Automne en Luberon

Les jours sont courts et frais, c’est le dernier grand week-end de l’année pour une sortie à vélo. Rien de tel qu’une destination méridionale pour rattraper un peu de chaleur, alors le Luberon semble tout indiqué.

Il pleut sur Paris à 7h du matin, mais à 11h30 à Avignon le soleil est franchement là. Nous sommes 6 déjà mais un 7ème participant doit arriver en début d’après-midi et le groupe l’attend avant de partir vers le Luberon. Je laisse mes comparses en ville pour faire une première journée en solo.

La sortie d’Avignon, bien que non fléchée, est assez facile. Je me retrouve rapidement sur la « ceinture verte » qui constitue une zone maraîchère entre la ville et la Durance. Une petite portion de route est même fermée aux voitures.

Ceinture verte d'AvignonJe roule ainsi dans la plaine agricole en restant à proximité de la voie TGV qui continue vers Marseille jusqu’à Caumont-sur-Durance. Là, j’hésite un peu plus sur l’itinéraire, surtout devant le passage inondé sous une voie rapide qu’il faut apparemment emprunter. Mais le passage du verrou de Caumont est le seul passage un peu hasardeux quand on s’éloigne d’Avignon. Ensuite c’est la même plaine agricole qui continue vers Cavaillon, je me permets même d’user de la grosse départementale et de ses accotements extra-larges, un vrai billard.

La traversée de Cavaillon est une bonne surprise car il y a des bandes cyclables presque partout. Quelques kilomètres après la sortie de la ville, je me trouve au pied du mur que je voyais déjà approcher depuis longtemps, l’extrémité Ouest du Petit Luberon. La côte de Vidauque permet de l’aborder par ce côté. Elle est, de fait, fermée aux voitures et en très mauvais état. C’est donc déconseillé aux pneus fins.

Départ de la côte de VidauqueElle commence gentiment mais devient vite très pentue et la vue s’ouvre très vite, après une première épaule, sur la combe de Vidauque. Son côté très sauvage contraste avec la plaine urbanisée et agricole très artificialisée que je quitte à peine.

Combe de Vidauque

Cavaillon s’étend entre le pied du Petit Luberon et le Mont Saint-Jacques, un rocher isolé au milieu de la plaine.

Cavaillon

En approchant de la crête, le maquis se fait de plus en plus dense mais offre encore une belle route panoramique.

Le Petit Luberon

Au nord on voit jusqu’au Mont Ventoux qui domine le plateau de Vaucluse et le village de Gordes. Il n’y a pas encore de neige au sommet.

Gordes et le Ventoux

Au sud c’est la Montagne Sainte Victoire qui barre l’horizon. Mais la silhouette de sa face nord n’est pas très reconnaissable.

Montagne Sainte Victoire

La route de crête se fond progressivement dans une forêt de cèdres et je finis par croiser quelques promeneurs à l’approche du parking qui marque la fin de cette quinzaine de kilomètres de route fermée.

Cèdres du Petit Luberon

La descente n’est pas beaucoup moins raide que la montée, du moins au début, et offre un point de vue surplombant sur le village de Bonnieux.

Bonnieux

En face de lui, presque symétrique, se trouve le village perché de Lacoste et son château fort. En deuxième et troisième plan on voit Goult et Gordes.

Lacoste, Goult et Gordes

Je franchis le col de Pointu presque sans avoir à remonter avant de descendre vers Apt. Heureusement il est encore tôt et je peux faire les courses pour tout le monde et garnir un peu le frigo du bungalow, car suite à un retard de train et une crevaison, les autres n’arriveront que relativement tard, une fois la nuit bien tombée.

Le lendemain nous partons à 6 pour faire le tour du Grand Luberon. L’organisateur est parti tôt pour chercher et guider d’autres participants à Avignon, mais à vélo cet aller-retour prend une journée complète. Le week-end commence à peine mais c’est le dernier jour de grand soleil. Nous démarrons doucement, par une température tout juste positive, le long de la voie verte du Calavon. Celle-ci s’interrompt au bout d’une dizaine de kilomètres mais pas le balisage en direction de Forcalquier qui permet d’éviter la nationale. Le village de St-Martin-de-Castillon domine un moment la vallée.

St-Martin-de-Castillon

Une petite côte nous conduit à Céreste pour faire le plein de victuailles et prendre un premier verre.

Vallée du Calavon depuis Céreste

Céreste

Juste après ce gros village, nous attaquons notre premier col. La montée est très régulière et peu raide sur une route quasiment déserte, en bref très agréable. Quelques ouvertures de la forêt laissent voir le hameau perché de Montjustin avec en toile de fond quelques sommets enneigés (peut-être au delà de Digne).

Monjustin devant quelques sommets enneigés

Les premiers vélos au col de l'Aire dei Masco

La descente est tout aussi splendide sur le versant Sud avec la montagne Sainte-Victoire en fond. Nous pique-niquons à Vitrolles-en-Luberon. Nous roulons ensuite beaucoup plus vite et rattrapons largement notre moyenne assez ridicule du matin. A peine nous autorisons nous une visite éclair de Cucuron.

Beffroi de Cucuron

Par contre, dans le très chic village de Lourmarin, avant d’attaquer la remontée vers Apt, nous nous arrêtons vraiment à la terrasse d’un café.

Château de Lourmarin

La montée commence très doucement dans une belle gorge déjà bien plongée dans l’ombre mais dont certains flancs sont bien éclairés par le soleil automnal.

Falaise de la combe de Lourmarin

Plus haut la route surplombe l’ancien prieuré de Saint Symphorien.

St-Symphorien près de Buoux

Le soir au camping, un camion à pizza passe exprès pour nous car nous sommes les derniers clients de la saison. Comme nous sommes 10 cette fois, avec les arrivants du jour, ça nous évite de faire la cuisine.

Le lendemain il fait bien gris et nous n’avons guère le temps de rouler plus d’une vingtaine de kilomètres. Nous remontons d’abord la voie verte du Calavon comme la veille avant de revenir en balcon au très beau village de Saignon. Mais des trombes d’eau s’abattent et nous contraignent à manger à l’abri au lavoir avec d’autres randonneurs. Je n’ai même pas sorti l’appareil photo ce jour-là. Le soir nous mangeons dans un bon restaurant du centre-ville d’Apt.

Le jour suivant n’était guère plus prometteur mais finalement nous avons pu rouler toute la journée sans pluie. Nous sommes d’abord partis vers le Colorado de Rustrel, d’anciennes carrières d’ocre. Le site vaut une visite approfondie tant les points de vues et couleurs sont multiples et surprenants même sous un ciel plus que mitigé.

Colorado de Rustrel

Colorado de Rustrel

La pluie de la veille a même dessiné et lissé de belles rivières de sable.

Colorado de Rustrel

Colorado de Rustrel

Colorado de Rustrel

Colorado de Rustrel

Nous déjeunons au pied du château de Rustrel avec une véritable dégustation de fromage dont notamment un Banon des plus fameux. Puis nous reprenons la route vers Saint-Saturnin-les-Apt dans un certain enthousiasme puisque la météo nous reste apparemment favorable. Le village est dominé par une falaise et un château fort.

St-Saturnin-les-Apt

Moulin à St-Saturnin

Nous goûtons quelques figues de barbarie sur le bord de la route. Ce n’est pas très bon et plein de graines. Mais ça colore bien la langue et les doigts en violet.

Figues de Barbarie

Nous grimpons ensuite dans une petite combe du plateau du Vaucluse.

Combe de Font Jouvale

Combe de Font Jouvale

Puis nous profitons d’une magnifique descente par le minuscule village de Lioux, blotti sous l’énorme falaise de la Madeleine.

Mairie de Lioux

Falaise de la Madeleine

Dernière côte de la journée, nous partons à l’assaut du village de Roussillon. Sur un autre affleurement de la veine d’ocre que nous avons vu au Colorado de Rustrel le matin même, le village n’est pas de la même couleur que les autres.

Roussillon

Nous rejoignons ensuite la voie verte du Calavon, en aval d’Apt cette fois, au niveau du Pont Julien, d’où il ne nous reste que quelques kilomètres presque à plat pour rentrer.

Le Pont Julien sur le Calavon

Le lendemain il nous faut déjà regagner Avignon. Pas moyen de se défiler cette fois, il faut parcourir les 60km sous la pluie. Pas de route de crête du Petit Luberon, nous prenons la voie « normale », par la vallée et la voie verte et en évitant la grande route. En 3h nous sommes à Avignon pour manger des pâtisseries et boire des chocolats chauds. Le TGV, relativement vide au début, fait un bon séchoir.

Pour conclure, une petite carte :

Parcours en Luberon

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Anvers

En passant à vélo au début du mois de juillet, je m’étais promis de revenir à Anvers pour visiter la ville plus en profondeur. À peine trois mois et demi après c’est donc chose faite. Mais cette fois point de vélo et ce n’est plus quatre jours qu’il faut pour rallier la ville depuis Paris mais deux petites heures pour déboucher dans le gigantesque hall d’Anvers Central.

J’avais mentionné brièvement l’énorme gare au style architectural inclassable qui me fait toujours aussi bonne impression même après en avoir vu les sous-sols.

Gare centrale d'Anvers

Gare centrale d'Anvers

Entre la gare et le centre ville s’étend le Meir, soit-disant l’avenue la plus commerçante de Belgique. Vu le nombre d’enseignes et de centres commerciaux qui la bordent sur ses quelques centaines de mètres ce n’est pas difficile à croire. Il ne faut qu’une vingtaine de minutes pour rejoindre la cathédrale à pied.

La cathédrale domine très largement tous les immeubles alentour avec ses deux tours très dissymétriques. Malheureusement la tour nord, la plus haute avec ses 123m, qui fait office de beffroi, n’est ouverte aux visites que l’été. Son carillon nous aura accompagné toutefois pendant trois jours d’airs variés à toutes heures.

Sur la Groenplaats trône une statue de Pierre-Paul Rubens.

Cathédrale d'Anvers

La Grote Markt héberge les plus belles maisons de marchands.

Maisons de marchands sur la Grote Markt

La ville étant un point de départ ou un point de passage important des pèlerinages vers St-Jacques, il n’est pas rare de voir quelques statues de personnages religieux aux angles des rues et des coquilles st-jacques parmi les pavés.

Pelgrim Straat

En continuant face à la cathédrale on rejoint les bords de l’Escaut. Un curieux pan incliné forme comme le départ d’un pont mais ne constitue que le départ d’une promenade dominant le fleuve. Il n’y a pas de pont à Anvers.

Cathédrale d'Anvers depuis l'Escaut

L'Escaut

En bord de fleuve les bâtiments témoignent de la richesse de la ville, même si les activités portuaires ont été déplacées assez loin au nord. Rien n’est visible de ces activités même si, bien que situé en Belgique, Anvers est considéré comme le premier port de marchandises de France.

Front de l'Escaut

Détail d'une façade

Autre édifice religieux important, l’église St-Charles Borromée est beaucoup plus classique que la cathédrale. Rubens a peint un grand nombre de ses plafonds lors de sa construction. Mais plus rien ne reste de ceux-ci suite à un incendie.

St-Charles Borromée

Les rues du centre-ville sont en grande partie piétonnes et autorisées aux vélos qu’on voit partout même si je les trouve un peu moins présents qu’à Gand.

Cathédrale d'Anvers la nuit

Notre deuxième jour de visite s’est trouvé être très gris et pluvieux mais par chance c’était aussi le dernier mercredi du mois et les musées étaient gratuit. Nous en avons donc enchaîné cinq dans la journée. Il faut dire qu’ils ne sont à guère plus d’un quart d’heure à pied l’un de l’autre et de taille assez modeste.

Le premier et le plus touristique est la maison Rubens. L’atelier du peintre est d’influence italienne et on y trouve assez peu de toiles du maître et beaucoup de ses contemporains (Jordaens, Van Dyck).

Maison Rubens

Nous lui avons largement préféré le musée Mayer Van den Berg, du nom d’un collectionneur de la fin du XIXeme siècle qui a amassé de nombreux objets d’arts, aussi bien peintures que sculptures ou porcelaines, de très grande qualité. Il y a notamment une salle complète de Brueghel avec le psychédélique « Margot l’enragée » .

Ensuite le musée Plantin-Moretus est une imprimerie classée à l’Unesco, c’est en effet le premier imprimeur industriel. Le bâtiment lui même est intéressant pour ses pièces tapissées de cuir doré, chose qui m’était inconnue. Les presses ont été conservées ainsi que l’atelier de fonte des caractères. Il y a beaucoup de livres d’époques, surtout des bibles dans de nombreuses langues et quelques atlas de Mercator ou Ortelius.

Le quatrième musée est celui que nous avons trouvé le plus intéressant. Situé un peu à l’écart du centre dans les anciens hangars de la Red Star Line il raconte l’histoire de cette compagnie maritime (à ne pas confondre avec la White Star Line qui affréta le Titanic) et de l’émigration vers l’Amérique du Nord au départ d’Anvers entre le milieu du XIXeme siècle et les années 30. Anvers était en effet un point de départ très important et deux millions de personnes sont partis d’ici vers les Etats-Unis et le Canada.

Red Star Line Museum

Cinquième et dernier musée, le MAS (Museum Aan de Stroom) nous a moins plu, sans doute en partie à cause de la fatigue de cette journée bien remplie et parce que le thème des expositions temporaires ne nous inspirait guère.

MAS Antwerp

Du sommet du MAS, qui compte 10 étages, on doit avoir une belle vue de la ville. Mais là, la météo ne permettait pas vraiment d’en profiter (la photo ci-dessus n’est pas prise le même jour).

Anvers depuis le MAS

Le dernier jour nous avons visité le jardin zoologique d’Anvers., un des plus vieux d’Europe puisqu’il est ouvert depuis 1843.

Entrée du Zoo d'Anvers

Les enclos ne sont pas grands et ont souvent l’air vétustes, impression sans doute accentuée par la saison. Les bâtiments, construits à différentes époques sont hétéroclites et donnent parfois à l’ensemble un aspect « exposition coloniale » comme celui des éléphants en temple égyptien.

Temple égyptien du zoo d'Anvers

Tout au long de la journée les animaux sont nourris à tour de rôle, ce qui constitue une bonne part des animations. Les manchots du Cap sont les plus en vus.

Manchots du Cap au Zoo d'Anvers

Pratique pour les visiteurs d’un jour, le zoo est littéralement collé à la gare centrale.

Gare d'Anvers vue du Zoo

Et chose qu’on ne trouve pas en France, il y a au moins un parking uniquement pour les vélos cargos. Ce qui semble la moindre des choses pour un lieu qui accueille beaucoup d’enfants.

Parking pour vélos cargos

Quelques animaux :

Bongo au Zoo d'Anvers

Lions au Zoo d'Anvers

Chouette Harfang au Zoo d'Anvers

Suricate au Zoo d'Anvers

Sur la place de la gare, en face du zoo, se trouve un quartier chinois qui ressemble à une certaine rue de Soho à Londres. Bien qu’il y ait maintenant deux quartiers chinois à Paris, aucun n’est marqué d’une telle entrée.

Quartier chinois d'Anvers

Après notre visite du zoo, nous sommes passé par le béguinage d’Anvers. Comme à Gand et dans d’autres villes de Flandre on trouve à Anvers un quartier de ce type habité par une communauté de femmes dévotes (comme les nomme la petite plaque de description à l’entrée). Un quartier très calme qui semble figé dans le temps.

Béguinage d'Anvers

Nous sommes repassés dans le quartier des docks au nord du centre-ville avant de revenir le long de l’Escaut.

Bâtiment industriel La Cloche

Une large bande au bord du fleuve est occupée par de vastes halles ou hangars qui ont l’air de servir maintenant essentiellement de parkings. Au niveau du centre se trouve la partie restante d’un château fort, le Steen (pas aussi beau que son homologue de Gand, le Gravensteen), qui protégeait le fleuve.

Le Steen et hangars le long de l'Escaut

Par curiosité nous avons traversé l’Escaut en empruntant le Sint Anna Tunnel, un passage souterrain de plus de 500m de long construit au début des années 30 et réservées exclusivement aux piétons et aux vélos. Les escalators qui descendent à 31m sous la surface ont l’air d’époque (bois et cuivre).

Sint Anna Tunnel

De la rive gauche, il y a un beau panorama sur la ville. Celle ci s’étend quasi exclusivement rive droite.

Port depuis la rive gauche de l'Escaut

Outre la cathédrale, l’immeuble de grande hauteur sur la droite est la Boerentoren (tour des paysans), un gratte-ciel art déco des années 30. Il fut le plus haut gratte-ciel d’Europe entre 1932 et 1952.

Skyline d'Anvers

Nous avons ensuite doucement regagné la gare pour reprendre un Thalys vers Paris.

Immeuble du centre-ville

Maison anversoise et tour de la cathédrale