La cordillère des Flandres

Ce samedi matin sur les marches de l’opéra de Lille, au pied du beffroi de la chambre de commerce, il règne une franche bonne humeur parmi la trentaine de cyclistes qui s’apprête à s’élancer dans une expédition préparée de longue date pour aller dans le pays voisin chercher quelques bouteilles de la meilleure bière du monde.

Beffroi de la chambre de commerce de Lille

Tout a commencé en 2005, lorsque la bière trappiste Westvleteren XII s’est retrouvée propulsée meilleure bière du monde sur un site américain (aujourd’hui elle l’est toujours). La petite abbaye de St-Sixte qui la produit s’est retrouvée submergée par la demande. Jusqu’à 2h d’attente en voiture sur les petites routes de Flandre étaient nécessaires pour obtenir les bouteilles convoitées. Mais les moines ont vite réagis et, au lieu d’augmenter leur production (la WV XII reste la trappiste au plus faible tirage) ont mis en place un strict système de réservation : il faut téléphoner avant de venir et, si on finit par obtenir un moine au bout du fil, donner le numéro de carte grise de la voiture qui va venir chercher les bières. La quantité est limitée à deux caisses de 24 par numéro de plaque et par numéro de téléphone avec un délai de 60 jours entre deux achats.

Il y a trois ans, des cyclistes Lillois ont échafaudé le projet d’aller en chercher à vélo. L’abbaye de St-Sixte étant à une grosse soixantaine de kilomètres de Lille. L’expédition est un succès et, en 2014, la communication aidant, nous sommes donc une trentaine de participants. Quatre ont pu joindre l’abbaye par téléphone et huit caisses de bière sont réservées.

Avec mes deux sacoches je ne suis pas le moins chargé mais je fais pâle figure à côté des 3 remorques et du biporteur (un douze) qui sont indispensables pour ramener l’essentiel du butin. Il faut noter qu’en plus nous transportons tout notre matériel de camping.

Nous partons avec un léger retard sur l’horaire prévu et, la troupe étant nombreuse et bigarrée, nous nous arrêtons de temps en temps pour resserrer les rangs. Je suis toutefois surpris par le bon rythme que nous arrivons à tenir. Les organisateurs ont trouvé un itinéraire qui privilégie les toutes petites routes et même dans cette région densément peuplée, le trajet n’est pas rendu infernal par les voitures.

Le premier vrai arrêt est à la brasserie Vanuxeem, un supermarché de la bière juste de l’autre côté de la frontière. Nous déposons des consignes et nous repartons avec quelques caisses en plastique, vides cette fois, prêtes à accueillir notre cargaison.

Le groupe se sépare en deux et je suis la branche « cordillère des Flandres ». L’itinéraire comptait passer par cinq monts isolés des Flandres mais devant le retard pris, nous n’en gravirons que trois.

Le premier est le Mont Kemmel, ses pavés et ses pentes … pentues : 20% à la montée, 23% à la descente. Les pavés étaient glissant d’humidité sous les arbres, à la descente je n’ai pas été téméraire et ai posé pied à terre sur la centaine de mètres la plus raide.

Montée du Mont Kemmel

Sommet du Mont Kemmel

Le deuxième est le Mont Noir. Moins ardu mais surprenant car sur sa crête se trouve un petit télésiège puis le long de la rue une foule de magasins d’alcools, de vêtements et de cigarettes et quelques casinos. Nous sommes juste sur la frontière franco-belge. Mais à part cet excès de civilisation les routes de campagne sont très agréables.

En direction du Mont noir

Télésiège du Mont Noir

Nous pique-niquons en terrasse sur le troisième mont devant son abbaye : le Mont des Cats. C’est l’occasion de boire une première bière locale. La pluie nous a rattrapé quelques minutes avant alors que nous franchissions le col de Berthen (il y a un panneau mais ça ne ressemble vraiment pas à un col), mais les gouttes ne durent pas longtemps.

L'abbaye du Mont des Cats

Le col de Berthen

Sur le profil du parcours on voit très bien les trois monts et notamment les raidillons du premier.

Devant le retard pris et de peur de nous voir refuser nos bières par les moines. Nous partons en éclaireurs à cinq jusqu’à St-Sixte. Nous avalons les quinze kilomètres en une demi-heure en slalomant sur les petites routes entre les knooppunten (les points numérotés du réseau cyclable flamand). Sachant qu’il y avait un tandem et une remorque dans le groupe c’est un rythme très soutenu par rapport au début relax de la journée.

Balisage des itinéraires principaux en Flandre

Après quelques discussions et frayeurs sur les numéros de plaque que le broer (frère en hollandais) ne retrouvait pas dans sa liste, nous voila enfin en possession de nos caisses. Il y a juste un petit problème. Nous sommes cinq, avec une seule remorques et un peu de place dans les sacoches, mais il y a 192 bières à porter ! Nous mettons donc les bières à l’ombre et attendons le reste de la troupe qui n’arrivera que deux heures plus tard suite à quelques imprévus.

Les 192 Westvleteren

Une partie seulement tient dans la remorque

Nous filons ensuite au complet et à un rythme de sénateur vers notre lieu de camping. Vu l’heure déjà avancée nous abandonnons l’idée de passer par le centre-ville d’Ypres pour un détour touristique. Ce sera pour une autre fois.

Alors que nous faisions les courses pour le barbecue du soir (les cyclistes sont bons pour l’économie locale), un orage éclate et nous force à rester abrités sous quelques porches de Vlamertinge. Les vêtements de pluie auront servi au moins un petit peu.

Le camping d’Ypres refusant les groupes nous nous sommes rabattus sur un terrain des scouts, équipé du minimum de confort : un chalet avec une cuisine et une toilette (sans s, on est en Belgique hein). Il n’y a pas de douche mais on dispose d’une douche de voyage qui une fois remplie de quelques litres d’eau chaude fait parfaitement l’affaire.

Quelques bières seront consommées avec le barbecue du soir mais aucune XII, trop précieuses pour être bue tout de suite, qui plus est tièdes. Nous faisons les comptes et répartissons les bouteilles. Six me reviennent. Alors que Paris subit force orages et grêlons, nous passons une agréable soirée dehors et pouvons même allumer un feu.

Le lendemain nous rentrons tranquillement à Lille par un trajet sur un RAVeL wallon (Réseau Autonome de Voies Lentes) jusqu’à Comines et son étonnant beffroi.

Beffroi de Comines

Puis côté français, nous empruntons de petites routes et enfin longeons la Deûle après avoir bu quelques bière sur les bords très fréquentés du canal un dimanche aussi ensoleillé.

Les bords de la Deûle mériteraient encore quelques aménagements pour être parfaitement cyclables mais mènent néanmoins en plein centre de l’agglomération Lilloise.

Nous nous séparons dans le parc de la citadelle. Les Lillois seront encore à la noce le dimanche soir mais les 3 autres parisiens et moi rentrons le soir même.

Outre la récompense houblonnée qui a fourni un excellent prétexte à cette escapade, ce fut l’occasion de rencontrer beaucoup de cyclistes de divers horizons, voyageurs, vélotafeurs, ou cyclistes plus occasionnels tous très sympathiques. Les organisateurs se sont démenés pour que tout se passe au mieux et les itinéraires choisis étaient super. J’ai aussi pu m’initier au système flamand de balisage cyclable, plutôt efficace et qui me resservira cet été.

Maintenant il faudrait peut-être que je la goûte cette bière.

 

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