Opinions conservatrices

Le texte suivant est un article publié initialement dans le Indianapolis Star du 18 novembre 1980. L’auteur, R. Emmett Tyrrell Jr., est un conservateur. Presque 30 ans plus tard, cette diatribe est du plus haut comique, exhummée aujourd’hui par un lecteur de Copenhagenize, je tente ici d’en faire une traduction en français.

Le changement l’a une fois de plus emporté haut la main en Amérique. Les intérêts acquis de l’ordre établi ont été mis à bas avec fracas. Pourquoi Andrew Young et d’autres champions récents du changement ne chantent-t-ils pas ? Sont ils de simples vieux conservateurs ?

Le maire de New-York, Edward Koch, n’est pas un vieux conservateur. La semaine dernière il a répondu aux désirs de la grande majorité de ses concitoyens contre l’un des groupes d’intérêt les mieux organisé, le puissant lobby cycliste de New-York.

L’été dernier les cyclistes, agissant certainement en concertation avec les joggeurs, les héliothérapistes et les hypochondriaques restant des années 70 qui doivent s’empoisonner pour vivre, ont convaincu le maire de transformer les trottoirs de certaines rues très fréquentées de Manhattan en voies réservées aux vélos. La semaine dernière le maire a admit son erreur et a exprimé sa volonté d’éliminer ces menaces. Elles ont déjà couté 290 000 dollars aux citoyens, sans compter une incalculable détresse humaine.

Des millions de camions, bus, taxis et véhicules privés ont été comprimés dans des rues étroites. Des mois entiers ont été otés des vies de conducteurs et passagers ; un trajet de la 30ème rue à Central Park prend maintenant 10 minutes de plus qu’auparavant – Dieu sait combien c’est pire depuis Greenwich Village. L’accès aux commerces de proximité est difficile, et les chiens du quartiers, répondant à un besoin naturel, sont terrifiés à l’idée de traverser la voie cyclable.

En réalité des millions de piétons, attendant aux traversées, ont connu une réelle frayeur, livrés à la merci et à la modération des cyclistes, individus sans foi ni loi et vicieux à souhait.

Des observateurs proches du maire racontent qu’il a eu l’idée de ces voies cyclables alors qu’il visitait la République Populaire de Chine. Là-bas il a vu des foules de maoïstes souriants, pédalants [jeu de mot que je ne saurais traduire entre peddling (faire du porte-à-porte) et pedaling] dans la rue et il est revenu convaincu que le vélo serait le remède idéal pour donner le sourire à ses électeurs irascibles.

Apparemment il ne lui ai jamais venu à l’esprit que ces visages chinois souriants seraient encore plus resplendissants s’ils regardaient par la fenêtre, assis sur les fauteuils luxueux d’une Oldsmobile. Il n’a pas non plus pesé l’anxiété que causerait dans les bureaux de Manhattan l’arrivée de cyclistes en sueur avant une journée de travail. Le maire a eu la vision d’une ville de cyclistes joyeux et en bonne santé et n’a pas cherché plus loin.

Mais maintenant il est devenu un homme plus sage, et le message politique du 4 novembre l’a libéré des mains des organisations cyclistes comme Transportation Alternatives, un lobby cycliste dont le nom seul suggère la perversité politique. La main-mise des cyclistes sur l’hotel de ville est terminée, et quand les ouvriers de la municipalité effaceront ces voies cyclables j’espère qu’ils iront plus loin et retireront ces horribles garages à vélos.

Les vélos ne sont pas seulement dangereux, ils sont un mode de transport aussi antique que le rickshaw. Vous ne trouverez personne se rendant au travail à vélo dans n’importe quelle ville moderne du globe. Le cycliste urbain est généralement un excentrique, profondément antisocial ou désespérément narcissique et qui suit cette vie intense dans l’espoir d’atteindre l’immortalité ou une vie sexuelle de légende. Lorsque vous en rencontrerez un, passez loin de lui et ne lui tournez jamais le dos.

Les vélos sont instables et dangereux. Les anti-consuméristes auraient parlé contre eux il y a longtemps s’ils n’étaient pas obnubilés par leur grande passion contre l’alternative au vélo, l’automobile. Ici nous avons une passion nourrie par la haine des anti-consuméristes de la vie moderne et leur haine encore plus grande des entreprises. Je n’ai à présent aucun doute sur le fait que si General Motors avait eu une division cycles, partout dans le pays les anti-consuméristes auraient trainé GM en justice.

Les vélos n’apportent aucune protection aux cyclistes qui les montent. Les bicyclettes sont une menace pour les parties vulnérables des Homo sapiens suffisamment téméraires pour monter dessus, et je ne connais aucun vélo dont les frein soit aussi fiables que ceux de l’ancien Modèle T. Le geste de Koch contre ces engins diaboliques est une action louable contre les excès des années 70. Je le salut pour son courage en chantonnant même pour moi-même quelques passages de « The times They Are A-Changin’ ».

Indianapolis Star 11/18/1980

R. Emmett Tyrrell Jr.

Change has again gained the upper hand in America. The vested interests of the old order are being put down and with thud. Why are Andrew Young and other recent champions of change not singing? Are they your simple mossbacks?

Le changement l’a encore emporté haut la main en Amérique. Les intérêts acquis de l’ordre ancien ont été mis à bas avec fracas. Pourquoi Andrew Young et d’autres champions récents du changement ne chantent-ils pas ? Sont ils de simples vieux conservateurs?

New York’s Mayor Edward Koch is no mossback. Last week he responded to the desires of the vast majority of his constituents and took on one of the old order’s most articulate interest groups, New York’s powerful cyclist lobby.

Le maire de New-York, Edward Koch n’est pas un vieux conservateur. La semaine dernière il a répondu au désirs de la grande majorité de ses concitoyens contre l’un des vieux groupes d’intérêt les mieux organisé, le puissant lobby cycliste de New-York.

Last summer the cyclists, acting no doubt in concert with the joggers, the heliotherapists, and those remaining 1970s hypochondriacs who have yet to poison otherwise immobilize themselves, prevailed on the mayor to turn the curbside lanes of some of Manhattan’s busiest streets into bicycle-only lanes. Last week the mayor admitted his error and expressed a willingness to eliminate these menaces. They have already cost the citizens $290.000 in construction costs. The personal misery is incalculable.

L’été dernier les cyclists, agissant certainement en concertation avec les joggeurs, les héliothérapistes et les hypochondriaques restant des années 70 qui doivent s’empoisonner pour vivre, ont convaincu le maire de transformer les trottoirs de certaines rues très fréquentées de Manhattan en voies réservées aux vélos. La semaine dernière le maire a admit son erreur et a exprimé sa volonté d’éliminer ces menaces. Elles ont déjà couté 290000 dollars aux citoyens, sans compter une incalculable détresse humaine.

Millions of trucks, buses, taxis, and privately owned vehicles have been squeezed into narrowed streets. Months have been sliced from the lives of drivers and passengers; a drive from 30th street to central Park South is now 10 minutes longer – God knows how much longer it is if one begins in Greenwich village. Access to nearby shops is more difficult, and neighborhood dogs, answering nature’s call, are terrified to venture toward the curb.

Des millions de camions, bus, taxis et véhicules privés ont été comprimés dans des rues étroites. Des mois entiers ont été otés des vies de conducteurs et passagers ; un trajet de la 30ème rue à Central Park prend maintenant 10 minutes de plus qu’auparavant – Dieu sait combien c’est pire depuis Greenwich Village. L’accès aux commerces de proximité est difficile, et les chiens du quartiers, répondant à un besoin naturel, sont terrifiés à l’idée de traverser la voie cyclable.

In fact millions of pedestrians, standing at crosswalks, have experienced real terror, exposed as they now are to the mercy and moderation of bicycle riders, people whose lawlessness and viciousness are a matter of record.

En réalité des millions de piétons, attendant aux traversées, ont connu une réelle frayeur livrés à la merci et à la modération des cyclistes, individus san foi ni loi et vicieux à souhait.

Close observers of the mayor say he got the idea for his cycling lanes while visiting the People’s Republic of China. There he saw crowds of smiling Maomen peddling the streets, and he came home convinced that bicycles would be just the right therapy to put smiles on the faces of his irascible constituents.

Des observateurs proches du maire racontent qu’il a eu l’idée de ces voies cyclables alors qu’il visitait la République Populaire de Chine. Là-bas il a vu des foules de maoïstes souriants pédalants dans la rue et il est revenu convaincu que le vélo serait le remède idéal pour donner le sourire à ses électeurs irascibles.

Apparently it never occurred to him that those smiling Chinese faces would smile even more resplendently were they looking out from the lush seats of Oldsmobiles. Nor did he weigh the anxiety that might be caused in cramped Manhattan offices when clammy cyclists arrived for a day’s work. The mayor foresaw a city of happy, healthy cyclists and looked no further.

Apparemment il ne lui ai jamais venu à l’esprit que ces visages chinois souriants seraient encore plus resplendissants s’ils regardaient par la fenêtre assis sur les fauteuils luxueux d’une Oldsmobile. Il n’a pas non plus pesé l’anxiété que causerait dans les bureaux de Manhattan l’arrivée de cyclistes en sueur avant une journée de travail. Le maire a eu la vision d’une ville de cyclistes joyeux et en bonne santé et n’a pas cherché plus loin.

Well he is now a wiser man, and the political message of Nov. 4 has freed him from the coils of such cyclist organizations as Transportation Alternatives, a cycling lobby whose very name suggests its perverse political purpose. The cyclists hold on the city hall has been broken, and when the mayor’s workmen get around to ripping up those cycling lanes I hope they move on and haul away those ghastly bicycle racks. Cycling in congested cities is not to be encouraged.

Mais maintenant il est devenu un homme plus sage, et le message politique du 4 novembre l’a libéré des mains des organisations cyclistes comme Transportation Alternatives, un lobby cycliste dont le nom seul suggère la perversité politique. La main-mise des cyclistes sur l’hotel de ville est terminée, et quand les ouvriers de la municipalité effaceront ces voies cyclables j’espère qu’ils continueront et retireront ces horribles garages à vélos.

Not only are bicycles dangerous, they are as antiquated a form of transportation as the rickshaw. In no advanced city on earth will you find civilized people cycling to work. The urban cyclist is generally a crank, either profoundly antisocial or hopelessly narcissistic and following the strenuous life in hopes of achieving immortality or a legendary sex life. When you encounter him give him wide berth and never turn your back on him.

Les vélos ne sont pas seulement dangereux, ils sont un mode de transport aussi antique que le rickshaw. Vous ne trouverez personne se rendant au travail à vélo dans n’importe quelle ville moderne du globe. Le cycliste urbain est généralement un excentrique soit profondément antisocial ou désespérément narcissique et qui suit cette vie intense dans l’espoir d’atteindre l’immortalité ou une vie sexuelle de légende. Lorsque vous en rencontrerez un, passez loin de lui et ne lui tournez jamais le dos.

Bicycles are unstable and dangerous. Consumerists would have spoken against them ages ago were it not for the consumerists’ great passion against the alternative to bicycle, the automobile. Here we have a passion inspired in part by the consumerists’ hatred of modern life and their even greater hatred of corporations. Yet I have no doubt that if General Motors had a profitable bicycle division, consumerists all over the country would be hauling GM into court.

Les vélos sont instables et dangereux. Les anti-consuméristes auraient parlé contre eux il y a longtemps s’ils n’étaient pas obnubilés par leur grande passion contre l’alternative au vélo, l’automobile. Ici nous avons une passion nourrie par la haine des anti-consuméristes de la vie moderne et leur haine encore plus grande des entreprises. Je n’ai à présent aucun doute sur le fait que si General Motors avait eu une division cycle, partout dans le pays les anti-consuméristes auraient trainé GM en justice.

Bicycles provide no protection whatsoever to their riders. Their handlebars are an ever-present menace to the soft vulnerable parts of those Homo sapiens reckless enough to ride them, and I know of no bicycle whose brakes are as reliable as those of the old Model T. Koch’s incipient move against these hellish devices is but one more commendable move against the excesses of the 1970s. I salute him for his courage even as I sing to myself a few favorite passages from « The times They Are A-Changin’. ».

Les vélos n’apportent aucune protection aux cyclistes qui les montent. Les bicyclettes sont une menace pour les parties vulnérables des Homo sapiens suffisamment tméraires pour monter dessus, et je ne connais aucun vélo dont les frein soit aussi fiables que ceux de l’ancien Model T. Le geste de Koch contre ces engins diaboliques une action louable contre les excès des années 70. Je le salut pour son courage même en chantonnant pour moi-même quelques passages de « The times They Are A-Changin’ ».

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