La cordillère des Flandres II, le retour

Comme l’année dernière, je me suis joint au groupe de cyclistes, Lillois pour l’essentiel d’entre eux, qui organise une expédition à l’abbaye St Sixte de Westvleteren pour y chercher la meilleure bière du monde. Enfin je ne m’y suis pas tout à fait joint cette année parce que je n’aime pas refaire le même itinéraire et il y a d’autres lieux du nord que je voulais découvrir. Du coup au lieu de partir de Lille, je suis parti de Calais. Ça ne m’a pas empêché de tomber sur 3 autres amis qui faisaient un des itinéraires « officiels » dans le TGV Paris-Lille-Calais du matin. Il y en a 2 que je n’ai vu que là d’ailleurs parce qu’ils ne restaient pas le week-end complet.

Le TGV s’arrête à Calais-Fréthun, à une grosse vingtaine de minutes à vélo du centre-ville. Le vent soufflant du sud-ouest est très favorable.

Hotel de Ville de Calais

La route vers Gravelines est ensuite peu intéressante. Elle longe la mer sans l’approcher, du coup je ne l’aperçois jamais, point donc de blanches falaises de Douvres. Mais ça défile vite. À Gravelines, après 30km j’ai une moyenne de 27km/h, j’ai bien choisi le sens de ma randonnée.

Le beffroi de Gravelines fait partie de ceux du Nord et de Belgique classés par l’UNESCO.

Beffroi de Gravelines

La ville, dont les fortications ont été remaniés par Vauban, aurait même pu être doublement classée mais ne fait pas partie du réseau des sites majeurs de Vauban (au passage une belle idée de tour de France non ?).

Fortifications de Gravelines

L’Aa se jette dans la Manche à Gravelines. C’est là que j’oblique vers l’intérieur des terres en longeant le fleuve canalisé qui marque la frontière entre Pas-de-Calais et Nord. Le vent devient d’un coup beaucoup moins favorable mais pas encore trop désagréable. Je finis par atteindre Watten (prononcer Ouat’ parait-il) qui est située sur une sorte de cluse où passe l’Aa. Je quitte le fleuve et grimpe le premier et plus occidental des monts des Flandres.

Le Mont de Watten culmine à 72m, ce qui suffit à avoir une vue dégagée sur toute la Flandre maritime, un paysage très anthropisé avec beaucoup d’habitations, de canaux, de lignes à haute tension (la centrale nucléaire de Gravelines est encore proche), la LGV qui va vers le tunnel sous la Manche et sur l’horizon les installations portuaires de Dunkerque.

Watten

Je déjeune près du moulin qui coiffe la butte. Il est entouré de tout un tas de panneaux explicatifs sur l’histoire du lieu et les divers forts qui se sont succédé à cet endroit bien qu’il n’en reste plus guère de traces.

Moulin de Watten

De l’autre côté de la route, sur un terrain privé et donc inaccessible, se dresse les ruines du clocher d’une ancienne abbaye.

Abbaye de Watten

De là, je me mets à suivre les indications de la LF1 Noordzeeroute. L’itinéraire cyclable est vraiment balisé en hollandais alors que je suis encore en France. Le réseau des LF, Lange Fietsroute, est un réseau hollandais et flamand. L’itinéraire suit un genre de balcon au dessus de la Flandre maritime, sans la dominer beaucoup, toujours quelques dizaines de mètres d’altitude, mais c’est suffisant pour voir loin dans ce plat pays.

Flandre maritime

À force de traverser les cultures, je pourrais me mettre à en reconnaître certaines. Mais rien à faire, je confonds toujours l’orge et le blé. A priori le premier est à gauche, le deuxième à droite.

Orge et Blé

Je parviens en tout début d’après-midi à Esquelbecq où se trouve un château et son parc.

Château d'Esquelbecq

Pigeonnier du château d'Esquelbecq

Comme dans quelques villages précédents, l’église a une forme caractéristique avec 3 nefs de mêmes dimensions.

Église d'Esquelbecq

Je fais aussi un détour par un mémorial militaire qui commémore le massacre d’une centaine de soldats anglais dans la grange de la plaine aux bois le 28 mai 1940. Le mémorial est récent (2004) et fait « cheap » et peu entretenu par rapport aux monuments de la Somme.

Si je suis passé par Esquelbecq c’est surtout parce que s’y trouve la brasserie artisanale Thiriez. J’y déguste une bière « Les Québecoises » blonde au froment presque blanche, ou blonde de tradition fermière française diraient mes voisins brasseurs Deck & Donohue. Le brasseur ne semble pas d’humeur très loquace, il a une visite de groupe à préparer pour l’après-midi et j’ai la sensation de l’accaparer alors que je ne fais que passer, seul dans l’estaminet. Du coup je ne m’éternise pas et repars avec 6 bouteilles dans les sacoches.

C’est juste le lest dont j’avais besoin pour le reste des monts des Flandres dont Watten n’était qu’un prélude facile. Le deuxième est le plus haut d’entre-eux : le mont Cassel. En photo il n’a vraiment pas l’air impressionnant. Mais il n’en est pas moins LA montagne de la région, culminant à 176m.

Mont Cassel

La montée commence doucement par une longue ligne droite, ancienne voie romaine oblige, puis se termine par un lacet pour la partie la plus raide. Ensuite je tourne en escargot autour du sommet pour réussir à l’atteindre en évitant les ruelles en escaliers.

Du sommet on voit bien les routes qui s’éloignent en lignes droites un peu tremblotante de tous les côtés. Il y aurait 12 façons différentes de monter sur le mont.

Vue de Cassel vers le Sud

Vue sur les toits de Cassel

Le mont est couronné d’un moulin et d’une statue de Foch. Les moulins de la région se ressemblent tous avec leur corps carré.

Moulin de Cassel

La descente de Cassel vers Steenvoorde est pavée, impossible d’en profiter pleinement. De peur d’abîmer ma cargaison, j’emprunte pendant un moment le trottoir peu fréquenté. Des piétons me cèdent le passage sans m’invectiver, comprenant bien que cette route est insupportable. Heureusement il reste encore un peu à descendre une fois le bitume revenu et je peux quand même en profiter un peu.

Je vois le grand clocher de Steenvoorde assez longtemps avant et après la ville, offrant un bon point de repère.

Clocher de Steenvoorde

Après Steenvoorde, je pars en direction du Mont des Cats. C’est à son auberge que les groupes partis de Lille ont déjeuné. Mais quand j’y passe, ils sont déjà partis depuis un moment, ça fait même une heure que leur rendez-vous à St Sixte est passé. Et j’ai déjà 100km au compteur.

Le monts Boeschepe et Kokerell suivent ensuite rapidement, et contrairement au Mont des Cats ils ne sont pas couverts de forêt et laissent un panorama dégagé . Il y a beaucoup de cyclistes, dont certains que je croise, double, ou plus souvent qui me doublent plusieurs fois.

Vue vers Bailleul depuis Boeschepe

Je traverse ensuite le surprenant Mont Noir, avec ses magasins d’alcools et de cigarettes et ses casinos. Un côté de la rue est en France, l’autre est en Belgique. C’est une attraction en soi que je ne comprends pas vraiment.

Le dernier des monts est le mont rouge. Je décide finalement de ne pas tenter les pavés du sommet du Mont Kemmel. L’heure commence à tourner et j’y suis allé l’année dernière, alors je décide plutôt de me hâter vers ma destination suivante : Ypres.

Mont Kemmel

Je longe la grande route d’Armentières à Ypres. Mais comme je suis en Belgique néerlandophone, il y a une piste cyclable confortable tout le long.

Nous ne sommes pas passé à Ypres l’an dernier et ma curiosité avait été un peu frustrée. Alors cette année je suis content de faire un trajet différent et de la satisfaire. Et je ne suis pas déçu, le centre-ville est bien préservé dans l’enceinte fortifiée et les rues convergent vers les gigantesques Halles aux draps gothiques et leur beffroi dominant la Grand Place.

Halles aux draps et beffroi d'Ypres

Maisons sur la Grand Place d'Ypres

La porte de Menin, par laquelle je quitte la ville, est un arc de triomphe à la mémoire des soldats britanniques et du Commonwealth tombés dans le secteur d’Ypres lors de la première guerre mondiale. La ville a été le théâtre de quatre grandes batailles. La place manque pour tous les noms et seuls les morts d’avant août 1917 y sont gravés. Il y a 54 896 noms, 34 984 autres sont sur un mémorial à une dizaine de kilomètres de là.

Porte de Menin à Ypres

Je suis les indications de la LF6 pour rejoindre le groupe qui vient d’arriver au camping et qui est en train de s’installer. Le compteur indique 139km, comme d’habitude c’est plus long que ce que j’avais prévu. Ceux qui ont déjà pédalé avec moi savent que c’est toujours comme ça.

Les moines de l’abbaye St Sixte, n’aiment pas trop les gens qui viennent à vélo et nous font une faveur depuis 4 ans. Ils nous ont bien fait comprendre que c’était la dernière fois cette année. Cette année aussi, au lieu des Westvleteren XII (la meilleure bière du monde), le groupe a récupéré des bières blondes (pas mal non plus). Après partage on en a 8 chacun. Je commence à me demander comment je vais transporter ça. La solution c’est d’en boire un peu le soir même pendant le barbecue.

Après une longue soirée devant le feu de bois, la nuit n’est plus si longue que ça. Mais le matin nous prenons le temps pour lever le camp et ne décollons que vers 11h30. Là encore je la joue perso. Mon TGV du soir étant plutôt tard, je n’ai aucune envie de rentrer à Lille par la route la plus directe, même en excellente compagnie. Du coup je bifurque assez vite pour continuer sur la LF6 en direction de Courtrai. Je tombe immédiatement sur d’immondes pavés où j’avance avec une infinie précaution pour éviter qu’une des 12 bouteilles que je transporte ne se décapsule ou ne rompe. Heureusement ça ne dure pas. Et mieux, les légères pentes du début de matinée cessent complètement une fois rejoints les bords de la Lys et le reste de l’étape est absolument plat puisque tout le temps au bord d’une rivière ou d’un canal.

La Lys est aussi une rivière bien canalisée. Bien qu’en aval de l’agglomération Lilloise, des enfants s’y baignent. Le chemin de halage est bien roulant et je me fais sucer la roue par une petite vieille sur plusieurs kilomètres. Elle fini par céder au Knoopunt n°9.

Courtrai est une ville de ponts. La Lys y tient une place centrale. Il y a d’abord de beaux ponts modernes.

Pont sur la Lys à l'entrée de Courtrai

Notamment la passerelle du collège, la passerelle cyclable la mieux conçue que j’ai emprunté, peu pentue et en courbe.

Passerelle du collège à Courtrai

Et un très vieux pont fortifié qui me rappelle un peu la porte sur l’Escaut de la ville voisine de Tournai.

Pont fortifié à Courtrai

L’itinéraire cyclable est un peu zigzaguant dans la vieille ville. Pas de doute, avec une telle grand place, je suis bien dans une ville flamande. Je lui trouve un air de famille avec Anvers, Breda ou ‘s-Hertogenbosch.

Grand place de Courtrai

Perdu au milieu de cette vaste grand place, le beffroi en brique (toujours dans la liste UNESCO) fait un peu incongru.

Beffroi de Courtrai

J’emprunte ensuite une ancienne voie ferrée puis le canal Leie-Schelde (les noms flamands de la Lys et l’Escaut) qui me mène jusqu’au bord de l’Escaut, rive gauche. En face je vois le chemin de halage que j’ai utilisé l’année dernière pour me rendre à Gand.

L'Escaut

Je remonte l’Escaut sur quelques kilomètres jusqu’à l’arrivée du canal de Roubaix, qui va me ramener jusqu’au cœur de l’agglomération Lilloise. Les promeneurs se remettent à me saluer en français.

Canal de Roubaix

La frontière française est marquée par un knooppunt (99) qui signale une fin provisoire d’itinéraire cyclable. Pourtant la voie verte continue sur le chemin de halage côté français. Mais clairement pas avec le même standard de qualité. Le chemin est bien poussiéreux et je finis assez vite tout blanc. Les passerelles pour traverser sont très raides. Certains passages sont particulièrement sales et jonchés de bris de verres. Et il y a beaucoup plus de marcheurs que de cyclistes.

Je coupe un méandre du canal pour passer en plein centre de Roubaix. J’ai voulu voir Roubaix et j’ai vu Roubaix. Je ne suis pas conquis au point d’en ramener un t-shirt I ♥ RBX.

Mairie de Roubaix

Le canal rejoint la Deûle un peu en aval de la citadelle de Lille. Il me reste un peu de temps pour déambuler en ville. Me voyant oisif dans les parcs, on me met à contribution pour regonfler des chambres à air, alors oui, il valait mieux déambuler.

Place de la bourse à Lille

Porte de Paris à Lille

Beffroi de l'Hotel de Ville de Lille

Grand Place de Lille

J’ai repris un TGV à Lille-Europe, décidément beaucoup moins pratique d’accès avec un vélo que la gare de Lille-Flandres car emprunter escalators et ascenseurs y est obligatoire.

Voila une carte du parcours de ces 2 jours, environ 237km en tout.

Carte Houblax d'Esquelbecq

Ça fait un beau barreau entre des itinéraires que j’ai déjà emprunté par le passé dans cette région (les tracés en rouge, de gauche à droite) :

Itinéraires à vélo dans le Nord-Pas-de-Calais

Et voila le butin rapporté qui valide le houblax du mois de juin. J’en suis à la moitié de mon défi de dodéc’houblax (Pour rappel, le principe est d’aller visiter une brasserie par mois à vélo pendant 12 mois consécutifs. Idée forgée sur le principe du dodécaudax sans kilométrage imposé).

Les étiquettes des bières d’Esquelbecq n’ont aucune unité graphique et il faut aller lire les petits caractères pour voir qu’elles viennent du même endroit.

Les bières d'Esquelbecq

Pour les bières de l’abbaye St-Sixte de Westvleteren, tout est sur la capsule, il n’y a pas d’étiquette.

Capsule de la blonde de Westvleteren

 

 

 

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Durness – Thurso et voyage de retour

Cet article est le 6ème et dernier qui relate un voyage à vélo à travers toute la Grande Bretagne. Si vous avez raté le début c’était >>ici<<.


Pour ce dernier jour de pédalage, le soleil s’est montré un peu plus généreux. La côté a changé d’allure, offrant plus de plages et plus de falaises. En quittant Durness nous avons eu une vue d’ensemble de ce minuscule village, probablement un des plus isolés du pays.

Durness

Ce n’était pas tout à fait l’endroit le plus au nord où nous sommes passés. Mais là au moins il y avait un cairn.

Durness Cairn

Côté météo c’était le plus beau démarrage depuis Fort William. Il y avait quand même des douches écossaises vraiment glaciales mais jamais plus de 10 minutes.

Côte nord

Seule une étroite bande de terre entre la mer et les tourbières ou les montagnes est utilisée pour le pâturage des moutons et des vaches des Highlands. Parmi les murets qui délimitent les parcelles il y a quelques ruines, vestiges d’anciens hameaux détruits après les émeutes de Durness lors des Clearances.

Champs sur la côte nord

Le loch Eribol pénètre assez profondément dans les terres et il nous a fallu un moment pour le contourner. D’autant plus que le vent ne nous était pas favorable quand on s’éloignait de la mer. Mais en tout cas ce loch était vraiment splendide et à l’heure matinale où nous sommes passés nous n’étions pas encore obligés de céder constamment le passage aux motos et aux camping-cars sur l’étroite route à passing places.

Loch Eriboll

Nous avons vu assez peu de vaches des Highlands dans les Highlands. Celles-ci sont presque les seules de la journée.

Vache des Highlands au loch Eriboll

Après avoir contourné le loch Eriboll, nous sommes arrivés le long du loch Hope, surmonté par le sommet du même nom. C’est un des derniers grands sommets isolés que nous avons vu.

Loch et Ben Hope

Les montagnes s’éloignaient de la côte à mesure que nous avancions et l’étape alternait les vallées se jetant dans la mer avec les plateaux de tourbières. Les tourbières étaient de plus en plus grandes à mesure que nous progressions vers l’Est.

Ruine dans le Moorland

Le Kyle of Tongue est une des embouchures qui coupe le plateau tourbeux. Sur la route en face, j’ai atteint ma plus haute vitesse du voyage, 63.4km/h, malheureusement j’ai du écraser les freins car un groupe de mouton me regardait arriver, tous bien alignés en travers de la route, et se sont dit qu’il fallait bouger au dernier moment.

Kyle of Tongue

Il n’y avait pas beaucoup de route partant vers l’intérieur des terres. Celle-ci menait à une petite réserve naturelle ou forestière je crois.

The unknown

Comme par hasard, il s’est mis à faire mauvais quand nous avons voulu pique-niquer et ça s’est terminé sous un abri-bus. Et la pluie a cessé à peine remis en selle.

Herbus de la côte nord

La côte est devenu de moins en moins spectaculaire en allant vers l’Est, moins de falaises, moins de montagnes, de plus en plus de villages et même une centrale nucléaire. Il faut dire que malgré ses 8000 habitants, Thurso, notre ville d’arrivée est LA ville du coin. Nous l’avons atteinte avec 122km au compteur.

Thurso

En face de la ville on distinguait bien les falaises des Orcades et celles de Dunnet Head, le cap le plus au nord de Grande Bretagne.

Dunnet Head

Thurso est une ville sans intérêt. L’hostel que nous y avons trouvé était correct mais bien en dessous de ceux où nous avons logé auparavant. Nous y avons rencontré d’autres cyclistes. Un couple en tandem achevait comme moi son voyage ici. Leur voyage était un classique LEJOG (Land’s End to John O’Groats), les 2 caps les plus éloignés de l’île. D’ailleurs c’est tellement une classique qu’à plusieurs reprises les gens pensaient que nous étions partis de Land’s End quand nous leur annoncions notre destination. Mais notre destination n’était pas John O’Groats, que j’ai parfois utilisé parce que plus connu de mes interlocuteurs, mais Thurso. Parce qu’à Thurso il y a une gare, le terminus de la Far North Line.

Alors que nous cherchions des yaourts dans une mini supérette qui n’en vendait pas, nous avons finalement mangé une glace, en remarquant avec ironie que bien qu’à l’extrême nord de la Grande Bretagne et relativement chaudement habillés, c’était notre première et unique glace du voyage. Il fallait au moins ça pour fêter la fin du voyage.

Le lendemain j’ai laissé Audrey dormir avant qu’elle ne prenne le ferry pour les Orcades et continue son voyage. Je suis juste allé à la gare prendre le tortillard qui met près de 4h pour rallier Inverness, à peine à 200km de là. La ligne traverse d’immenses tourbières avec des sommets enneigés dans le lointain. Une voyageuse se plaignait que justement cette neige n’aurait pas dû être là à cette époque de l’année. Quand la ligne passait en bord de mer on voyait des plate-formes pétrolières, parfois étonnamment proches.

À midi j’ai commencé à sillonner Inverness. Tout à coup je me suis retrouvé au milieu des touristes, ça faisait bizarre.

Canoe sur la rivière Ness

La rivière Ness tient une place centrale dans la ville, d’ailleurs ça se voit sur les photos du château et de la cathédrale.

Château d'Inverness

Cathédrale d'Inverness

J’ai particulièrement apprécié les Ness Islands qui forment un parc aux allures assez sauvages en pleine ville. Dommage qu’il y ai eu de la grêle (ça faisait longtemps).

Les Ness Islands

Comme j’avais le temps, toute l’après-midi, je suis même allé jusqu’au Loch Ness, à une quinzaine de kilomètres. Juste pour dire que j’y suis allé. Le lac est tellement long qu’on n’en voit pas l’autre extrémité.

Le loch Ness

Côté mer, j’ai poussé mes explorations jusqu’à l’extrémité du Caledonian Canal, que nous avions longé du côté de Fort William. Je l’avais repéré quand le train l’a traversé le matin même sur un pont tournant.

Traversée ferroviaire du Caledonian Canal

Sur la rivière, les 2 plus beaux ponts d’Inverness sont 2 passerelles piétonnes suspendues de la fin du XIXeme siècle. J’ai eu le temps de les traverser un certain nombre de fois en attendant mon rendez-vous avec le chauffeur qui allait transporter mon vélo jusqu’à Londres.

Passerelle d'Inverness

Parce que quand il n’y a pas assez de place dans le train de nuit pour transporter le vélo, un utilitaire le transporte par la route en parallèle. Et c’est gratuit. C’était le cas pour 4 vélos ce soir là. Le train de nuit Caledonian Sleeper était vraiment très confortable avec seulement 2 couchettes par compartiment et un personnel aux petits soins.

Le lendemain matin à London Euston, le livreur attendait pour me remettre le vélo en main propre sur le parvis de la gare.

Il était environ 9h du matin et il faisait un temps chaud et ensoleillé sur la capitale. J’ai été ravi de pouvoir la sillonner à vélo à cette heure-là, alors qu’il n’y avait quasiment pas de trafic. Je suis repassé dans tout un tas de lieux connus grâce à ma récente visite en 2012.

Holborn

Old Bailey

St-Paul cathedral et Millenium Bridge

La Tamise, le tower bridge et the Shard

Comme mon compagnon de train m’a dit qu’il y avait un rassemblement de « tall ships » à Greenwich, j’y suis allé. J’ai trouvé qu’il était vraiment facile de se diriger à vélo dans Londres. Pourtant je n’avais pas de carte et c’était la première fois que je venais à vélo, avec des perceptions totalement différents d’à pied et en métro.

Canary Wharf

Finalement, à Greenwich, pas un tall ship en vue. Mon compagnon de train se sera visiblement trompé (apparemment ce sera fin août). Mais je suis quand même content d’être allé jusque là.

Greenwich

Je commençais à avoir faim car je n’avais pas pris de petit déjeuner. Mais j’avais une adresse en tête un peu au nord de la City. J’y suis donc retourné aussi vite que j’en était venu. Cette fois au lieu de traverser au Millenium bridge, je suis passé sur le Tower Bridge et le long de la tour de Londres. Je ne me suis pas rendu compte en prenant la photo que the Shard était pile dans l’axe.

Tour de Londres et the Shard

City

J’ai pris mon petit déjeuner chez Look Mum No Hands, un célèbre café-atelier de réparation de vélo. C’est branché, très très à la mode, il y a de l’espace, du monde qui passe les mains pleines de cambouis et la déco est amusante. La nourriture est bonne mais chère, en tout cas par rapport à ce que nous avions connus ailleurs en Angleterre, donc après tout ce n’étaient peut-être que les prix londoniens.

Après, je suis allé dans le quartier de Covent Garden pour faire un tour dans ma librairie de voyage préférée : Stanfords, sans égale à Paris. J’en suis ressorti avec 2 bouquins, dont l’un d’une fille qui a fait le tour de Grande Bretagne à vélo en longeant au plus près la côte, le genre de projet farfelu qui me parle, d’autant plus que je commence à être un peu plus familier de la géographie britannique. Il y a une galerie photo qui va avec.

Covent Garden

J’ai été déposer mon vélo 3h avant mon Eurostar, pour être sûr qu’il arrive en même temps que moi à Paris. Ça coûte cher, £25, presque aussi cher que ma propre place dans le train. Et en plus, il ne faut rien laisser sur le vélo, donc je me suis retrouvé avec mes 4 sacoches et ma tente sous le bras. Je ne suis pas allé bien loin et je suis resté à bouquiner dans les environs de St-Pancras et du Russels Square.

Hotel Russels

Arrivé à Paris, j’ai mis du temps avant de pouvoir récupérer mon vélo, au bout d’un quai de service crasseux et plein de nids de poule de la gare du Nord. Je l’ai vu arriver valdinguant pendu seul à un râtelier tandis qu’on le tirait à vive allure sur le quai en maugréant que « y’en a marre des vélos, on en a trop eu ce weekend ! ». Pour le prix du service… heureusement que côté anglais ils étaient un minimum affables.

J’ai retrouvé les rues de Paris complètement embouteillées (comme quoi la zone de congestion charge à Londres, ça a l’air de marcher).


Voila, comme c’est la fin de cette série d’article sur ce voyage en Grande Bretagne, il est temps de mettre une carte :

Parcours Grande Bretagne à vélo 2015

Et quelques chiffres :

  • distance moyenne : 96km/jour.
  • plus longue étape : 134km entre Shiel Bridge et Gairloch.
  • étape la plus courte : 30km entre Porthmadog et le Snowdon.
  • meilleure moyenne : 19.4km/h entre Pen Y Pass et Chester
  • plus faible moyenne : 13.55km/h entre Castle Douglas et Glentrool
  • 17 nuits de camping
  • 5 en auberges de jeunesse ou hostels
  • 6 en couchsurfing et warmshowers
  • 1 dans le train
  • 12 en Angleterre
  • 11 en Écosse
  • 4 au Pays de Galles
  • une en France
  • total des dépenses : 1315€
  • 14 cartes postales rédigées
  • 236 photos en ligne (à peu près le quart du total)

Fort William – Durness

Cet article est le 5ème et avant-dernier qui relate un voyage à vélo à travers toute la Grande Bretagne. Si vous avez raté le début c’était >>ici<<.


Dès la sortie de la vallée de Glen Nevis, dans les faubourgs de Fort William, nous sommes tombés sur les ruines du château d’Inverlochy. Ruines dont la reine Victoria aurait déclarée qu’elles n’étaient pas impressionnantes, blasée quoi.

Inverlochy Castle

Après avoir longé le fond de la baie de Fort William, nous avons rejoint le point de départ du Caledonian canal. Ce canal va de loch en loch de Fort William jusqu’à Inverness en suivant le Great Glen, cette grande vallée rectiligne qui sépare les Highlands à l’Ouest des Monts Grampians à l’Est. Longer le canal aurait été un itinéraire bien plus facile pour aller jusqu’au nord de l’Écosse, mais comme il nous restait suffisamment de jours, nous avons préféré passer par la côte et ne longer le canal que sur une trentaine de kilomètres.

Caledonian Canal à Corpach

Caledonian canal

Juste après l’avoir quitté, nous sommes tombés sur une étrange borne en bord de route, surmontée de 7 têtes tenues par les cheveux. Le piédestal est gravé même en français pour expliquer qu’il s’agit des têtes de 7 meurtriers présumés d’une affaire de 1663, histoire de faire peur à d’autres malfrats.

Well of the Seven Heads

Au village d’Invergarry, ayant quitté le Great Glen, nous avons commencé à grimper pour franchir un nouveau col anonyme. Les douches étaient assez fréquentes. Mais la vue sur les lochs, notamment le loch Loyne était superbe quand le vent et la pluie laissaient le loisir d’en profiter.

Loch Loyne

Pendant les 55km de l’après-midi nous n’avons pas croisé un village. Le seul marqué sur la carte était en fait une auberge avec une station essence. Redescendus au niveau de la mer à Shiel Bridge, le petit camping faisait aussi office de seul commerce et station essence. C’est là que nous avons fait étape après 101km. Les nuages menaçants et le vent n’ont pas rendu facile la cuisine du soir.

Le lendemain, le temps était toujours assez nuageux au départ. Nous avons commencé par longer le genre de fjord qui mène à Kyle of Lochalsh, là où se trouve le pont vers l’île de Skye. Nous nous sommes arrêtés pour faire des courses dans le petit village de Dornie, proche du château d’Eilean Donan.

Eilean Donan

Dornie

Puis nous avons quitté la route de l’île de Skye pour entamer la route côtière du Ross Occidental (Wester Ross). Presque d’un seul coup, tout est devenu plus spectaculaire, les lochs et les sommets. Nous avons aussi croisé quelques autres cyclotouristes. Ce qui était extrêmement rare jusque là est juste devenu rare. Les routes sont aussi devenues plus officiellement étroites avec l’apparition de « passing places ».

Passing place

Il n’y en a pas partout, l’Europe aide pas mal au financement de routes plus larges pour faire venir plus de touristes, c’est un peu dommage en fait que cette portion des Highlands devienne plus accessible.

Après Lochcarron, au sommet d’un petit col, sont apparus les hauteurs de la péninsule d’Applecross. Les montagnes avaient des formes de plus en plus grandioses à mesure que l’on avançait. Nous aurions pu nous y enfoncer d’avantage moyennant 40km de plus et le franchissement du fameux Bealach na Ba, la passe des troupeaux à 626m d’altitude. Mais comme l’étape était déjà longue, nous n’avons pas pénétré la péninsule plus avant et avons coupé vers Shieldaig.

Péninsule d'Applecross

Juste avant le village, nous sommes passés brutalement d’un paysage de tourbières et de montagnes aux roches dénudées à une forêts luxuriante de fougères et de pins.

Sur la route de Shieldaig

Forêt de Shieldaig

Nous avons pique-niqué au minuscule village de Shieldaig.

Shieldaig

Un peu plus loin, nous avons remonté la plus belle vallée du voyage, le Glen Torridon. Le temps nuageux accentuait le côté dramatique des paysages, laissant parfois imaginer de hautes montagnes alors qu’en fait elles ne montaient pas beaucoup plus haut.

Torridon

Les cerfs étaient faciles à observer dans cette vallée. C’est là que j’ai compris le rôle des barrières et cattle grids que nous franchissions malgré le faible nombre de moutons à l’écart des villages : elles protègent les timides tentatives de reboisement de l’appétit des cerfs. Ceux-ci sont en effet très nombreux dans les Highlands.

Cerf rouge dans le Glen Torridon

La vallée était spectaculaire par ses paysages de montagne, sa faune et aussi sa route au fond du U creusé par l’érosion glaciaire, à la pente montante imperceptible avec le vent qui nous poussait. Autant dire que ça avançait tout seul.

Glen Torridon

Glen Torridon

Glen Torridon

Glen Torridon

Au bout de la vallée, nous nous sommes mis à redescendre sans même nous être aperçus que nous avions monté. À Kinlochewe il nous restait encore 19 miles à parcourir alors que nous atteignions les 100km au compteur. Mais la route était tellement belle que nous étions encore motivés à poursuivre. Les kilomètres restants n’étaient pas ceux offrant le plus de relief puisque essentiellement le long du Loch Maree, un très beau loch dominé par le Ben Slioch, un bel Inselberg.

Loch Maree et Ben Slioch

Un des affluents du loch forme les chutes Victoria, un peu moins spectaculaires que leurs homonymes africaines.

Chutes Victoria

Nous avons fait étape au village de Gairloch, après 134km et 8h38 de pédalage, notre plus longue étape. La côte à cette endroit est un peu moins grandiose, mais jolie quand même avec des airs de Bretagne.

Gairloch

Le jour suivant, les petites côtes se sont enchaînées toute la matinée dans ce paysage de landes et de tourbières.

Côte près de Gruinard Bay

Puis, en repartant vers l’intérieur des terres vers le Little Loch Broom, les montagnes se sont à nouveau élevées, toujours des monts assez isolés mais spectaculaires car très sombres, presques noirs, avec des plaques de neiges et la cime perdue dans les nuages. C’était notamment le cas du An Teallach.

Little Loch Broom

An Teallach

Après un pique-nique en forêt, ayant eu au moins l’avantage d’être à l’abri du vent, nous avons passé une longue montée et un magnifique col avec des vues là encore sur des montagnes désolées.

Ligne droite vers les montagnes

Petit loch et forêt

Après cette route de rêve nous avons fini par rejoindre le loch Broom, où l’empreinte de l’homme était plus visible.

Loch Broom

Juste avant de rejoindre la grande route d’Ullapool, nous avons marché un peu pour aller voir les spectaculaires chutes de Measach, qui tombent de 40m dans des gorges d’une étroitesse incroyable.

Falls of Measach

Les quelques kilomètres avant Ullapool étaient moins plaisants. Nous avions retrouvé le trafic des camions, bus, camping-cars et motards. Ullapool est un des principaux ports en direction des Hébrides Extérieures. On y a donc vu sans surprise un ferry de la Calmac, la même compagnie qui nous a transporté vers et de l’île d’Arran.

Ullapool

Le camping d’Ullapool était le plus venteux du voyage. Ce fût une belle galère pour chauffer l’eau au petit déjeuner. Le soir par contre nous sommes allés au restaurant. Il y avait énormément de monde et on nous annonçait 40min d’attente pour avoir une table. Décidément Ullapool est un haut-lieu touristique.

Port d'Ullapool

L’étape était beaucoup moins longue que la veille, seulement 94km, mais quand même pas une étape de repos. La seule chose facile dans cette portion du voyage, c’était la navigation. Il n’y avait guère que 3 carrefours maximum dans la journée. La carte était à peu près inutile.

Le jour d’après, la météo était toujours la même, des nuages, des éclaircies et des douches. Ces quelques derniers jours je n’ai pas beaucoup quitté le pantalon de pluie. La température ne dépassait guère 12°C au plus chaud de la journée.

Ullapool

Sur la route d’Elphin, sommes passés aux portes de belles réserves naturelles.

Route vers Elphin

Les carrefours étaient fort rares. Le premier était Ledmore Junction à 18 miles (29km) du départ.

Ledmore Junction

Notre destination était Durness, 49 miles (79km).

Ledmore Junction

La route était ponctuée de petites aires avec des explications sur la géologie des lieux. Cette région se vante d’être le berceau de la géologie. Nous avons surtout vu dans ces endroits les incontournables et peu farouches cerfs. Nous en voyions presque plus que des moutons. Ce qui est étonnant c’est qu’à Durness, une voyageuse nous disait n’en avoir jamais vu, ou alors de très loin. Peut-être un des avantages de voyager lentement à vélo est qu’on a plus le temps d’observer ce qui nous entoure. (En tout cas on a vu beaucoup plus de cerfs que dans le Châtillonnais !)

Cerfs à Inchnadamph

À peine plus loin nous avons passé les ruines du château d’Ardvreck, avant de monter un col anonyme de plus.

Ardvreck Castle

Dans la descente nous avons croisé un groupe de cycliste un peu étalé avec force voitures suiveuses. J’avais eu le temps de discuter avec un autre cycliste qui les filmait au col et il m’a dit que c’était un événement « for charity ». C’est une question qu’on m’a posé parfois : est-ce que votre voyage est « for charity » ? Et bien non, nous n’avions pas besoin de nous cacher derrière une bonne cause pour entreprendre ça.

Route vers Kylesku

En bas, le pont de Kylesku surprend par son allure moderne sur une route qui a aussi peu d’importance.

Pont de Kylesku

Loch a Chairn Bhain

Après une série de montagnes russes, il s’est progressivement mis à pleuvoir et nous nous sommes arrêtés pour prendre un café à Scourie. Nous sommes repartis alors que la pluie avait l’air bien installée et en effet il a plu tout le long des 40 kilomètres restants. Dommage car la route était particulièrement belle aux alentours du Cap Wrath, le point le plus au nord-ouest de Grande Bretagne.

Pour mieux sécher, nous nous sommes arrêtés dans un très joli hostel en bois dans le centre du village de Durness. Nous y étions, nous avions atteint la côte nord et il ne nous restait plus qu’à la longer sur une centaine de kilomètres vers l’Est pour arriver à destination.

Suite et fin >>là<<

Galloway – Ben Nevis

Si vous avez raté le début du voyage c’est >>ici<<.


19ème jour de voyage, 16ème étape, c’était notre premier réveil en Écosse. Nous avons continué toute la journée le long de l’itinéraire cyclable n°7. D’abord sur une petite route de campagne qui nous a fait regagner la côte. Les faisans que nous apercevions déjà régulièrement depuis notre arrivée en Angleterre étaient plus faciles à photographier ce matin là.

Faisan sur la route de Kirkcudbright

À Kirkcudbright nous avons complété nos provisions avant d’entamer une portion de côte qui avait des allures bretonnes.

Château de Kirkcudbright

Marée basse à Kirkcudbright

Quelques averses nous ont atteint mais jamais plus de quelques minutes, laissant derrière elles à chaque fois une belle lumière.

Cimetière de Girthon

Gatehouse of Fleet est le dernier village que nous avons traversé ce jour là.

Gatehouse of Fleet

Après ce village, nous avons attaqué les collines du Galloway. Les nuages plus gros sur les sommets ne nous ont pas épargnés quelques copieuses douches mais globalement le soleil l’a emporté. Pour pique-niquer nous avons trouvé un super spot près d’un ancien viaduc ferroviaire.

Viaduc dans la forêt de Galloway

L’après-midi il ne restait guère plus de 40km à parcourir. Mais ces 40km étaient essentiellement sur chemin et donc il nous a fallu plus longtemps que d’habitude pour les parcourir. Les panneaux indicateurs nous mettaient clairement en garde.

Panneau off-road sur le NCN 7

Nous étions particulièrement lents dans les montées sur chemin, mais le paysage en valait la peine. C’est juste dommage que cette forêt nationale de Galloway, que je pensais être une réserve naturelle donne l’impression d’être exploitée à outrance  à cause des nombreuses coupes à blanc que nous avons pu observer. Mais bon, avec ou sans exploitation les sommets resteront dénudés.

Nous avons aussi passé quelques lochs.

Loch Grannoch

Le réseau cyclable est régulièrement marqué de bornes sculptées, toutes différentes, ici au bord du lac de Clatteringshaws. La sacoche arrière du vélo porte les traces de boue des chenilles d’un engin de débardage que nous avons du contourner par un fossé humide. Tout donnait l’impression d’être humide et il semblait impossible de sortir des routes et chemins sans s’enfoncer dans une tourbière.

Loch Clatteringshaws

D’habitude, nous tombions régulièrement sur des bancs avec une petite plaque commémorant un être cher. Cet après-midi là nous n’en avons trouvé qu’un seul et presque dans l’endroit le plus reculé de l’itinéraire. Mais c’était aussi l’endroit le plus beau de l’itinéraire.

Craiglee et Craignaw

Nous avons fait étape à Glentrool, au bout de 98km à notre plus faible moyenne du voyage : 13,55km/h. Le camping disposait d’un bothy bien pratique pour échapper au vent et aux averses pendant la soirée.

Le lendemain, le ciel était presque uniformément gris. Ce n’était pas de très bonne augure pour les 2 cols de la matinée. Mais heureusement ils n’étaient pas assez élevés pour qu’on y soit dans le brouillard ou la bruine. Comme la plupart des cols que nous avons passé, nous n’avons pas su leur nom ou leur altitude, il n’y a jamais de panneau pour ça.

Col dans le Galloway

Après le deuxième col, nous sommes partis pour quasiment 15km de descente. Jusqu’à Maybole où nous avons rejoins des routes plus larges à mesure que nous approchions de la côte.

Borne entre Maybole et Newton Stewart

À Alloway, nous avons déambulé dans les jardins du mémorial à Robert Burns. Son nom ne nous disait rien mais ce poète du XVIIIeme siècle est très connu, un véritable héros national pour les écossais.

Burns Memorial

Nous avons ensuite longé la côte, alternant entre petites villes balnéaires, terrains de golfs et même l’aéroport low-cost de Glasgow. Le passage des collines isolées à la plaine densément peuplée a été rapide, un peu comme à la sortie du Snowdon.

Le temps a aussi radicalement changé et nous avons eu un beau soleil tout l’après-midi. Les plages sont quand même restées désertes.

Troon

On distinguait nettement, de l’autre côté du Firth of Clyde, l’île d’Arran, notre destination de la journée.

l'île d'Arran derrière un golf

Pour l’atteindre, il nous a fallu d’abord emprunter tous les détours de l’itinéraire cyclable, tantôt pour nous éviter les grands axes et tantôt pour nous faire passer dans des réserves naturelles ou bien des centres-villes historiques, jusqu’au port d’Ardrossan. Puis nous avons pris le ferry pour une traversée d’environ 1h.

Centre d'Irvine

Ardrossan

À Brodick, sur l’île d’Arran, nous nous sommes rendus compte que les 15km escomptés sont en fait devenus 14 miles, soit 22km, et il est presque 18h quand le ferry nous fait débarquer. Les nuages se sont accrochés sur les reliefs mais la route reste d’abord le long de la côte à plat.

Port de Corrie

Corrie

Mais comme Arran a la réputation d’être une Écosse en mignature, ça s’est terminé par le passage d’un col au milieu de tourbières, avec un fort vent, avant de redescendre sur une baie gardée par les ruines d’un château.

Montagnes d'Arran

Château de Lochranza

Ce soir là nous avons dormi en auberge de jeunesse, notre premier logement en dur depuis Liverpool. Nous avons roulé 121km.

Il a fallu se lever à l’aube pour attraper le ferry mais nous sommes arrivés bien trop en avance pour le minuscule bateau comparé à celui d’Ardrossan. Nous pensions prendre un café dans le ferry et il n’y avait qu’une piteuse salle pour s’abriter du vent et pas l’ombre d’une machine à café.

Ferry de Lochranza à Claonaig

Pas mieux au port d’arrivée de Claonaig : une jetée et rien derrière.

Claonaig

Il nous a fallu passer un col pour couper la péninsule de Kintyre avant de pouvoir nous installer avec une tasse entre les mains à Tarbert.

Port de Tarbert

Pour rallier notre étape d’Oban, nous avions le choix entre une centaine de kilomètres par la route principale, ou bien le bucolique itinéraire cyclable et ses 150km. Sans trop d’hésitation nous n’avons pas joué les touristes. La route principale n’était en outre pas trop fréquentée puisque ne desservant guère plus que la péninsule.

La pluie est arrivée alors que nous voulions pique-niquer à Kilmartin. Nous avons continué un peu mais comme ça ne faisait pas mine de se calmer nous avons trouvé une grange où nous abriter au village suivant. Mais après manger il a fallu quand même continuer.

Pierres levées à Kilmartin

Nous sommes arrivés dégoulinants à Oban, après 30 miles de ce régime (48km) sur les 108km de l’étape. C’était un Machynlleth 2, le retour. Pas de couchsurfeurs pour nous héberger ce soir et l’auberge de jeunesse était complète, mais heureusement nous sommes tombés sur un super hostel. La femme de l’accueil a étalé nos affaires sur tous les radiateurs et dans toutes les pièces pour être sûr que nous repartions secs le lendemain. Elle a également essayé de nous aider, mais sans succès, à trouver un logement en dur pour le lendemain à Fort-William. Les prévisions météo n’étaient vraiment pas brillantes.

Le lendemain matin finalement, la pluie s’est arrêtée un peu avant que nous quittions l’hostel. Nous avons fait un petit tour sur le port d’Oban, dominé par un énorme mémorial. La ville est très touristique, nous avions déjà pu nous en rendre compte la veille avec tous les cars de tourisme et l’auberge de jeunesse complète.

Oban

Oban

Oban

Mais ce matin là, même les locaux jouaient les touristes, parce qu’un peu plus loin dans la baie mouillait le Queen Mary 2, et le passage d’un bateau de croisière aussi prestigieux est en fait assez rare.

Queen Mary 2 à Oban

Le soleil faisait une percée sur l’île de Mull en face. Il n’en fallait pas plus pour envisager la journée sous un bon angle.

Soleil sur l'île de Mull

Alors que nous nous attendions à suivre une grande route, l’itinéraire cyclable 78 nous a quand même réservé une très grande majorité de voies en site propre. Et pour la première fois nous avons pu voir des cerfs de près et vraiment peu farouches sur les quais de la gare désaffectée de Portnacroish.

Cerfs à Portnacroish

C’était juste avant de déboucher sur le fameux Castle Stalker, immortalisé comme Castle of Aughhh dans Monty Python Sacré Graal.

Castle Stalker

La piste cyclable était de mieux en mieux aménagée, parfois surplombant la mer, parfois la longeant.

Route NCN 78

Vue sur la mer à Kentallen

NCN route 78 vers Glencoe

Nous commencions à apercevoir des petites plaques de neige sur les montagnes depuis le matin mais c’est du côté de Glencoe, au dessus du pont de Ballachulish que nous avons pu apercevoir un premier sommet plus enneigé.

Pont de Ballachulish

Là, les routes venant du sud convergeant, nous nous sommes retrouvés sur une A-road à fort trafic. Et l’itinéraire cyclable n’était pas terminé, il manquait 15km avant Fort William. Heureusement s’est passé assez vite car il y avait peu de relief et un vent dans le bon sens, mais les grumiers et la foule de touristes nous doublant sur une route sans visibilité n’étaient quand même pas rassurants, c’était probablement le pire tronçon de route du voyage sur ce plan-là.

Nous avons atteint Fort William relativement tôt. Elle nous a donné l’impression d’un petit Chamonix au bord de la mer. Tout le monde déambulait en vêtements techniques au milieu des magasins de souvenirs et surtout d’équipement de sport. Faute d’avoir pu réserver une chambre depuis Oban, nous sommes allés au camping de Glen Nevis, sans regrets car il faisait alors un temps radieux, contrairement à ce qu’annonçait la météo la veille. La journée nous a paru plutôt courte malgré 96km au compteur.

N’ayant pas trouvé de nourriture le long de la route et n’ayant pas fait les courses à Oban le matin avant de partir, nous avions à peine grignoté dans la journée et du coup nous sommes allés manger dans un pub assez tôt en début de soirée.

Fort William

Le lendemain, le ciel était complètement bleu au réveil. Nous avons laissé nos affaires au camping pour grimper au sommet du Ben Nevis. C’est le plus haut des 3 sommets du voyage mais la randonnée n’est pas plus longue puisque la montée est très directe. Le chemin est bien empierré pour inciter les gens à rester dessus et ne pas couper les virages ou marcher hors-sentier. Vu la fréquentation du site ça pourrait avoir de grave conséquences.

Chemin du Ben Nevis

Les quelques Bens du fond de la vallée de Glen Nevis étaient bien enneigés.

Vallée du Glen Nevis

Au cours de la montée nous avons vu quelques personnes avec des piolets attachés au sac à dos. Nous pensions en effet trouver des névés mais pas qu’un tel matériel pouvait être nécessaire.

Le ciel s’est couvert assez vite pendant la montée, devenant presque uniformément gris.

Vue en direction de Fort William

Vue du côté Glen Nevis

300m sous le sommet, vers 1050m d’altitude, le chemin bien tracé dans le pierrier s’est perdu sous la neige. Et ce n’était pas qu’un petit névé car nous avons marché dans la neige jusqu’au sommet. En plus des quelques personnes avec des piolets, nous avons aussi croisé quelqu’un qui descendait avec des crampons… et d’autres habillés en Gandalf ou Dumbledore, je ne sais pas quel était l’accoutrement le plus approprié pour une telle ascension du coup.

Montée au Ben Nevis dans la neige

Les nuages étaient juste assez bas pour que le sommet soit dedans. S’il n’y avait pas eu tant de monde ça aurait pu être dangereux dans le brouillard. S’écarter du sentier peut mener à une belle corniche surplombant 600m de falaise.

Corniche de neige au Ben Nevis

Nous ne nous sommes pas attardés au sommet, il faut dire que la vue était plus belle 200m plus bas. Mais voila, un des objectifs du voyage était atteint, gravir les « 3 pics », le Snowdon, le Scafell Pike et le Ben Nevis, ce dernier étant le plus haut d’entre-eux à 1343m.

Sommet du Ben Nevis

J’ai laissé le sac à dos à Audrey après le pic-nique pour nous laisser chacun descendre à notre rythme et j’ai rejoint le camping avec beaucoup d’avance, le temps de prendre une douche faire une lessive et acheter de quoi prendre l’apéritif. Mais peu après le retour d’Audrey, il s’est mis à pleuvoir. C’est sans hésitation que nous sommes retournés dans le même pub que la veille, manger des trucs gras et pas cher arrosés d’une pinte de bière.

Malgré cette pluie du soir, nous n’étions pas aussi pessimistes qu’à Oban pour la suite. Et puis ce qu’il nous restait c’était la dernière ligne droite, plus de sommets à gravir, plus que les Highlands à traverser en 5 jours.

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