Bordeaux – Paris

Après une semaine de balade à vélo entre Gironde, Dordogne et Lot-et-Garonne et après une journée de repos à Bordeaux (cf. et ), il est temps de rentrer en région parisienne. J’ai planifié un retour en 5 jours. Comme je suis seul sur ce trajet, j’ai plus que doublé la longueur des étapes qui sont prévues à 130km en moyenne.

La veille j’ai reconnu la piste cyclable du pont d’Aquitaine et vu son état ce n’est pas par là que je quitte Bordeaux ce matin-là mais par le pont Chaban-Delmas. Le ciel est bleu et va le rester 5 jours durant.

Bordeaux depuis le pont Chaban-Delmas

À défaut de passer dessus, je passe sous le pont d’Aquitaine.

Le pont d'Aquitaine

Ensuite j’appréhende un peu l’itinéraire jusqu’à la Dordogne. Je crains de me perdre dans la banlieue bordelaise et son trafic et de rajouter des kilomètres et des minutes inutiles à une journée déjà bien chargée. Finalement ça se passe bien, pas de camions car nous sommes dimanche, et il y a même des tronçons de piste cyclable.  Je dois quand même demander mon chemin une fois pour trouver le pont de Cubzac sur la Dordogne.

Nous sommes passés tout près lors de notre étape dans le Libournais pile une semaine plus tôt. Mais cette fois j’emprunte le pont de l’ex-Nationale 10 construit par Gustave Eiffel.

Le pont Eiffel à Cubzac

À ce niveau j’ai 20km au compteur et symboliquement j’ai l’impression d’avoir enfin quitté Bordeaux. La Garonne et la Dordogne contraignaient beaucoup le début de l’itinéraire mais maintenant j’ai beaucoup plus de choix parmi les petites routes dans les vignobles du Libournais.

Château Déroc à Guîtres

Après Guîtres, fini les vignes. J’emprunte une jolie petite route vers Lagorce et je me retrouve dans une forêt de pins très méditerranéenne dans une petite zone aux franges du Haut-Saintonge. Après La Roche Chalais j’emprunte une longue ligne droite toute en faux plats jusqu’à St-Aulaye qui se revendique cette fois du Périgord. À peine la Dronne franchie je me retrouve en Charente, je longe vraiment les frontières.

Ma principale étape de l’après-midi est le village d’Aubeterre-sur-Dronne.

Aubeterre-sur-Dronne

On y trouve, comme à St-Emilion, une église monolithe, c’est à dire creusée dans la roche. Même si l’érosion a déjà bien entamé son travail de sape, l’église garde tout de même des dimensions impressionnantes avec une voûte qui culmine à 17m de haut.

Eglise monolithe d'Aubeterre

Après une conversation avec quelques touristes intéressés par le vélo chargé sur le parvis de l’église, je m’élance pour les derniers kilomètres. J’en ai déjà 100 au compteur et à partir d’Aubeterre le relief s’accentue, d’autant plus que j’ai choisi une route de crête qui est en réalité en dents de scie.

J’arrive ainsi face au château de Villebois-Lavalette en face duquel habite la famille qui m’accueille ce soir là. Ce premier jour j’ai roulé 130km.

Villebois-Lavalette

Je ne suis qu’à une vingtaine de kilomètres d’Angoulême et cette famille de voyageurs est plutôt active dans la communauté de couchsurfeurs de la ville. Malgré leur position isolée, nombre de voyageurs sont déjà passés par là.

Le lendemain, en partant, j’oublie mon matelas. D’habitude ce sont des choses de moindre importance qu’on oublie. J’ai notamment chez-moi une petite collection de savons, déodorants et gels douches oubliés par mes invités. Mais là sans matelas les 2 nuits de camping à venir vont être fraîches.

Je commence tôt dans les forêts de Haute Charente et j’atteins La Rochefoucauld et son château en milieu de matinée.

Château de La Rochefoucauld

Je suis ensuite une route en apparence assez rectiligne mais toute en bosses qui passe par de typiques villages charentais.

Le village de Vérac

Je franchis la Charente alors qu’elle ne ressemble encore qu’à une petite rivière de montagne puis après la crête suivante je rejoins la vallée de la Vienne. Je longe cette rivière pendant plusieurs kilomètres dans le Confolentais. C’est une région agréable à traverser, les champs sont pleins de moutons.

La Vienne dans le Confolentais

Je traverse la petite sous-préfecture de Charente Confolens.

Vieux pont de Confolens

Puis, après quelques kilomètres au nord, je quitte les bords de la Vienne après le château fort de St-Germain-de-Confolens.

La Vienne à St-Germain-de-Confolens

Je monte ensuite sur un plateau entre Vienne et Gartempe. Il y a beaucoup de carrières dans les environs et donc beaucoup de camions sur les départementales avant Adriers. À Adriers je tombe sur une surprenante église fortifiée qui n’est pas sans rappeler la Thiérache.

Eglise fortifiée d'Adriers

À la sortie du village, une vieille dame me jure que l’eau du robinet n’est pas bonne et me voila avec 1,5L deVittel dans le porte-bidon pour les 25km qu’il me reste à parcourir. Je ne vais pas mourir de soif.

À Plaisance, les chapiteaux de la façade de l’église sont amusants. Je crois que celui-ci représente un âne musicien.

Âne musicien à Plaisance

J’atteins rapidement Montmorillon, petite sous-préfecture de la Vienne. La ville s’étend le long de la Gartempe.  Elle abrite la cité de l’écrit et elle grouille de librairies. Le petit camping municipal, à moins de 3€, détrône tous les autres que j’ai pu visiter en terme de rapport qualité-prix.

La Gartempe à Montmorillon

Vieux pont de Montmorillon

Vue de Montmorillon

Cette deuxième étape fait 140km et sous un temps pareil ça passe tout seul.

Le troisième jour je commence par descendre le long de la Gartempe. Comme la Vienne je trouve que c’est une vallée très agréable à vélo.

À Antigny la place principale est occupée par une lanterne des morts.

Lanterne des morts à Antigny

Quelques kilomètres plus loin je tombe sur la grande abbaye romane de St-Savin.

Clocher de St-Savin

La route le long de la Gartempe se rétrécie et passe même sous quelques petites falaises. Un château émerge de temps à autre.

Château le long de la Gartempe

Je fais ensuite un crochet par le très beau village d’Angles-sur-l’Anglin, sans doute le plus beau village de tout ce Bordeaux-Paris. Il est dominé par les ruines d’un imposant château fort.

Angles-sur-l'Anglin

Angles-sur-l'Anglin

À partir d’Yzeures-sur-Creuse je pénètre en région Centre et plus spécifiquement en Touraine. Entre chaque vallée la route monte sur un plateau dégagé où le vent se fait sentir. Pour maintenir un beau temps sec et frais comme ça il souffle un vent d’Est soutenu, donc presque un vent de face. Ici commence la partie la plus éprouvante du voyage à cause de ce vent.

Mais dans chaque vallée il se trouve un beau village chargé d’histoire. Je pique-nique au pied de l’abbatiale de Preuilly-sur-Claise.

Preuilly-sur-Claise

Dans le vallon suivant à la Celle-Guenand il y a un joli château.

Château de la Celle-Guenand

La cité la plus touristique de la journée est sans conteste la cité médiévale de Loches. Je ne l’ai pas vraiment appréciée à cause de ses nombreux sens uniques, ses fontaines qui ne coulent pas et sans robinet pour recharger les bidons et ses parcs soit payants, soit où il est interdit de pique-niquer. Les rues du centre-ville sont bercées de musique classique et de réclames pour les commerces et artisans locaux. C’est trop pour le peu de touristes qui visitent la ville en cette saison.

Je dois lui reconnaître quand même de très beaux restes, ses logis royaux, son donjon, ses fortifications et ses églises.

Collégiale St-Ours

Une porte de Loches

Une autre porte de Loches

Ville haute de Loches depuis l'Indre

De l’autre côté de l’Indre je trouve de quoi remplir mon bidon à Beaulieu-les-Loches. Il s’y trouve une grande église à demi effondrée.

Beaulieu-les-Loches

Je poursuis vers l’Est par une route assez fréquentée en forêt. Au milieu de la forêt émergent les murailles de la chartreuse du Liget.

Chartreuse du Liget

Je fais un léger détour par Montrésor pour refaire le plein de vivres et voir le château. L’étape étant plus courte (120km) je peux me le permettre.

Montrésor

Au camping on me prête cette fois des couvertures et la nuit me parait beaucoup moins fraîche que la précédente.

Le quatrième jour je démarre quand même avec gants et bonnet pour une dernière série de faux-plats ventés jusqu’à Saint-Aignan.

Château de Saint-Aignan-sur-Cher

Je me retrouve ensuite dans la vallée du Cher, puis en Sologne, dans une région beaucoup plus plate et beaucoup plus protégée des vents par une épaisse forêt. Ma vitesse moyenne augmente donc sensiblement.

Je franchis le Cher à Selles-sur-Cher.

Selles-sur-Cher

Selles-sur-Cher

À part pour une petite portion de grande route prise par erreur sur quelques kilomètres, la traversée de la Sologne m’offre de belles routes ombragées et très très calmes qui vont constituer l’essentiel de ma journée.

Route de Sologne

À Nouan-le-Fuzelier je passe juste avant que la route ne soit fermée pour une étape du tour cycliste du Loir-et-Cher. Déjà qu’il n’y a personne sur les routes, là j’ai la garantie d’être tout seul sur plusieurs kilomètres.

Les villages de Sologne sont tout en maisons basses à pans de bois et n’émergent pas de la forêt.

Village de Chaon

Je termine ma traversée de la Sologne à Sully-sur-Loire où se trouve un très beau château Renaissance.

Château de Sully-sur-Loire

Sully-sur-Loire

Après une étape de 140km, je passe la nuit chez des couchsurfeurs sur la rive nord de la Loire. Comme la famille de Charente, ils ont des poules, serait-ce le nouvel animal tendance ? En tout cas j’aurais profité des œufs dans la pâte de la tarte tatin qu’ils m’ont préparé.

Le cinquième et dernier jour, je commence par traverser la forêt d’Orléans en une grande ligne droite jusqu’à Lorris puis je coupe le canal d’Orléans, canal que j’avais déjà longé à vélo il y a 4 ans.

Le canal d'Orléans

Aux portes du Gâtinais je tombe sur une petite Halle à Ladon.

Halle de Ladon

Puis l’horizon s’éloigne à mesure que les arbres disparaissent pour laisser place aux openfields du Gâtinais. Je suis en terrain connu cette fois.

Le Gâtinais

Je quitte les grandes terres agricoles pour m’enfoncer dans une vallée forestière parsemée de gros blocs de rochers entre Boissy-aux-Cailles et Milly-la-Forêt, aux confins des massifs forestiers de Fontainebleau et des Trois-Pignons. En descendant la vallée de l’Ecole je finis par rejoindre la Seine un peu en amont de Corbeil-Essonnes avec déjà 115km au compteur.

La Seine au Coudray-Montceaux

Je connais maintenant presque sur le bout des pédales l’itinéraire qu’il me faut suivre le long de la Seine jusqu’à son confluent avec la Marne, à une quarantaine de kilomètres en aval. J’ai choisi d’arriver à Paris par une route que je connaissais déjà plutôt que de m’égarer dans l’inextricable banlieue sud.

Confluent de la Seine et de la Marne

J’arrive chez-moi à une heure très raisonnable au vu des 157km de cette dernière journée.

Voila une carte de l’ensemble du parcours : ici

Au compteur ça fait au total environ 685km, soit 137 par jour. C’est un rythme un peu plus soutenu que Paris-Albi l’année dernière où la moyenne était de 127km par jour pendant 6 jours et sans porter de matériel de camping.

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