La voie s’interrompt à Arques-la-Bataille, au pied des ruines du château féodal.

Arques-la-Bataille

Il ne nous est resté que quelques kilomètres pour atteindre le centre de Dieppe, puis le ferry. Nous ne nous sommes pas trop attardés en ville, ne sachant trop à quel point les consignes d’arriver en avance étaient souples ou non.

Dieppe

Finalement nous n’étions pas les premiers cyclistes dans la file d’attente. Devant nous notamment un anglais portait sur ses sacoches parapluie et bouilloire pour le thé. Mais il n’y avait pas foule. Cette liaison transmanche est la moins fréquentée, et très largement comparée à celles de Calais ou du Havre.

C’est à ce moment que nous nous sommes séparés entre les 3 restant en France (dont 2 tentaient le lendemain de rentrer à Paris en une seule étape de plus de 200km) et les 3 continuant de l’autre côté de la Manche.

Après 4h de traversée et un repas à bord, nous sommes arrivés en pleine nuit à Newhaven. Kat, notre hôte du soir arrivait en train de Brighton et nous l’avons retrouvé quelques minutes plus tard alors qu’il se mettait à pleuvoir. Mais qu’à cela ne tienne ! Elle était quand même très enthousiaste à l’idée de nous guider jusque chez-elle à 6km de là. Nous avons fait fuir quelques lapins dans la lumière de nos phares et avons eu du mal à suivre notre énergique guide dont l’apparence était trompeuse dans les quelques montées qui restaient. Nous avons été accueillis dans la gigantesque maison familiale de Seaford dont les principaux résidents étaient, outre la maman de Kat, 5 ou 6 chats, un chien, un perroquet timide et quelques poules.

En tout nous avons roulé 120km ce deuxième jour et avec notre meilleure moyenne de tout le voyage : 19,4km/h.

Le lendemain, la météo était toujours médiocre, grise et humide. Le vent en plus ne nous était pas du tout favorable, surtout que nous avons longé la côte.

À Brighton, Audrey a subi la première et dernière crevaison du voyage. Pourtant c’était la seule de nous 3 à être équipée de pneus réputés increvables. Comme nous n’étions pas partis très tôt et vu que le vent nous ralentissait beaucoup plus que prévu, nous n’avons pas pris le temps de visiter le centre de Brighton. Mais comme la météo ne s’y prêtait guère, c’était sans regrets.

Brighton Pier

Nous avons du coup eu du mal dans les villes pavillonnaires immenses et contiguës qui bordent toute cette portion de la côte sud à trouver une petite épicerie pour nous ravitailler. Ce n’est que quand l’itinéraire cyclable a pénétré un peu dans le centre de Shoreham-by-Sea que nous avons pu faire les courses et que nous avons finalement mangé… au restaurant.

Shoreham-by-Sea

Le temps s’est ensuite amélioré jusqu’à Littlehampton ou brillait un franc soleil. Nous n’étions tout de même pas encore complètement serein pour la nuit car nous devions nous éloigner de la côte, vers les collines où les nuages s’accrochaient encore.

Littlehampton

En fin de journée, après avoir traversé le charmant village de Slindon, nous avons emprunté un chemin pour rejoindre le bothy de Gumber Farm. Je ne sais pas comment traduire bothy en français, c’est un endroit ou on peut camper ou dormir sous un toit en dur et où on a accès à diverses commodité, généralement une cuisine plus ou moins équipée, des toilettes et une salle de bain, mais souvent moins que ça dans les endroits vraiment reculés, le tout en libre service ou moyennant une contribution conseillée. Celui-là était plutôt luxueux. Le fait qu’il soit inaccessible en voiture (sauf pour le propriétaire de la ferme) était fort appréciable.

Gumber Farm Bothy

C’est là que nous avons découvert notre première « drying room », la seule pièce chauffée du bâtiment d’ailleurs, et réservée au seul séchage des vêtements et du matériel. J’y ai perdu ou quelqu’un a récupéré par erreur un de mes t-shirt, je n’y ai pas fait attention le matin en récupérant mes affaires. Mais vu la météo du mois de mai, les manches courtes ne m’ont pas vraiment manqué.

Le troisième jour nous avons parcouru 76km à seulement 14,08km/h (c’est toujours une moyenne hors pauses). Mais non ce n’est pas notre plus faible moyenne du voyage.

Nous venions de rentrer dans le parc naturel des South Downs et nous y avons roulé la majeure partie du quatrième jour. Nous avons alors seulement commencé à apprécier le relief anglais. Des montées et des descentes fréquentes, courtes mais très pentues. Le paysage était agréable et alternait forêts, cultures et pâturages de vaches et de moutons. Nous avons croisé énormément de cyclistes car nous étions un Bank Holiday et le parc est situé entre deux zones densément peuplées : Londres et la côte sud.

Route dans les South Downs

À la sortie du parc nous avons atteint Winchester. La ville était très animée, pleine de touristes. Sa cathédrale, la plus longue nef du pays, n’est pas particulièrement jolie, un peu trop basse.

Cathédrale de Winchester

Il se tenait en ville un festival d’orgues mécaniques. À quelques dizaines de mètres les uns des autres c’était parfois la cacophonie.

Orgue mécanique à Winchester

La ville a été la capitale des rois Saxons. On y trouve une réplique de la fameuse table ronde.

Table ronde à Winchester

Après une rude montée pour sortir de la ville, nous avons poursuivi sur de jolies petites routes de campagne et puis la pluie s’est mise à tomber, à peine une demi-heure avant d’arriver. L’étape totalisait 103km.

Le camping du soir a été fort pluvieux mais heureusement il y avait une terrasse de café désertée mais abritée qui a pu nous accueillir pour le repas du soir.

Le lendemain le temps semblait toujours menaçant mais nous avons eu finalement de belles éclaircies. Notamment lorsque nous sommes arrivés à Salisbury. Là aussi s’y trouve une cathédrale, mais nettement plus belle que la précédente, largement la plus belle que nous ayons vu de tout le voyage. Cette fois c’était la plus haute flèche d’Angleterre avec ses 123m.

Cathédrale de Salisbury

La ville était très vivante. Nous y avons pris notre premier petit déjeuner bien anglais, avec des toasts, des beans, du black pudding, une saucisse et du bacon.

Une porte de Salisbury

Depuis Winchester à peu près, nous avons commencé à suivre beaucoup plus d’itinéraires du National Cycle Network (NCN). Ils sont bien fléchés et permettent des entrées et sorties de ville à l’écart du trafic ou presque. C’est à Salisbury que nous avons pu l’apprécier. Mais assez vite nous avons dû quitter ces itinéraires car aucun n’allait à notre destination suivante, pourtant un des sites les plus visités d’Angleterre : Stonehenge. Du coup nous sommes arrivés par un chemin un peu boueux mais qui offrait sans doute la meilleure vue possible sur le site.

Stonehenge

Ensuite nous avons du continuer sur une route un peu passante jusqu’à redescendre de la « Salisbury Plain ». Le camp militaire qui occupe ce plateau ne laissait pas beaucoup de petites routes comme alternative.

Étant donné l’énorme petit-déjeuner du matin, nous avons pique-niqué tard, au trois quarts de notre étape au village d’Erlestoke dont la rue principale avait quelques jolies maison. Tout était bien propre, entretenu et fleuri dans cette partie de l’Angleterre.

Erlestoke

Deux villages plus loin nous sommes remontés fort raide jusqu’au sommet du plateau pour admirer le cheval blanc de Westbury. Datant du XVIIIeme siècle, ce cheval à l’origine taillé dans la craie a été habillé de plaques de béton peintes en blanc au XXeme siècle pour faciliter son entretien et éviter l’érosion.

Cheval blanc de Westbury

En arrivant au camping, dont nous étions les seuls clients cette nuit là, nous nous sommes réfugiés dans le petit chalet qui servait de réception en attendant qu’une averse passe, la seule de la journée. Nous avons planté la tente après et continué de squatter la réception du camping qui avait un canapé et une table basse parce que bon il faisait froid dehors et c’était là que le frigo avec les bières se trouvait. Cette cinquième étape faisait 88km.

Le sixème jour, nous avons fait une étape plutôt pépère, guère plus d’une soixantaine de kilomètres. Et à part au tout début, c’était à peu près plat puisque nous avons longé d’abord un canal puis une ancienne voie ferrée.

Voila à quoi ressemblaient les indications du NCN le long du canal, nous n’avions aucun risque de nous égarer. Nous avons juste mis un peu de temps à nous faire aux distances en miles qui diminuaient très très lentement à mesure que nous avancions.

Indications du NCN

Le canal est parsemé de bateaux très étroits qui servent d’habitations. L’avantage de tels bateaux est qu’il permettent le croisement n’importe où sur le canal.

Canal près de Bath

Nous sommes arrivés ainsi tranquillement dans une des plus belles villes d’Angleterre : Bath. Tout son centre-ville est classé à l’UNESCO. La pluie nous a d’abord contraint à nous réfugier dans un café mais après cela nous avons pu déambuler un peu et profiter des ruelles de la ville.

Cathédrale de Bath

Le pont que nous avons traversé pour entrer dans la ville n’avait pas l’air d’un pont quand nous étions dessus au milieu des échoppes.

Pont de Bath

En repartant nous sommes montés voir le Royal Crescent, une série de maisons mitoyennes de l’époque géorgienne disposées en demi cercle.

Royal Crescent de Bath

J’ai préféré les maisons juste en dessous qui tentent tant bien que mal de conserver leur horizontalité malgré la pente.

Maisons de Bath

À la sortie de la ville, nous avons vite rejoint la voie verte qui occupe une ancienne voie ferrée qui va jusqu’à Bristol, notre destination du soir. Autant dire que c’était vraiment facile de se diriger dans la banlieue de Bristol. Une partie de la voie ferrée est encore utilisée mais pour les touristes uniquement on dirait.

Voie verte voie ferrée

Bristol, capitale verte de l’Europe cette année, m’a quand même un peu déçu du côté des itinéraires cyclables que je n’ai pas trouvé très bien indiqués dans le centre ou du côté de la gare où Romain a voulu aller vérifier les réservations de ses billets retours. Sinon la ville a une ambiance d’ancienne cité industrielle qui a plutôt bien réussi à se redresser.

Le long de la rivière à Bristol

I just adore Bristol

Nous avons passé quelques heures à nous promener autour des canaux et du port.

Maisons colorés de Bristol

Nous avons même poussé jusqu’au pont suspendu de Clifton, au dessus des gorges de la rivière Avon, un des symboles de la ville. C’est de ce côté là qu’on a pu se rendre compte que si tous les canaux du centre-ville étaient bien jolis et en eau, c’était qu’ils étaient tenus par des écluses. Parce que c’était marée basse et la vallée laissait voir et sentir beaucoup de vase.

Clifton Suspension Bridge

Cathédrale de Bristol

Nous avons gagné le domicile de notre hôte du soir, Clare, qui m’avait proposé spontanément l’hospitalité quand j’ai parlé de ce projet de voyage sur un forum de couchsurfing. Elle nous a cuisiné un délicieux repas et nous a raconté son étonnante façon de voyager à vélo en Europe : en laissant son vélo chez des gens d’une fois sur l’autre parce que le transporter de ou vers la Grande-Bretagne est assez peu pratique. Nous avons parlé exclusivement français à sa demande car elle voulait pratiquer le sien.

Le lendemain nous l’avons laissée dormir en partant tôt pour une longue étape en direction du Pays de Galles.

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