Bornholm et la route de Berlin

Rønne, 3 août. Comme prévu, je laisse plus des trois quarts de mes affaires à l’auberge avant d’aller faire le tour de l’île. Je suis assez impatient de la découvrir parce que c’est pour moi le principal objectif de ce voyage. Certes il y a eu Copenhague et il y aura Berlin, mais Bornholm c’est l’endroit le plus exotique, le plus éloigné de chez-moi, le plus inconnu.

La capitale de l’île, Rønne, garde des airs de petit village de pêcheurs, avec des maisons basses en briques ou à colombages.

Une rue de Rønne

Rønne

Près de l’auberge, il reste une grosse tour ronde de l’ancienne citadelle qui surveillait le port.

Ancienne citadelle de Rønne

Je commence mon tour à vélo en m’éloignant de la côte pour passer vers l’église ronde de Nyker. Il y a 4 églises rondes de ce type qui sont une spécificité de l’île. J’arrive malheureusement un peu tôt pour qu’elle soit ouverte. La voie verte pour aller à Nyker est construite sur une ancienne voie ferrée. Plusieurs sont dans ce cas et aujourd’hui il n’y a plus de trains sur l’île.

Voie verte entre Rønne et Nyker

Église ronde de Nyker

Après cette brève incursion dans l’intérieur, je redescend vers la côte et emprunte l’itinéraire balisé qui fait le tour de l’île. Arrivé à Hasle, un des premiers bâtiments du village est une fumerie de poissons. Elle a l’air bien entretenue et fonctionne encore.

Fumerie de poisson de Hasle

La route continue le long de la côte dans sa plus belle portion. Un panneau avertit les cyclistes avec bagages qu’il y a des escaliers plus loin et qu’ils sont invités à faire un détour. Justement ça tombe bien je n’ai pas mon chargement aujourd’hui alors je reste sur cette belle route.

Voilier au large de Hasle

Route côtière après au nord d'Hasle

En effet je tombe sur les dits escaliers mais ils permettent de pousser le vélo à côté, rien de bien méchant. Dans cette partie au nord-ouest de Bornholm ça monte et ça descend pas mal sur de petits chemins forestiers avec de temps en temps une ancienne carrière de granit remplie d’eau. Je me dis quand même qu’à ce rythme là le tour de l’île va me prendre un bout de temps car elle fait un peu plus de 100km de circonférence.

Le passage par le nord-ouest vaut quand même le détour pour la forteresse Hammershus. Rien de moins que la plus grande forteresse médiévale de Scandinavie.

Hammershus

Ensuite, le long de la côte nord de l’île, la piste est très roulante et longe la route principale. Je fais une petite incursion dans les terres à nouveau, mais guère plus d’1km en VTT pour aller voir les chutes d’eau de Døndalen. C’est plus impressionnant l’hiver m’a-t-on dit. Ce sont les plus hautes chutes d’eau du Danemark. Ce n’est pas un pays montagneux !

Cascade de Døndalen

Le long de la côte nord je passe par le petit village de pêcheur de Gudhjem.

Moulin à Gudhjem

Mais le village de pêcheur qui est le point le plus éloigné de mon tour de la journée c’est Svaneke. La municipalité la plus orientale du Danemark. Un bout de monde à sa mesure.

Les touristes ne sont pas très nombreux. Je finis par me demander où vont tous les gens qui débarquent 5 ou 6 fois par jour par le ferry. Ils ne sont pas dans les auberges de jeunesses ni sur les sites touristiques. L’île fait sa promotion autour de ses beaux itinéraires cyclables mais il n’y a pas foule sur ceux-ci non plus (enfin selon mes critères biaisés par les traversées des Pays-Bas et de l’Allemagne, selon des critères français, il y a beaucoup de cyclistes !).

Bateau arrivant au port de Svaneke

Svaneke

Je continue un peu vers le Sud le long de la côte puis je coupe l’intérieur de l’île pour rentrer. Il y a là une piste qui est essentiellement en forêt, je me dis que ça changera de paysage. Et en effet assez vite je n’ai plus l’impression d’être sur une île. La forêt est assez surprenante car elle est traversée de failles faisant à chaque fois de petites falaises.

Falaise au centre de Bornholm

Couper par le milieu de l’île ne réduit finalement pas le nombre de kilomètres par rapport à un tour complet. Du coup je n’ai pas jeté un œil aux plages du sud. C’est peut-être là que sont tous les touristes.

Je profite de la soirée pour écrire et envoyer une première salve de cartes postales. Je voulais le faire dès Copenhague mais notre visite de la ville ne nous a pas laissé le temps d’y penser.

Le lendemain matin je dois me lever tôt pour reprendre le ferry vers Sassnitz en Allemagne. J’arrive comme souvent très en avance mais je ne suis pas le premier. Le ferry n’est pas aussi rutilant que celui qui vient de Suède. La traversée est beaucoup plus longue, environ 3h30. Au bout de 2h à peine on aperçoit les falaises blanches de l’île de Rügen, couronnées de forêts.

Falaises de Rügen

Au moins on ne les confond pas avec celles de Douvres. À l’arrivée je regarde avec un peu plus d’attention les autres navires et en repère un qui va installer des éoliennes offshore. La façon d’empiler tous ses énormes morceaux de mâts et de pales fait paraître le bateau tout petit.

Bateau chargé d'éoliennes

Une fois sur Rügen, je m’attendais à avoir de magnifiques itinéraires cyclables, parce que l’île est une destination touristique importante en Allemagne du nord, et réputée pour ces itinéraires côtiers. Mais je me contente de suivre les indications pour vélos, vers Putbus. J’y vais malgré le panneau « Stark Verkher », fort trafic. Et en effet c’est la pire route que j’ai faite des vacances. En pleine saison touristique le trafic est très dense et la route pas si large que ça.

À Putbus, dans le parc du château, quelques cerfs y semblent toutefois complètement indifférents.

Cerfs à Putbus

La traversée de l’île de Rügen est finalement assez rapide. Une fois sur la route qui va vers le bac de Glewitz, le trafic est plus calme. Les automobilistes préfèrent prendre le pont. Mais pour moi le pont serait synonyme d’un grand détour.

Ce bac est le dernier que je vais prendre du voyage (le 10ème si je compte bien). Maintenant j’ai à nouveau mes roues sur le continent.

Bac de Glewitz

La route vers Greifswald est la plus belle route pavée que j’ai pu prendre, dans le sens la plus roulante. A 30km/h ça vibre un peu mais c’est encore confortable, et avec toute cette herbe qui pousse entre les pavés j’ai vraiment l’impression d’arriver sur de la pelouse, c’est tout vert devant, mais gris dessous.

Route pavée vers Greifswald

Greifswald est une jolie petite cité hanséatique qui me rappelle un peu certaines petites villes de République Tchèque.

Greifswald

Greifswald

La ville est un port relié à la mer par un cour d’eau canalisé que je longe sur son chemin de halage. Vers son embouchure il y a un joli pont levant.

Pont levant de Wieck

Je continue un peu le long de la côte pour trouver un camping. Je tombe sur la plus grande Zeltwiese que j’ai jamais vu. Beaucoup de monde dans ce camping. A ma première tentative d’installation une voiture arrive, ce sont les propriétaires de la tente d’à côté qui me disent que c’est la place de leur voiture. Je préférais la version Münsteroise de la prairie à tente, interdite aux voitures et avec une petite charrette pour amener ses affaires, ça laisse plus de place pour camper.

Le soir il y a un très beau coucher de soleil depuis la plage. La mer semble presque fermée à cause des côtes de Rügen qui me font face au nord. C’est la dernière fois que je vois la Baltique.

Le lendemain je part perpendiculairement à la côte, plein sud. Je me retrouve à nouveau sur des petites routes qui sont en réalité des chemins sableux à quelques reprises. Mais globalement je roule efficacement jusqu’à Neubrandenburg. Le paysage est assez monotone.

À Neubrandenburg, la ville est presque entièrement reconstruite et n’a plus rien d’ancien à part, de façon surprenante, l’intégralité de ses remparts.

Intérieur des remparts de Neubrandenburg

Je pense que les personnages qui ornent cette porte devaient porter quelque chose, drapeaux ou armes, sinon ils ont une position étrange.

Une porte de Neubrandenburg

Après cette ville, le paysage change radicalement et devient beaucoup plus beau et verdoyant. Je prends une petite averse qui ne dure pas et rejoins par une petite route forestière la ville de Burg Stargard. La cité est dominée par un petit fort qui se mérite, vu les énormes pavés des 2 routes qui y mènent.

Burg Stargard

J’emprunte ensuite une route où les voitures et les camions roulent vite et où les arbres d’alignement ne laissent pas beaucoup de place pour dépasser. J’essaye alors de trouver des petites routes pour éviter ça, surtout que j’approche de la fin de l’étape, je ne suis pas pressé. Je tombe sur le plus petit chemin que j’ai pris. A peine marqué alors qu’il traverse un champs au milieu des vaches.

Raccourci vers Feldberg

J’arrive alors dans une très belle région de lacs autour de la petite ville de Feldberg. Au premier camping on me dit que c’est complet. Un mythe s’effondre ! C’est la première fois que ça m’arrive en Allemagne, c’était justement parce que les campings n’étaient jamais complets que je trouvais le principe des Zeltwiese génial.

Je continue donc un peu par une très belle piste forestière jusqu’au hameau idyllique de Carwitz. Cerné par quelques 5 lacs. Il s’y trouve un musée, la maison de Hans Fallada. J’ignore alors totalement qui est ce personnage, mais à mon retour à Paris je suis tombé sur « Seul dans Berlin » dans une librairie, et je l’ai dévoré.

Maison de Carwitz

Bord de lac à Carwitz

Expliquer aux autres cyclos d’où je viens devient déjà compliqué. Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’attend à ce que je fasse un itinéraire « officiel » et il y en a beaucoup dans la région, le plateau des lacs du Mecklembourg.

Le lendemain je repart en forêt mais me trompe un moment de route. Le détour n’est pas important mais comme c’est une piste en sable, il me prend un bout de temps. Pour plus de sûreté, je reste finalement sur une grande route jusqu’à Prenzlau. Prenzlau est en fait plein est, pas du tout sur la route de Berlin. Mais j’ai le temps d’y faire un détour avant d’arriver à Berlin.

Château de Boitzenburg

La ville de Prenzlau est assez jolie au bord du lac Unteruckersee. Elle est dominée par une énorme église en briques. D’ailleurs j’y coupe, comme à Greifswald, la Backsteingotik straße, la route du gothique de brique.

Prenzlau

À partir de Prenzlau, je longe un itinéraire « officiel », l’itinéraire cyclable longue distance Berlin-Usedom, Usedom étant l’île de la Baltique qui se situe à la frontière germano-polonaise. En fait ça change radicalement la façon dont je visite la région. L’itinéraire est facile à suivre et surtout les routes sont presque neuves. Fini le sable et les pavés !

Il y a plein de lacs et l’itinéraire est quasi-intégralement dans la forêt. C’est vraiment une route très agréable.

Etang près d'Angermunde

Sous bois vers Joachimsthal

J’arrive en fin d’après-midi au bord du lac le plus turquoise du voyage. À seulement 60km de Berlin, le Werbellinsee m’offre une dernière baignade des vacances magnifique.

Werbellinsee

L’accueil du camping est efficace, pas de papier à remplir avec son nom, un simple ticket de caisse comme au Lidl ! Le lendemain matin, je décolle très tôt. J’ai prévu d’arriver à la mi-journée à Berlin pour déjeuner avec mes hôtes.

Au petit matin, le canal qui sort du Werbellinsee est parfaitement calme, un vrai miroir.

Werbellinkanal

Ce n’est que maintenant que j’arrive à proximité de Berlin que je constate que les allemands commencent à adopter le système des Knooppunten néerlandais. Je vais donc de Knotenpunkt en Knotenpunkt (l’orthographe s’est germanisée), mais ici, les allemands ont gardé toutes la signalétique existante. Doublée d’une petite carte de situation ce sont les carrefours les plus complets que j’ai vu. On peut venir dans les environs de Berlin sans carte !

Knotenpunkt

Bon ce n’est pas tout à fait vrai. En ville ça devient un peu plus délicat et je ne vois plus ces Knotenpunkt une fois rentré dans le Land de Berlin et je dois me référer à plusieurs reprises à la carte que m’avait offert Hazel, la couchsurfeuse berlinoise, au printemps dernier. J’arrive en fin de matinée chez-elle et je peux me rendre présentable avant d’aller au restaurant où nous retrouvons son copain qui travaille dans le quartier de l’Alexanderplatz.

Je passe l’après-midi et les 2 jours suivant à explorer la ville et ses environs. Comme ça fait beaucoup de photos, ce sera dans le prochain article.

Les kilomètres entre Bornholm et Berlin : 109 -133 – 113 et 60 km. Pour un total d’environ 2400km depuis Paris. Je mettrais aussi une carte et d’autres chiffres dans le prochain article.

La suite ici >>

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Une réflexion sur “Bornholm et la route de Berlin

  1. J’ai vraiment apprécié votre voyage et le commentaire, nous étions restés 5 jours à Rügen et Prerow au mois d’Août dernier, nous n’étions pas en vélo, mais je revois plein de chose en vous lisant et en ce moment je lis le livre « Retour à Salem » d’Hélène Grimaud où elle parle de Brahms Johannes qui à son époque parcourait la nature à pied, dans cette région d’Allemagne, il écrivait sous le nom de Karl Würth et décrit un paysage fantastique, je trouve le votre remarquable aussi, j’aimerais aller sur l’Ile de Bornholm surtout dans la partie intérieure (en vélo cette fois). Merci.

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