Expédition à la Brasserie St Rieul

Dans le monde de la randonnée cycliste, il existe quelques défis qui incitent à sortir le vélo pendant les 12 mois de l’année. Celui dont j’ai le plus entendu parler s’appelle en français le Dodécaudax, en anglais RRTY (Randonneur Round The Year) et consiste à effectuer une sortie d’au moins 200km par mois pendant 12 mois consécutifs.

Faire une sortie de 200km n’est pas un exploit en soi. Même si je ne l’ai jamais fait et que mon maximum en une journée se situe à peine au dessus de 170km (sur Paris-Laon en 2011 et une étape de Paris-Albi en 2013). La difficulté se situe dans la répétition et dans les mois d’hiver durant lesquels un départ et une arrivée de nuit s’imposent et où les routes et la météo ne sont pas idéales.

Un site américain a lancé ce mois de janvier une variante qui propose de réaliser une sortie à vélo par mois incluant une nuit, de préférence sous la tente, sous le nom de Bike Tour a Month. Il n’y a cette fois pas de kilométrage minimum.

Tous ces défis m’ont un peu titillé et j’y vais donc de ma propre variante, car je n’ai ni envie de faire des journées interminables de 200km, ni envie de me cailler sous la tente un mois de janvier (qui plus est déjà bien entamé). Mon idée vient en partie d’un groupe facebook « pils bike tourism » qui organise des sorties à vélo vers des brasseries du bassin parisien et sur le fait que je suis déjà allé moi-même chercher des bières à Westvleteren en Belgique et à la brasserie des 3 Loups (120km de Paris, 2 fois déjà) et que ce sont des balades qui m’ont bien plu. De plus, l’objectif d’atteindre une brasserie ajoute un côté convivial à l’affaire et masque un peu le côté défi sportif seul.

Je lance donc un dodéc’houblax. De dodéca = 12 et houblax une déformation de houblon pour que ça rime avec dodécaudax. Ça consiste à aller visiter une brasserie à vélo tous les mois de l’année, sans kilométrage minimum mais j’éviterai quand même les brasseries de Paris et Montreuil, c’est un peu trop facile.

Pour le mois de janvier c’était hier direction la ferme brasserie Saint Rieul à Trumilly dans l’Oise, à un peu plus de 80km de chez-moi. J’ai retrouvé Paul et Xavier au point de rendez-vous habituel de la rotonde de la Villette. La pluie mêlée de neige fondue s’est arrêtée un peu avant l’heure de rendez-vous. Nous avons commencé par longer le canal de l’Ourcq. Les passerelles et les zones à l’ombre étaient couvertes d’une fine couche de neige. La région était en alerte orange pluie verglaçante jusqu’à la mi-journée.

Neige le long du canal de l'Ourcq

Ensuite nous avons suivi les petites routes vers le nord en passant par les ruines du château de Nantouillet. Puis en franchissant les collines de la Goële. C’est à peu de chose près la route que j’ai suivi cet été lors de ma première étape en direction de Copenhague.

Château de Nantouillet

À la sortie de St-Soupplets, nous nous sommes retrouvés face à un vent glacial et soutenu qui ne nous a lâché que dans les rares zones un peu abritées. À Nanteuil-le-Haudouin nous étions bien content d’avaler un énorme couscous bien chaud avec un thé à la menthe que nous a gracieusement offert le restaurateur.

Ensuite, sur des routes de plus en plus minuscules où les voitures se sont faites rares, nous avons poussé jusqu’à la brasserie à Trumilly, toujours avec ce vent de face implacable.

La grande ferme de Droizelles

La brasserie est dans un ancien corps de ferme picarde. Comme nous étions les seuls visiteurs au début, Thomas nous a fait une petite visite personnalisée et a répondu à nos questions pendant la dégustation. L’atmosphère du hangar était glaciale (encore plus que l’extérieur) et les bières, bien que très bonnes, auraient gagnées à être servies à quelques degrés de plus. Mais à part ça, tout était parfait dans cette brasserie. La bière d’hiver, la grand cru et la Sylvanecte ont eu un beau succès et nous sommes repartis les sacoches bien remplies de ces bouteilles à la forme rebondie et siglées de la grenouille de Saint Rieul.

Brasserie St Rieul

Pour le retour, nous avons rejoint la gare de Crépy-en-Valois et pris un TER. Les quelques kilomètres jusqu’à la gare nous avons eu le vent dans le dos, ça change tout.

Voila le parcours, avec le retour depuis la gare du nord, ça fait presque 100km au compteur.

Le butin

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Haut Jura & Genève

La neige s’est fait attendre jusqu’à la dernière minute, mais le jour de mon arrivée aux Rousses c’est le déluge. Les infos ne parleront que de ça pendant des jours, des bouchons dans les Alpes à cause de l’arrivée soudaine de la neige. Dans le Jura, rien de tel. La petite station des Rousses, bien qu’elle soit probablement la plus grande du massif pour le ski nordique semble à l’écart de cette agitation.

Finalement c’est une petite trentaine de centimètres de poudreuse qui nous permet de skier pendant une semaine. Bien moins gourmand en neige que le ski alpin, c’est suffisant pour le ski de fond. Les températures oscillent de proche de 0°C  jusqu’à -12°C. Ce froid assez vif la nuit permet à la neige de se maintenir et fait briller des cristaux à la surface du manteau neigeux le matin.

Ça fait des lustres que je n’ai pas fait de ski de fond, n’en ayant guère pratiqué que dans mon enfance et mon adolescence au dessus de Morteau et aux Fourgs. Je ne connais les environs des Rousses qu’en raquettes car c’est dans les immenses forêts voisines du Risoux et du Massacre qu’on trouve les plus grandes quantité de neige de la région, notamment parce qu’elle n’est pas soufflée par le vent.

La combe du vert - Risoux

A partir du deuxième jour le ciel s’est dégagé et a permis aux températures de descendre franchement dans la nuit, aux alentours de -12°C. Ça n’a pas suffit à faire geler le lac des Rousses.

Lac des RoussesLe sol qui n’a pas eu le temps de se refroidir et les eaux encore courantes ont empêché la neige de se déposer sur les ruisseaux. Du coup le moindre d’entre eux a pris des allures de petit canyon.

Ruisseau près des RoussesSeules les pistes qui s’étirent entre Les Rousses et Bois-d’Amont et autour du village des Rousses offrent des vues dégagées. Ailleurs c’est la forêt qui domine très largement.

Les RoussesLa nationale 5 coupe le village et continue de monter encore un peu vers le col de la Faucille avant de descendre sur le plateau Suisse. Ce fût un axe important, Paris – Genève, mais aujourd’hui ni autoroute ni voie ferrée n’utilise plus cet axe.

Vue vers Prémanon - N5 au premier planIl n’y a qu’une seule piste de liaison qui part vers le sud des Rousses et relie la station aux domaines de Prémanon et Lamoura. Ce n’est pas le tronçon le plus agréable de la GTJ (Grande Traversée du Jura), étant à découvert la neige n’y reste pas de bonne qualité longtemps. Nous l’avons emprunté une fois dans chaque sens et avons privilégié les navettes pour accéder à toute la partie sud du domaine nordique.

Les parties que nous avons préféré sont dans les forêts, loin des axes routiers. Enfin plus exactement sur de petits axes routiers puisque la plupart des pistes sont damées sur des routes forestières. Le gros avantage est que les pistes ne sont pas en dévers, un calvaire avec des skis de fonds aux carres inexistantes.

Piste dans le RisouxIl y a de belles clairières en quelques endroits du massif et les abris sont assez régulièrement répartis avec à l’intérieur un poêle à bois. Aux confins du département du Doubs il y a même un petit refuge gardé où j’ai déjà passé la nuit il y a plusieurs années et où nous sommes passés boire un étrange jus de fruit chaud à l’heure du goûter.

Clairière du RisouxChalet dans le risouxPlan de la CiterneLes Rousses présente l’avantage d’être très bien desservit. Depuis la Suisse au moins. En France, à Morez, 5km plus bas il passe deux TER par jour alors qu’à La Cure, côté Suisse de la frontière, à 1km du village, un petit train électrique passe toutes les heures et permet de descendre jusqu’au lac Léman. C’est donc par ce côté que nous sommes repartis et avons passé une grosse demi-journée à Genève. Fini donc les photos de forêts enneigées et place à un peu de grisaille helvète.

Le Mont-Blanc est resté bien caché et le jet d’eau ne se détachait guère en gris sur gris. La promenade le long du lac était néanmoins très agréable pour se mettre en appétit avant d’aller déjeuner dans la vieille ville. C’est là que tous les beaux immeubles s’alignent, surmontés des sigles de marques, souvent de luxe.

Jet d'eau de GenèveGenève est très marquée par son histoire religieuse comme centre de la réforme, étant la ville de Calvin.

Cathédrale de GenèveLes ruelles de la colline du centre ville, autour de la place Bourg du Four sont assez pittoresques mais comme toutes les villes alpines que je connais, les bâtiments aux tons toujours gris, ocre au mieux, dégagent en hiver une atmosphère pas très joyeuse.

Ruelle médiévale de GenèveHotel de ville de GenèveAu pied de la colline de la vieille ville, les avenues plus larges se croisent sur la place neuve, où se regroupent théâtre, musée et conservatoire.

Grand théatre de GenèveEn face s’ouvre un parc dans lequel je suis tombé par hasard sur cette inscription façon jardin botanique.

Ratelier à bicyclettes à GenèveLes armoires électriques aussi sont « camouflées », ici en poste de radio sur la plaine de Plainpalais.

Armoire électrique à GenèveLa mer est loin mais le lac est plus fréquenté de mouettes et de cormorans que de canards et de cygnes. Celles-ci prennent la pause en face de la vieille ville et du Mont Salève.

Mouettes devant la cathédrale de GenèveLe nombre de langues qu’on entend dans les rues de Genève est impressionnant. La ville est le siège de nombreuses organisations internationales. Nous avons d’ailleurs marché jusqu’au quartier du Palais des Nations mais ça n’en valait vraiment pas la peine, les bâtiments sont des immeubles de bureaux assez quelconque, c’est un peu comme le quartier européen de Bruxelles. Du coup c’est dans le centre que nous avons passé le plus de temps en attendant le TGV du soir pour Paris.


Une petite annonce pour finir. Mes voyages pour le restant de l’hiver ne seront probablement pas beaucoup à vélo. Mais rien de tel qu’un petit festival du voyage à vélo pour se mettre des fourmis dans les jambes.

Festival du Voyage à Vélo 2015